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Au plus près des véritables contes d’Hoffmann

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Paris. Salle Pleyel. 01-XII-2012. Jacques Offenbach (1819-1880) Les Contes d’Hoffmann, opéra fantastique en un prologue, trois actes et un épilogue sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Version de concert. Avec : John Osborn, Hoffmann ; Sonya Yoncheva, Olympia, Antonia, Giulietta ; Michèle Losier, La Muse, Nicklausse ; Laurent Naouri, Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto ; Laurent Alvaro, Luther, Crespel ; Jean-Paul Fouchécourt, Andres, Cochenille, Frantz, Pitichinaccio ; Sylvie Brunet, une voix ; Eric Huchet, Spalanzani ; Julien Behr, Nathanaël ; Marc Mauillon, Hermann, Schlemil. Ensemble vocal Aedes, chef de chœur Mathieu Romano. Les Musiciens du Louvre Grenoble, direction Marc Minkowski.

Voici donc, enfin, ce qu’on pourrait imaginer LA version définitive des contes d’Hoffmann, tels que avait pu la rêver, faute d’avoir pu l’achever. La partition détruite dans le grand incendie de l’Opéra Comique, tripatouillée avant même sa création posthume, défigurée au fur et à mesure des reprises, ne donnait plus qu’une vague idée des intentions du compositeur. Depuis une trentaine d’année, les musicologues ont cependant accompli un travail de fourmi pour tenter de redonner à l’œuvre sa physionomie originale, et parmi eux, principalement et , dont l’édition critique sonne comme l’ultime révision.

Qu’apporte donc cette version par rapport à celles que nous avons le plus l’habitude d’entendre, c’est à dire non pas la bonne vieille Choudens, qui a de moins en moins cours, mais plutôt un mâtiné Choudens/Oeser, avec des variantes selon les desiderata des directeurs de salle et des metteurs en scène ? A vrai dire, assez peu, si ce n’est en termes de vérité musicologique.

On accepte d’emblée l’ordre des actes, établis depuis bien longtemps, celui de Venise après celui de Munich, et la même cantatrice pour les trois héroïnes. Le prologue propose un deuxième couplet au duo Lindorf/Hoffmann, le premier acte entérine définitivement l’air de Nicklausse « voyez la sous son éventail » précédé d’un autre, « ô rêve de joie et d’amour », qui manque de piquant, en lieu et place de la chanson du petit coq en cuivre. Le deuxième acte consacre l’air « vois sous l’archet frémissant » que l’on donne encore assez rarement, en fonction des moyens de la mezzo distribuée.

Les choses se compliquent pour le troisième acte, celui qui a le plus souffert des ciseaux et de remaniements divers. Après la célèbre barcarolle et les couplets bachiques, Dapertutto entame, sur des paroles très proches de « scintille diamant » un air bien moins brillant, « répands tes feux dans l’air ». On a beau savoir que le précédent est un ajout de Raoul Gunsbourg, tiré d’une autre œuvre d’Offenbach, on le regrette quand même. Giulietta entonne ensuite « l’amour lui dit la belle », qu’on peut notamment entendre en CD dans l’enregistrement de Jeffrey Tate chez Philips. La suite apporte peu à ce que nous connaissions déjà, peut-être dans un ordre et une orchestration différente, mais tout se déroule si vite qu’on serait bien en peine d’en faire une recension exacte. Tout a un air de déjà entendu, mis à part l’ensemble final, inédit à notre connaissance. Giulietta ne meut pas empoisonnée, mais Pitichinaccio est frappé par la balle d’Hoffmann. Malgré ces remaniements, l’acte de Venise reste le moins convaincant dramatiquement et musicalement, et semble encore totalement inabouti. Serait-ce la malédiction du diable ?

Le prologue reste de la même eau, alliant des morceaux connus ou que du moins on sait avoir déjà entendu, combinés de différentes façons. Notre vision des contes d’Hoffmann, malgré ce travail monumental, en reste inchangée, et on sera tentée de dire que la distribution, formidable, participe plus à notre plaisir.

est un Hoffmann titanesque, à la voix d’airain, aux aigus éclatants, qui ne présente pas le moindre signe de fatigue après quatre heures de représentation, où il est présent sur la scène quasiment tout du long. Tout au plus aimerait-on que la fréquentation assidue du rôle lui apprenne la fêlure intime, la fragilité du personnage, en plus de la santé insolente de la voix.

est une véritable révélation dans les trois rôles féminins (Stella ne prononce pas un mot dans l’épilogue) Son soprano lyrique, puissant, fruité, s’épanouit dans une capiteuse Antonia et une vénéneuse Giulietta. Olympia la trouve logiquement un peu raide dans les vocalises, et faisant de nécessité vertu, elle transforme le moindre trait de virtuosité en cri de terreur. Du grand art. On ne présente plus le diable exceptionnel de , sourire inquiétant, œil qui frise, et caractérisation d’anthologie. est un Nicklausse pas vraiment pétillant, mais son timbre moelleux fait vraiment sensation. est impayable en valet, et dessine un Crespel véritablement émouvant. Sylvie Brunet est un luxe en voix d’outre-tombe. On retrouve avec plaisir le toujours craquant , et les bien chantants Eric Huchet et .

A la tête de ses Grenoble, navigue dans son élément, avec une gourmandise non dissimulée, et sait varier ambiances et couleurs.

Crédit photographique : Sonya Yontcheva © Javier del Real

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Paris. Salle Pleyel. 01-XII-2012. Jacques Offenbach (1819-1880) Les Contes d’Hoffmann, opéra fantastique en un prologue, trois actes et un épilogue sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Version de concert. Avec : John Osborn, Hoffmann ; Sonya Yoncheva, Olympia, Antonia, Giulietta ; Michèle Losier, La Muse, Nicklausse ; Laurent Naouri, Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto ; Laurent Alvaro, Luther, Crespel ; Jean-Paul Fouchécourt, Andres, Cochenille, Frantz, Pitichinaccio ; Sylvie Brunet, une voix ; Eric Huchet, Spalanzani ; Julien Behr, Nathanaël ; Marc Mauillon, Hermann, Schlemil. Ensemble vocal Aedes, chef de chœur Mathieu Romano. Les Musiciens du Louvre Grenoble, direction Marc Minkowski.

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