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Le Festival Présences de Radio France dans ses murs

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Festival Présences. Maison de la Radio. 16-II-2014

18h: studio 106. Hèctor Parra (né en 1976): Early Life pour hautbois, piano, violon, alto et violoncelle; Jean-Luc Hervé (né en 1960): En mouvement pour flûte, clarinette, percussion, piano, violon, alto et violoncelle; Raphaël Cendo (né en 1975): Rokh pour flûte, piano, violon et violoncelle; Oliver Schneller (né en 1966): Alice Blue pour flûte, hautbois, clarinette, saxophone, percussion, violoncelle, piano (CM); Enno Poppe (né en 1969): Salz pour flûte, hautbois, clarinette, saxophone, percussion, clavier, violon, alto et violoncelle. Ensemble Mosaik; direction Guillaume Bourgogne.

20h: studio 107. Manfred Stahnke (né en 1951): Such(t) Maschine pour grand ensemble; Oscar Bianchi (né en 1975): Permeability, pour 19 instruments et électronique; Mark André (né en 1964): Üg pour ensemble et électronique; Martin Matalon (né en 1958): De polvo y piedra pour ensemble et électronique. Ensemble Modern; direction Franck Ollu.

Schneller_DSC5427_ueber_03Les concerts de « Présences » à la Maison de la Radio, prévus dans des studios beaucoup trop exigus pour le public fidèle et nombreux de ce festival de création musicale, invitaient deux ensembles allemands de renom : l’Ensemble berlinois Mosaik – fondé en 1997 et dirigé, dès l’année suivante, par – et son ainé, l’ de Francfort, qui se consacre depuis 1980 à la musique de ses contemporains.

Le premier concert, très/trop dense, dans l’espace confiné du studio 106, présentait un éventail très large de personnalités et d’itinéraires sonores servis avec un engagement total par l’ dirigé par le chef français .

Early life pour cinq instruments du compositeur catalan Hector Parra était joué sans chef et faisait les frais d’une acoustique trop sèche. On ressentait un problème d’équilibre sonore et un manque de fusion des timbres au sein de l’écriture complexe du compositeur qui inclut une partie de hautbois solo très travaillée mais qui manquait également de flexibilité.

La pièce, dirigée cette fois, du compositeur français explore différentes temporalités au fil d’un parcours un rien énigmatique; les textures, toujours très transparentes chez le compositeur, sont conçues dans un espace très mouvant. Le compositeur nous met à l’écoute d’une matière sonore « en mouvement » (c’est le titre de l’oeuvre), soumise à l’action du processus de développement.

créait l’événement avec Rokh, une pièce pour quatre instruments dont on ne sort pas indemne! Rokh, nous dit le compositeur dans sa notice d’oeuvre, est un oiseau gigantesque et fabuleux, sorte de Phénix, symbole du renouveau et de l’immortalité. L’énergie qui fuse dès les premières minutes de la pièce est à la hauteur de cette vision fantastique. Cendo exerce la virtuosité de son geste compositionnel pour tendre un matériau saturé jusqu’à l’excès, en amenant l’instrumentiste à la perte de contrôle de son jeu. Le pianiste, sur son instrument préparé, est ici performer, dans la « transe furieuse » qu’il exécute en soliste. Magnifiquement défendue par , à la tête de musiciens très étonnants, la pièce nous laisse dans le saisissement absolu.

Commande de Radio France et donnée en création mondiale, Alice Blue du compositeur allemand semblait, par contraste, ludique, légère et souriante, dans un contexte très consonant. Présentée sous différentes facettes, la musique plutôt jazzy s’immobilise souvent sur une boucle mélodique; le tout est « monté » avec humour et une certaine désinvolture.

Comme , utilise l’orgue Hammond, mais ce dernier est accordé ici de manière très spécifique (192 notes par octaves!) pour servir la prospection microtonale menée par le compositeur berlinois. Salz (Sel) écrit pour l’ensemble viennois Klangforum Wien, est une pièce forte dans laquelle Poppe met à l’oeuvre, dans un temps très lent, la croissance organique du matériau sonore exigeant un contrôle très ferme de son évolution. L’écoute est captée par ce cheminement minutieux et microtonal que le compositeur résume en ces termes: « J’ai essayé de loger l’information dans chaque fente de la pièce ».

Dans le studio 107, le concert de 20h incluait un dispositif électronique requis par la plupart des oeuvres au programme. Les quatre pièces relativement récentes ont toutes été écrites pour l’ qui les donnait ce soir, sous la direction de son chef , en création française.

Celle du compositeur allemand est strictement acoustique. Dans Such(t) Maschine pour grand ensemble, est élaborée une écriture microtonale assez complexe qui engendre de belles textures, surtout dans l’univers des cordes; mais l’écoute est rapidement déstabilisée par l’hétérogénéité du discours et les méandres formels dont on peine à suivre la logique.

Le Milanais a écrit Permeability en 2013. Dans cette oeuvre d’envergure pour ensemble et électronique, Bianchi dit célébrer les avancées de la technologique qui lui ont fait prendre conscience de « la grandeur du son dans toutes ses dimensions ». L’oeuvre impressionne par l’intensité de ses couleurs et l’énergie du son démultiplié par le dispositif électroacoustique.

Le titre Üg de nécessite quelques éclaircissements. L’oeuvre participe du projet  » into…  » de l’Ensemble Modern qui a demandé à plusieurs compositeurs de choisir une ville et d’en relever les caractéristiques acoustiques dans une approche musicale singulière. s’est fixé sur Istanbul, une ville qu’il situe au passage – Ü(bergan)g- de l’orient et de l’occident. Il a fixé sur le support audio certaines ambiances sonores réverbérées de la ville sur lesquelles les instrumentistes confrontent leurs propres sons par touches colorées très fragmentaires. Des voix chuchotées en plusieurs langues traversent cette « Stimmung » particulière en un flux mystérieux et très poétique.

est un maitre du temps réel et un amoureux du son avec lequel il entretient un rapport sensuel et presque tactile. Sa dernière pièce De polvo y piedra (La poussière et la pierre) créée en 2013 par l’Ensemble Modern en témoigne très clairement. Ses huit miniatures instrumentales, mâtinées d’accordéon, sont soumises au filtre de l’électronique, agissant comme « un laminoir sonore ». Matalon déploie à mesure un univers sonore foisonnant et fantasmagorique dans lequel il nous fait voyager « avec tout le confort moderne » et l’engagement des musiciens qui accomplissaient ce soir un parcours exemplaire.

Crédit photographique : Oliver Schneller © DR

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Festival Présences. Maison de la Radio. 16-II-2014

18h: studio 106. Hèctor Parra (né en 1976): Early Life pour hautbois, piano, violon, alto et violoncelle; Jean-Luc Hervé (né en 1960): En mouvement pour flûte, clarinette, percussion, piano, violon, alto et violoncelle; Raphaël Cendo (né en 1975): Rokh pour flûte, piano, violon et violoncelle; Oliver Schneller (né en 1966): Alice Blue pour flûte, hautbois, clarinette, saxophone, percussion, violoncelle, piano (CM); Enno Poppe (né en 1969): Salz pour flûte, hautbois, clarinette, saxophone, percussion, clavier, violon, alto et violoncelle. Ensemble Mosaik; direction Guillaume Bourgogne.

20h: studio 107. Manfred Stahnke (né en 1951): Such(t) Maschine pour grand ensemble; Oscar Bianchi (né en 1975): Permeability, pour 19 instruments et électronique; Mark André (né en 1964): Üg pour ensemble et électronique; Martin Matalon (né en 1958): De polvo y piedra pour ensemble et électronique. Ensemble Modern; direction Franck Ollu.

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