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Sancta Susanna & Le château de Barbe-Bleue : les ravages de la passion

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Montpellier, Opéra-Berlioz. 24-IV-2009. Paul Hindemith (1895-1963) : Sancta Susanna, opéra en 1 acte sur un livret d’Auguste Stramm. Avec : Tatiana Serjan, Susanna ; Karen Huffstodt, Klementia ; Olga Tichina, Die alte Nonne ; Matthias Droulers, der Knecht ; Marina Boudra, die Magd. Chœur de l’Opéra National de Montpellier Languedoc-Roussillon (chef de chœur : Noëlle Geny). Béla Bartók (1881-1945) : A Kékszakállú Herceg Vára [Le château de Barbe-Bleue], opéra en 1 acte sur un livret de Béla Balász. Avec : Nora Gubisch, Judith ; Sir Willard White, Barbe-Bleue ; Julie Compans, Lory Perez, Marie-Audrey Simoneau, les épouses de Barbe-Bleue. Mise en scène et conception : Jean-Paul Scarpitta ; lumières : Urs Schönebaum. Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon. Direction musicale : Alain Altinoglu

Que mettre avant Le château de Barbe-Bleue de , dont la durée (un peu moins d’une heure) nécessite un complément de programme ? L’œuvre est écrasante, aucune tentative n’a été jusqu’à présent satisfaisante. Le tout petit opéra (20 minutes à peine) de , Sancta Susanna, en a fait les frais.

Cette pièce en elle-même peine à s’imposer. Le sujet, à l’époque sulfureux (la création est faite en 1922) d’une religieuse qui succombe au pêché de chair ne peut plus choquer qu’une poignée d’intégristes purs et durs. Sur scène et à l’écran, les nonnes en ont vu d’autres, avec les tentations sadiques de la Mère supérieure dans La religieuse de Jacques Rivette, les aventures malheureuses de Sœur Sourire ou les orgies sexuelles de L’Ange de feu de Prokofiev ou des Diables de Loudun d’Aldous Huxley, repris par à l’opéra et Ken Loach sur grand écran.

détourne le propos expressionniste et daté de l’opéra pour le placer dans des tons pré-raphaélites. Susanna n’est pas seulement troublée par par les cris de plaisir de la servante comblée par le valet, elle les imagine dans le plus simple appareil, ses visions se matérialisant en fond de scène en des images figurant Adam et Eve au moment du pêché originel. Susanna à la fin n’est pas emmurée vivante, mais emportée par le jeune homme, telle une Pietà inversée. défend honorablement le rôle-titre, éprouvant malgré sa brièveté. Olga Tichina, réduite au court rôle de la Vieille nonne, aurait pu par son timbre sombre donner une réplique idéale en étant Sœur Clémence. Las, celle qui assiste aux délires sensuels de Susanna est Karen Huffstodt, une soprano qui connut dans les années 90 une carrière autant éclatante que fugitive. La voix n’est plus, pas d’aigus, peu de grave, un vibrato excessif. Et une présence scénique à en brûler les planches. Fera-t-elle une seconde carrière dans ce genre de rôles de caractère, telle , , ou  ? L’avenir nous le dira. Dans la fosse, donne une lecture honnête d’une partition assez ingrate.

Par un curieux effet de perception, la presque heure du Château de Barbe-Bleue a paru plus courte que les vingt minutes précédentes de Hindemith. L’œuvre est en elle-même infiniment plus riche, ne serait-ce qu’en niveaux de lecture. et Moshé Leiser y voyaient à Angers une psychanalyse de l’âme. préfère y exposer une passion dévorante, Judith devenant une victime consentante, Barbe-Bleue un bourreau malgré lui. Le château est scéniquement réduit au minimum : une scène vide, éclairée par un dispositif mobile de portiques et échelles en néons aux couleurs changeantes selon les portes ouvertes. Cela génère des images saisissantes, comme autant d’instantanés, un peu à la manière de , le coté «pseudo-zen / new age» en moins. Livrés à eux-mêmes sur ce vaste espace scénique nu, les sentiments de Judith et Barbe-Bleue de l’un envers l’autre n’en paraissent que plus évidents.

La réussite musicale confirme la réussite scénique. trouve en Judith un rôle à sa mesure, dans ses capacités vocales, avec un timbre ni trop clair ni trop sombre. , vieux routier du rôle de Barbe-Bleue, est un partenaire de luxe, à la voix puissante et caverneuse. L’équilibre délicat entre les deux protagonistes a été trouvé. galvanise l’Orchestre National de Montpellier dans une partition certes très valorisante, mais qui peut facilement ruer dans les brancards et couvrir les voix. Aucun de ces défauts ce soir, mais un accompagnement orchestral riche en coloris et en puissance émotionnelle. Cette production homogène du Château de Barbe-Bleue devrait pouvoir être facilement reprise. Espérons-le.

Crédit photographique : (Barbe-Bleue) & (Judith) ; Karen Huffstodt (Klementia) & (Susanna) © Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

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Montpellier, Opéra-Berlioz. 24-IV-2009. Paul Hindemith (1895-1963) : Sancta Susanna, opéra en 1 acte sur un livret d’Auguste Stramm. Avec : Tatiana Serjan, Susanna ; Karen Huffstodt, Klementia ; Olga Tichina, Die alte Nonne ; Matthias Droulers, der Knecht ; Marina Boudra, die Magd. Chœur de l’Opéra National de Montpellier Languedoc-Roussillon (chef de chœur : Noëlle Geny). Béla Bartók (1881-1945) : A Kékszakállú Herceg Vára [Le château de Barbe-Bleue], opéra en 1 acte sur un livret de Béla Balász. Avec : Nora Gubisch, Judith ; Sir Willard White, Barbe-Bleue ; Julie Compans, Lory Perez, Marie-Audrey Simoneau, les épouses de Barbe-Bleue. Mise en scène et conception : Jean-Paul Scarpitta ; lumières : Urs Schönebaum. Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon. Direction musicale : Alain Altinoglu

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