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Les ratés de L’Étoile de Jérôme Savary

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Genève. Grand Théâtre. 04-XI-2009. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : L’Étoile, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo. Mise en scène et adaptation : Jérôme Savary. Décors et costumes : Ezio Toffolutti. Chorégraphie : Philippe Cohen. Lumières : Pascal Noël. Assistant à la mise en scène : Frédérique Lombart. Avec : Jean-Paul Fouchécourt, le roi Ouf Ier ; René Schirrer, Siroco ; Pierre Doyen, Hérisson de Porc-Épic ; Fabrice Farina, Tapioca ; Marie-Claude Chappuis, Lazuli ; Sophie Graf, la princesse Laoula ; Blandine Staskiewicz, Aloès ; José Pazos, Patacha ; Harry Draganov, Zalzal ; Omar Garrido, le Maire ; Frédéric Longbois, le Chef de la Police. Chœur du Grand Théâtre (cheffe des chœurs : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Jean-Yves Ossonce.

Dans son compte-rendu de la représentation à l’Opéra-Comique de L’Etoile en décembre 2007, notre collaborateur Maxime Kaprielian s’étonnait de la désapprobation du public à la mise en scène de & . Il notait alors «à moins que ces pisse-vinaigres ne sont que d’anciens supporters de Savary qui n’ont pu supporter que la partition ne soit pas «réactualisée» avec une mise en scène digne d’une revue du Lido ?» La production genevoise les aurait alors comblés. Si le fondateur du Magic Circus ne nous transporte pas au Lido, en nous conviant à son habituel cortège de vulgarités, de grosses ficelles, de gags éculés et sans cesse répétés, son étoile a des ratés.

Avec ses sempiternels parasitages scéniques, préférant au chant les ballets grotesques de femmes enlaidies par de grosses fesses, de gros seins et des maquillages de filles de joie, les intrusions de personnages incongrus comme ce skateur, ce coureur cycliste, ces hôtesses de l’air ou cet inutile nain déguisé en Mickey Mouse, Savary noie l’intrigue dans un bric-à-brac de mauvais goût. Fallait-il vraiment que le charmant quatuor des baisers du livret se transforme en partie de jambes en l’air à quatre dans un même lit ?

Et comme si l’œuvre originale ne se suffisait pas à elle-même, Savary ne peut s’empêcher de la réadapter pour, d’une charmante et amusante comédie amoureuse, en faire un spectacle grossier allant jusqu’à dénaturer l’image que les superbes costumes d’ veut en donner. Avec ces dominos armés de fléchettes géantes, ces chapeaux fantastiques, ces robes à tiroirs, c’est évidemment avec une intention de transposer cet opéra dans l’atmosphère féérique d’Alice au pays des merveilles que les costumes très colorés habitent la scène. Malheureusement, avec les rajouts de Savary, comme ces chartreux costumés de dernière minute, ramassant, dans un imbécile ballet, leurs plantes nécessaires à la fabrication de leur élixir, toute la poésie imaginée dans l’esprit de Toffolutti est soudain escamotée.

Resterait la musique si avait dirigé l’ avec tant soit peu plus de conviction. Sur le plateau, n’apparaît pas au mieux de sa forme ni vocale, ni théâtrale. Même s’il ne défaille pas, il n’amène pas le personnage facétieux qu’on attend du rôle d’Ouf 1er. Après des débuts un peu timides (Aloès) est apparue comme habitée d’une pétillante ambition vocale pour faire démarrer une sauce scénique qui se refuse à prendre. Quant aux deux protagonistes principales, elles aussi tentaient de donner sens et vie à un spectacle somme toute décevant. La soprano (la princesse Laoula) chante bien même si on aurait aimé qu’elle se libère un peu de son chant pour mieux s’investir dans son théâtre. De son côté, possède indéniablement la voix du rôle. Sa romance «O petite étoile» du premier acte et son «Quand on aime, est-il utile.. » du second acte sont un véritable régal. Une parfaite diction dans un instrument dominé sur tout le registre que peut-on espérer de mieux ? Rien, sinon que n’a pas en elle les audaces du comique de situation déjanté comme peut-être aurait-il fallu à cette mise en scène.

Les chœurs, engoncés dans leurs formidables costumes, sont à la fête. Depuis qu’ils ont gagné leurs lauriers d’excellence vocale, on les avait utilisés comme des acteurs à part entière. Les voici maintenant superbement habillés ! Bravo, ils le méritent amplement.

Malgré les efforts du metteur en scène qui cherchant à chauffer la salle au moment du salut final en demandant à l’orchestre de reprendre, tel un french cancan, les pages les plus entraînantes de cet opéra, les applaudissements du public sont restés bien tièdes.

Crédit photographique : (Ouf Ier), (Laoula) ; Marie-Claude Chappuis (Lazuli), Jean-Paul Fouchécourt (Ouf Ier), (Laoula). Pierre Doyen (Hérisson de Porc-Épic) ©GTG/MagaliDougados

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Genève. Grand Théâtre. 04-XI-2009. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : L’Étoile, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo. Mise en scène et adaptation : Jérôme Savary. Décors et costumes : Ezio Toffolutti. Chorégraphie : Philippe Cohen. Lumières : Pascal Noël. Assistant à la mise en scène : Frédérique Lombart. Avec : Jean-Paul Fouchécourt, le roi Ouf Ier ; René Schirrer, Siroco ; Pierre Doyen, Hérisson de Porc-Épic ; Fabrice Farina, Tapioca ; Marie-Claude Chappuis, Lazuli ; Sophie Graf, la princesse Laoula ; Blandine Staskiewicz, Aloès ; José Pazos, Patacha ; Harry Draganov, Zalzal ; Omar Garrido, le Maire ; Frédéric Longbois, le Chef de la Police. Chœur du Grand Théâtre (cheffe des chœurs : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Jean-Yves Ossonce.

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