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Vladimir Galouzine est le sel de la Dame de Pique à la Bastille

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 19-01-2012. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840- 1893) : La Dame de pique, Opera en trois actes et sept tableaux sur un livret de Modeste Tchaikovski d’après Alexandre Pouchkine. Mise en scène: Lev Dodin. Décors: David Borovsky. Costumes: Chloé Obolensky. Lumières: Jean Kalman. Chorégraphie: Yuri Vasilkov. Dramaturgie: Mikhail Stronin. Avec: Vladimir Galouzine, Hermann; Evgeny Nikitin, Comte Tomski; Ludovic Tézier, Prince Eletski; Martin Mühle, Tchekalinski; Balint Szabo, Sourine; Fernando Velasquez, Tchaplitski; Yves Cauchois, Naroumov; Larissa Diadkova, La Comtesse; Olga Guryakova, Lisa; Vardhuhi Abrahamyan, Paulina; Nona Javakhidze, Macha; Robert Catania, Le maître de cérémonie. Choeur de l’Opéra national de Paris, maîtrise des Hauts de Seine, choeur d’enfants de l’opéra de Paris, direction: Alessandro di Stefano. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction: Dmitri Jurowski

damedepique_bastilleAprès un lumineux Eugène Onéguine, l’opéra de Paris présente l’une de ses productions préférées: la  Dame de pique de Tchaïkovski, mise en scène par . Une production, donnée quatre fois depuis 1999, qui, hormis sa distribution, n’a pourtant rien d’exceptionnel.

Tchaïkovski a remanié la nouvelle de Pouchkine de façon a en redessiner des personnages, à recadrer des scènes et des émotions mais cette production a jugé judicieux de ranimer un motif délaissé par le compositeur: la folie du héros.

A partir de ce constat, on ne peut que saluer le défi d’avoir mené une idée jusqu’au bout. De s’être assujetti à un concept avec une persévérance aveugle alors qu’il est contredit par le livret et la musique. De trouver une voie dans le contre-sens et, même, de faire naître des sens multiples. En superposant les dimensions, le passé, le présent, en abolissant les frontières intérieur et extérieur ou  rêve et réalité… Sur l’œuvre de Tchaïkovski s’est calquée une atmosphère lugubre d’asile psychiatrique et un univers schizophrène qui, plus qu’une mode, est peut-être un goût de notre temps.

Hermann est dans un hospice. On ne sait trop si le passé le visite ou si finalement nous ne serions au présent. Entre ses pâles murs, là où se déroule presque toute l’histoire, lui apparaissent ses amis puis celle dont il est tombé fou amoureux, Lisa, promise à un autre, le Prince Eletski, et enfin son chaperon, la Comtesse, dépositaire d’un fameux secret: trois cartes gagnantes qui intriguent Hermann au point d’en perdre la vie.

damedepique_bastille2Empreinte de cette atmosphère sinistre et abattue, la direction du jeune arrive même à donner à l’introduction le goût parfait du souvenir… Une distance surprenante pour une musique si enflammée. Une distance qui aurait continué à discréditer la musique si un peu d’ardeur ne s’était invitée après l’entracte, ravivant aussi un accompagnement un peu scolaire.

Sur scène, la flamme est , un tumultueux Hermann qui embrase ce qui l’approche. Une voix puissante qui ébranle et empoigne. Il est le sel de cette production. , rival magnanime et touchant (Eletski), en est la noblesse hiératique. (Lisa) l’exaltation passionnée et enfin (La Comtesse), un cœur de chair sous un masque de pierre, admirable d’ingénuité dans son aria finale. On remarquera également la brève mais captivante apparition de la mezzo-soprano Varduhi Abrahamyan, Paulina, dans son duo avec Lisa.

A la fin, égaré plus qu’éclairé par le retour aux sources littéraires mais heureux d’avoir pu recoller tous les morceaux, on ne peut s’empêcher de se demander: que voyait Tchaïkovski dans cette oeuvre? Sans doute pas la même chose que nous.

Crédit photographique: (La Comtesse), (Lisa) et (Hermann) © Opéra national de Paris/ Elisa Haberer.

Olga Guryakova (Lisa), Vladimir Galouzine (Hermann), (Prince Eletski) et (Comte Tomski) © Opéra national de Paris/ Elisa Haberer.

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