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Bruxelles, le grand retour des Huguenots

La Scène, Opéra, Opéras

Bruxelles. Théâtre royal de La Monnaie. 30-VI-2011. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : Les Huguenots, opéra en cinq actes. Livret d’Eugène Scribe et Emile Deschamps. Mise en scène : Olivier Py, Décors : Pierre-André Weitz, Costumes : Pierre-André Weitz, Éclairages : Bertrand Killy. Avec :Marlis Petersen, Marguerite de Valois ; Mireille Delunsch, Valentine ; Yulia Lezhneva, Urbain ; Eric Cutler, Raul de Nangis ; Jean-François Lapointe, Comte de Nevers ; Arnaud Rouillon, De Retz, Philippe Rouillon, Comte de Nevers ; Jérôme Varnier, Marcel ; Xavier Rouillon, Cossé ; Avi Klemberg, Tavannes ; Frédéric Caton Méru ; Camille Merckx, Dame d’honneur ; Tineke Van Ingelgem ; une coryphée ; Camille Merckx et Tineke Van Ingelgem, Deux bohémiennes ; Ronan Collett ; Maurevert ; Olivier Dumaitt, Bois Rosé ; Marc Coulon, Un Valet ; Alain-Pierre Wingelinckx ; un étudiant catholique ; Olivier Dumait, Ronan Collett, Charles Dekeyser : trois moines ; Marta Beretta, Françoise Renson, deux jeunes filles catholiques ; Bernard Giovani, Alain-Pierre Wingelinckx, Pascal Macou, trois coryphées. Chœur de La Monnaie : direction : Martino Faggiani ; Orchestre symphonique de La Monnaie, direction : Marc Minkowski

La fin de saison du Théâtre de La Monnaie de Bruxelles permettait donc aux légendaires Huguenots de faire leur retour sur une scène majeure de l’espace francophone. Le théâtre belge avait mis les petits plats dans les grands pour offrir le spectacle le plus abouti que l’on pouvait espérer !

Œuvre phare d’une certaine époque et d’une certaine conception de l’opéra, ces Huguenots ont souvent été musicalement charcutés et massacrés (on pense en particulier à une certaine production liégeoise de 2005 passée à la lessiveuse et à la musique méchamment rétrécie !). Point de massacre musical ici avec un qui se base sur une nouvelle édition en cours de finalisation, mais avec un sens de la flexibilité en ce qui concerne l’adaptabilité des chanteurs aux exigences redoutables de cette musique. On tient donc, une partition très exhaustive qui n’élude pas les temps morts dramatiques comme les ballets, passage obligé du grand opéra à la française.

Incontestablement, le spectateur a l’opportunité d’assister à une exécution historiquement importante, certifiée quasi-authentique, mais la musique en vaut-elle vraiment la peine ? La réponse est double si l’on dépasse le simple aspect historiciste. Meyerbeer est un compositeur inattendu qui ose parfois des options visionnaires, surtout dans son instrumentation : la clarinette basse dans la scène du cimetière de l’acte V mais aussi l’incroyable chanson huguenote de Marcel accompagnée d’effets grotesques et intrigants du piccolo et du basson. La partition reste bien menée avec un sens du spectaculaire et des nombreuses scènes de foule, mais, la musique semble parfois défiler au mètre accompagnée d’un déferlement de décibels que n’aura pas vraiment réussi à canaliser.

Chef indéniablement cultivé et nourri aux sources et aux parodies de Meyerbeer, le musicien laisse trop souvent l’orchestre de La Monnaie s’ébrouer dans un sympathique barnum instrumental qui couvre le plateau et qui secoue les tympans. On peine à voir un sens dramatique et une ligne de conduite claire dans ce travail énergique. L’orchestre de La Monnaie est plutôt en roue libre, brillant chez les cuivres, qui en mettent plein la vue, mais à la peine chez les cordes avec des sonorités un peu dures. Le chœur de La Monnaie est contaminé par cette énergie et se montre plus puissant que foncièrement homogène et musical, même si l’on sent les chanteurs enthousiasmés par une œuvre qui leur offre une présence scénique incomparable.

La distribution, si l’on tient compte des redoutables exigences de cette musique, était mémorable. En tête d’affiche, il faut placer l’Urbain de  : timbre étincelant, aigus faciles et présence scénique exceptionnelle font de cette jeune chanteuse une artiste à suivre. , livre également une performance magistrale en Marguerite de Valois. La Valentine de , que l’on n’avait pas entendue aussi convaincante depuis pas mal de temps, marque les esprits. s’avère un Comte de Nevers intéressant par son beau timbre et sa maîtrise exemplaire du style de cette musique. est un peu moins pertinent en Raoul de Nangis : la voix est belle, mais le timbre assez banal alors que le chanteur peine lors de l’acte V. Jérôme Varnier et sont, quant à eux, plus vocalement banaux. Les autres rôles sont distribués avec attention. Comportant des non-francophones, la distribution est tout de même digne d’éloges pour sa prononciation. Si certains artistes sont des modèles de diction, même celle d’un non-francophone comme est des plus agréables à entendre (même si un tantinet exotique).

La mise en scène avait été confiée à , l’icône franco-française de la mise en scène. Certes, Py possède son langage scénique que l’on retrouve à travers ses productions (on retrouve aussi ses groupies en délire à chaque déclinaison de son univers plaqué unilatéralement quelle que soit l’œuvre). Dans les Huguenots, il trouve un exutoire à ses visions religieuses et impose une mise en scène pertinente et professionnelle dans sa gestion de l’espace et surtout des nombreux mouvements de foule (tout le monde est presque à l’étroit sur la scène de La Monnaie).  Bien sur les tics scéniques restent souvent gratuits à l’image des scènes de nudité et d’homosexualité, mais tout cela est plus cohérent et moins volontairement outrancier que chez un Warlikowski…Les décors (métalliques évidemment) et les costumes de et les superbes lumières de contribuent à la grande réussite visuelle de cette production, qui marquera, sans aucun doute, l’histoire de cette œuvre et, on l’espère, de sa résurrection scénique.

C’est sans contexte, en dépit des réservés énoncées, l’une des productions les plus intéressantes et les moins contestables depuis l’arrivée de à la tête de La Monnaie.

 

Crédit photographique : © Clärchen und Matthias Baus

 

 

 

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