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Il Trittico à l’Opéra de Paris, fêtes des voix pour un trois en un

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Paris, 07-X-2010. Giacomo Puccini (1858-1924) : Il Trittico, triptyque lyrique. Mise en scène : Luca Ronconi ; décors : Margherita Palli ; costumes : Silvia Aymonino ; lumières : Gianni Mantovanini. Il Tabarro, opéra en un acte sur un livret de Giuseppe Adami. Avec : Juan Pons, Michele ; Oskana Dyka, Giorgetta ; Marco Berti, Luigi ; Marta Moretto, La Frugola ; Eric Huchet, Il Tinca ; Mario Luperi, Il Talpa ; Hyng-Jong Roh, un Venditore di canzonette ; Anne-Sophie Ducret, Un’amante / una voce lontana ; Gregorz Staskiewicz, Un’amante / una voce lontana. Suor Angelica, œuvre lyrique en un acte sur un livret de Giovacchino Forzano. Avec : Tamar Iveri, Suor Angelica ; Luciana D’Intino, La Zia Principessa ; Barbara Morihien, La Badessa ; Louise Callinan, La Suor Zelatrice ; Marie-Thérèse Keller, La Maestra delle novizie ; Amel Brahim-Djelloul, Suor Genovieffa ; Claudia Galli, Suor Osmina ; Olivia Doray, Suor Dolcina ; Zœ Nicolaidou, Prima Cercatrice ; Carol Garcìa, Seconda Cercatrice ; Cornelia Oncioiu, La Suor Infermiera ; Chenxin Yuan, Una novizia ; Anne-Sophie Ducret, Prima conversa ; Marina Haller, Seconda conversa. Gianni Schicchi, opéra un acte sur un livret de Giovacchino Forzano. Avec : Juan Pons, Gianni Schicchi ; Ekaterina Syurina, Lauretta ; Marta Moretto, Zita ; Saimir Pirgu, Rinuccio ; Eric Huchet, Gherardo ; Barbara Morihien, Nella ; Alain Vernhes, Betto ; Mario Luperi, Simone ; Roberto Accurso, Marco ; Marie-Thérèse Keller, La Ciesca ; Yuri Kissin, Maestro Spinelloccio ; Christian Hemler, Ser Amantio di Nicolao ; Ugo Rabec, Pinellino ; Alexandre Duhamel, Guccio. Maîtrise des Hauts-de-Seine (chef de chœur : Gaël Darchen), Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction musicale : Philippe Jordan

Il Trittico de Puccini, objet lyrique non identifié, trois opéras dissemblables qui pourtant ne peuvent se passer l’un l’autre, est très rarement monté dans son intégralité. Réunir les forces nécessaires – 37 rôles dont bien peu peuvent être tenus par le même interprète, un chœur mixte, un chœur d’enfants, un orchestre symphonique – est un tel tour de force qu’on comprend aisément que chacun des trois actes connaisse sa vie propre.

La «marque Joël» se poursuit avec ce Trittico. On pouvait attendre un peu de théâtre avec . Peine perdue, Il Tabarro et Suor Angelica sont désespérément statiques, et cela ne s’agite – et encore – que dans Gianni Schicchi. En revanche, un plateau vocal exceptionnel, jusqu’au moindre second rôle, et un orchestre somptueux porté à bout de bras par . Ne boudons pas notre plaisir, mais pendant combien de temps aura-t-on des oratorios en costumes à Bastille ?

Premier acte avec ce Tabarro, unique opéra réellement vériste de Puccini, drame de la jalousie et le troisième de sa production à se situer à Paris (après La Bohème et La Rondine). , malgré un engagement physique évident et de réelles accointances avec le rôle de Michele, ne peut masquer un instrument usé et peine dans son grand air final «Nulla, silenzio». En revanche et Oskana Dyka ne manquent pas de décibels dans cette courte partition qui ne ménage pas ses chanteurs. On trouve enfin en Eric Huchet un Talpa qui chante réellement son rôle, ce qui n’est pas le cas de , qui se réfugie trop souvent dans le parlando. Enfin Marta Moretto ne possède pas la voix de la Frugola, escamotant tous les aigus de son arioso «Se tu sapessi».

Deuxième acte avec la très naïve et très saint-sulpicienne Suor Angelica, l’œuvre préférée de Puccini mais la plus mal aimée de ce Trittico. Il est vrai que les saynètes de la vie quotidienne des sœurs, précédent le drame – la confrontation de Angelica avec sa tante, la nouvelle de la mort de son enfant né hors mariage, cause de son enfermement au couvent, le suicide final de l’héroïne – ne contribuent pas à un bon équilibre de l’œuvre. domine la scène en Suor Angelica, bien entourée par un plateau homogène duquel se détachent , impressionnante Zia Principessa, et Louise Callinan.

Troisième acte avec la comédie Gianni Schicchi, le seul moment tant soit peu théâtral de la soirée. y trouve un rôle dans ses cordes. , en remplaçant au pied levé pour Rinuccio, nous fait découvrir une voix agile et puissante aux aigus insolents. Ekaterina Syurina est une Lauretta au physique de bimbo et à la voix idéale pour ce rôle. Marta Moretto est aussi plus à l’aise en Zita, la grand-tante irascible. Et c’est avec plaisir parmi tous les rôles qu’on retrouve , décidément inusable. L’ensemble de la distribution sonne de manière très homogène dans les divers ensembles qui émaillent l’unique comédie de Puccini.

On ne regrettera que le statisme scénique de cette production qui nous vient de la Scala de Milan. En 1918, année de la création du Trittico, la psychanalyse freudienne était bien établie, d’où la complexité des personnages de Michele, bipolaire dans son ivresse de la jalousie, de Giorgetta, enfermée dans son désamour inexprimé, et d’Angelica, que le choc du désespoir fait perdre pied avec la réalité. Dommage que n’en ait pas tenu compte. Quant à Gianni Schicchi, l’esprit de la commedia dell’arte en est lointain. Le dispositif scénique de Margherita Palli, toujours en pente, ne favorise pas non plus les déplacements – quand ce n’est pas une ridicule statue géante de la Vierge qui sert d’espace pour Suor Angelica. Le parti-pris de réduire la scène – tout se passe au bord de la fosse – permet une meilleure exposition des voix mais limite encore plus la mise en scène.

Il nous reste les voix, toute de très haut niveau, et un orchestre exceptionnel, qui sous la direction de , rend justice à l’art de l’orchestration de Puccini.

Crédit photographique : Juan Pons (Michele) et (Luigi) dans Il Tabarro ; Chœur de l’Opéra National de Paris dans Suor Angelica ; Barbara Morihien (Nella), Eric Huchet (Gherardo), (La Ciesca), Roberto Accurso (Marco) et (Betto) dans Gianni Schicchi © Ian Patrick / Opéra National de Paris

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Paris, 07-X-2010. Giacomo Puccini (1858-1924) : Il Trittico, triptyque lyrique. Mise en scène : Luca Ronconi ; décors : Margherita Palli ; costumes : Silvia Aymonino ; lumières : Gianni Mantovanini. Il Tabarro, opéra en un acte sur un livret de Giuseppe Adami. Avec : Juan Pons, Michele ; Oskana Dyka, Giorgetta ; Marco Berti, Luigi ; Marta Moretto, La Frugola ; Eric Huchet, Il Tinca ; Mario Luperi, Il Talpa ; Hyng-Jong Roh, un Venditore di canzonette ; Anne-Sophie Ducret, Un’amante / una voce lontana ; Gregorz Staskiewicz, Un’amante / una voce lontana. Suor Angelica, œuvre lyrique en un acte sur un livret de Giovacchino Forzano. Avec : Tamar Iveri, Suor Angelica ; Luciana D’Intino, La Zia Principessa ; Barbara Morihien, La Badessa ; Louise Callinan, La Suor Zelatrice ; Marie-Thérèse Keller, La Maestra delle novizie ; Amel Brahim-Djelloul, Suor Genovieffa ; Claudia Galli, Suor Osmina ; Olivia Doray, Suor Dolcina ; Zœ Nicolaidou, Prima Cercatrice ; Carol Garcìa, Seconda Cercatrice ; Cornelia Oncioiu, La Suor Infermiera ; Chenxin Yuan, Una novizia ; Anne-Sophie Ducret, Prima conversa ; Marina Haller, Seconda conversa. Gianni Schicchi, opéra un acte sur un livret de Giovacchino Forzano. Avec : Juan Pons, Gianni Schicchi ; Ekaterina Syurina, Lauretta ; Marta Moretto, Zita ; Saimir Pirgu, Rinuccio ; Eric Huchet, Gherardo ; Barbara Morihien, Nella ; Alain Vernhes, Betto ; Mario Luperi, Simone ; Roberto Accurso, Marco ; Marie-Thérèse Keller, La Ciesca ; Yuri Kissin, Maestro Spinelloccio ; Christian Hemler, Ser Amantio di Nicolao ; Ugo Rabec, Pinellino ; Alexandre Duhamel, Guccio. Maîtrise des Hauts-de-Seine (chef de chœur : Gaël Darchen), Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction musicale : Philippe Jordan

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