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L’Or du Rhin à Munich, version Petrenko

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 22-III-2015. Richard Wagner (1813-1883) : L’Or du Rhin, opéra en quatre scènes sur un livret du compositeur, prologue à L’Anneau du Nibelung. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; Costumes : Andrea Schraad ; Chorégraphie : Zenta Haerter. Avec : Thomas J. Mayer (Wotan) ; Levente Molnár (Donner) ; Dean Power (Froh) ; Norbert Ernst (Loge) ; Tomasz Konieczny (Alberich) ; Andreas Conrad (Mime) ; Günther Groissböck (Fasolt) ; Christoph Fischesser (Fafner) ; Elisabeth Kulman (Fricka) ; Golda Schultz (Freia) ; Okka von der Damerau (Erda) ; Hanna-Elisabeth Müller (Woglinde) ; Jennifer Johnston (Wellgunde) ; Nadine Weissmann (Floßhilde). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kirill Petrenko.

Rheingold 2015 fait de L’Or du Rhin un véritable événement théâtral.

À 42 ans, a déjà une longue expérience du Ring : en 2001, tout jeune directeur musical du modeste théâtre de Meiningen, il avait réussi à le faire jouer dans un théâtre très peu habitué à ce genre de grande entreprise. 14 ans plus tard, et après deux étés à Bayreuth, il était naturel qu’il prenne rapidement en charge le Ring créé à l’Opéra de Bavière avec en 2012 : il le fait avec sa prudence coutumière, répartissant les première de chaque opéra sur un mois plutôt que de ne diriger que des cycles compacts. En cette fin mars, le temps est donc venu d’un premier cycle.

La mise en scène d’ pour ce premier volet est restée telle que nous l’avions commentée en 2012 : l’élan narratif est sa première force, l’innovation n’est pas sa préoccupation, mais le plaisir théâtral qui tient notamment aux solutions originales et simples des défis scéniques qu’offre L’Or du Rhin, autour du Tarnhelm, est intact.

La distribution, elle, est largement renouvelée : pour la première fois dans cette production, un seul chanteur, Thomas J. Mayer, interprète Wotan dans les trois opéras où il apparaît ; pour ce premier volet, il faut se contenter d’une voix certes solide, qui parvient à se faire entendre, mais manque d’autorité et de couleurs. La déception est plus grande encore pour , qui a pourtant chanté Loge avec Petrenko à Bayreuth, mais est souvent inaudible et sans caractère – il est vrai qu’il s’agit d’un remplacement, mais avec quelques jours de préparation tout de même. Le reste de la distribution est beaucoup plus satisfaisant : la Fricka d’Elisabeth Kulman manque beaucoup de présence, mais les deux Nibelungen, eux, sont aussi brillants l’un que l’autre : le pathétique Mime d’ comme l’affreux Alberich de offrent les moments les plus forts de la soirée.

Mais, l’ovation finale en atteste, l’attention des spectateurs se focalise surtout sur la fosse : ce que produit Kirill Petrenko n’est sans doute pas ce que le cliché du « grand chef wagnérien » laisse attendre ; pas de place pour l’ivresse sonore, et pas seulement à cause de tempi plus vifs que d’habitude (et plus vifs que ceux de en 2012). Kirill Petrenko n’a pas peur des décibels, avec une mise en avant assez inhabituelle des percussions, mais il le fait toujours à bon escient. La montée finale des Dieux vers le Walhalla fait trembler les murs, mais il est évident que c’est en écho aux propos ironiques de Loge qui précèdent : pavanez-vous donc, vous n’en tomberez que mieux. C’est en cela que Petrenko est un cas exceptionnel aujourd’hui : un vrai chef de théâtre, qui aime passionnément le drame musical, là où ses confrères de la même génération préfèrent enchaîner les concerts symphoniques où on brille plus facilement sans les contraintes propres aux arts de la scène. Il arrive que les tempos choisis obligent les chanteurs à accélérer le débit plus qu’ils ne le souhaiteraient ; dans l’ensemble cependant, la vivacité des échanges entre les personnages s’en trouve favorisée de manière très bénéfique pour le théâtre. Dans ces conditions, on attend La Walkyrie avec impatience.

Crédit photographique : (c) Wilfried Hösl

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