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L’Etoile de Chabrier à Nancy ou Noël aux Grands Magasins Ouf

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy. Opéra national de Lorraine. 28-XII-2012. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : L’Etoile, opéra-bouffe en trois actes sur un livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo. Mise en scène : Emmanuelle Bastet. Décors et costumes : Duncan Hayler. Lumières : François Thouret. Chorégraphie : Laura Scozzi. Avec : Anaïk Morel, Lazuli ; Norma Nahoun, Princesse Laoula ; Amaya Dominguez, Aloès ; Eric Huchet, le Roi Ouf 1er ; Jean-Vincent Blot, Siroco ; Christophe Gay, Hérisson de Porc-Epic ; Christophe Berry, Tapioca ; Jean-Marc Bihour, Mme Bihour ; Ill-Ju Lee, Patacha ; Pascal Desaux, Zalzal ; Jean-Louis Houel et Christophe Sagnier, deux Grooms. Choeur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction musicale : Jonathan Schiffman.

Pour changer un peu des opérettes viennoises et des tubes d’Offenbach, si traditionnels pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra national de Lorraine a eu l’excellente idée de programmer une œuvre plus rare : L’Etoile d’, quoique de plus en plus programmée (Montréal en 2005, Paris en 2007), d’autant que la présente productuon, créée à Nantes en 2005 a été reprise à Luxembourg en 2008. Cet opéra-bouffe dans la plus pure tradition parodique du genre étonne encore, comme il a déconcerté les contemporains, par son livret qui frise l’absurde et vaut notamment par une partition très élaborée, d’une ambition et d’un raffinement remarquables.

Au lieu de l’Orient de pacotille qu’évoque le livret, nous refait le coup, comme pour le Cosi fan Tutte d’ouverture de saison, de la transposition dans l’univers d’un grand magasin, cette fois new-yorkais dans les années cinquante. Pourquoi pas… Le roi Ouf 1er en devient le propriétaire tyrannique, Lazuli y est un employé, Laoula est la fille du directeur des magasins concurrents Mataquin. Ambiance de fêtes oblige, il neige à l’extérieur et Ouf se déguise en Père Noël pour ne pas être reconnu par son personnel. Les costumes des élégantes clientes fortunées, réalisés par Duncan Hayler, sont superbes et affichent bien la touche de délire inhérente au genre. Chaque acte prend place à un étage différent du magasin, la transition étant assurée par un passage par l’ascenseur fort bien traduit scéniquement, avec sa musique d’ambiance jazzy. Bien sûr, pour que la transposition fonctionne, les dialogues ont été abondamment réécrits mais évite l’accumulation de gags et se montre respectueuse de la légèreté et de la subtilité de la musique, moins inspirée cependant pour traduire la poésie de certains passages comme la « Romance de l’étoile ». Toutefois, son goût prononcé pour le comique de répétition peut finir par devenir lassant.

De la distribution, on retiendra notamment la fraîcheur de en Laoula à la voix cristalline et la truculence sans excès de Eric Huchet en Ouf 1er, très à l’aise vocalement dans ce rôle qui exige bien plus que les habituels emplois de ténor de caractère. On regrette que le Siroco de ait si peu à chanter car sa virtuosité et ses graves font merveille, associés à la souplesse d’Eric Huchet, dans un « Duetto de la Chartreuse » d’anthologie. campe une Aloès parfaitement déjantée et est un Hérisson de Porc-Epic virevoltant et débordant d’énergie. trouve plus difficilement ses marques en Lazuli, hésitant entre dynamisme et rêverie, manquant de souplesse et de comique, peinant à homogénéiser ses registres et parfois à passer l’orchestre. De plus, la voix reste souvent dans les joues et la prononciation n’a pas la clarté et l’intelligibilité de ses partenaires. Enfin, dans le rôle surajouté de la Directrice des ressources humaines des magasins Ouf, Jean-Marc Bihour assure le fil conducteur du spectacle avec beaucoup de drôlerie.

L’, capable d’élégance et même de grâce dans l’alliage des timbres à certains moments, se révèle hélas trop lourd et compact dans les tutti. La direction de à la rythmique fortement appuyée est également responsable de cette relative pesanteur. Pourtant capable de mettre en valeur toute la finesse de l’orchestration dans les moments élégiaques, le chef s’appesantit, au risque de couvrir les chanteurs, dès que l’effectif orchestral augmente. Un petit regret dans un spectacle globalement festif et de bonne tenue.

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