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Persée de Lully réécrit pour Marie-Antoinette

Concerts, La Scène, Opéra

Metz. Grande salle de l’Arsenal. 3-IV-2016. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Persée, tragédie lyrique sur un livret de Philippe Quinault révisé par Nicolas-René Joliveau. Partie musicale réécrite par Antoine Dauvergne, Bernard de Bury et François Rebel. Avec : Mathias Vidal, Persée ; Marie Lenormand, Cassiope ; Marie Kalinine, Méduse ; Chantal Santon-Jeffery, Vénus ; Hélène Guilmette, Andromède ; Jean Teitgen, Céphée ; Thomas Dolié, Sténone ; Tassis Christoyannis, Phinée ; Cyrille Dubois, Mercure ; Katherine Watson, Mérope ; Zachary Wilder, Euryale. Le Concert Spirituel (chœur et orchestre), direction : Hervé Niquet.

le-concert-spirituel_603x380Le Persée de Lully ne sort peut-être pas tout à fait indemne de la réécriture par Dauvergne, Rebel et . La nouvelle version de 1770, conçue pour le mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette, n’en est pas moins représentative du nouveau goût français à une période charnière de l’histoire de la musique.

Le clou de la journée « Autour de Lully » présentée par l’Arsenal de Metz – concert commenté à 11h30, brunch musical à 12h30, conférence de à 14h30 – était évidemment constitué de la représentation en version de concert de la tragédie lyrique Persée de Lully et Quinault. De Lully et Quinault ? Pas exactement, car il s’agit en réalité, pour cette intéressante reprise coproduite entre l’Arsenal de Metz, et le Centre de musique baroque de Versailles, de la version en quatre actes choisie en 1770 pour ouvrir la série des spectacles donnés à l’occasion du mariage de Marie-Antoinette et du futur Louis XVI dans le nouvel Opéra Royal récemment construit par Ange-Jacques Gabriel. Réécrit en partie par le librettiste Nicolas-René Joliveau, le texte de Quinault se voit ainsi resserré en quatre actes sans prologue, même s’il conserve sa trame et son élégance stylistique caractéristique. C’est surtout la musique de Lully qui se voit modifiée, une bonne moitié de la partition originale étant remplacée pour l’occasion par de nouveaux chœurs, ballets, ritournelles et ariettes, dus à trois grands compositeurs français du moment : , et . Ces derniers mettent donc au goût du jour l’orchestration de Lully, intégrant cors et clarinettes dans les parties anciennes colorées de flûtes et de bassons. De même, ils élargissent et amplifient les récitatifs, n’hésitant pas à insérer parfois la musique de Lully dans un dispositif musical et théâtral plus adapté au goût versaillais de 1770, davantage dans l’esprit de compositeurs comme Gluck ou Sacchini que dans celui de la tragédie lyrique des années 1680. Que l’on approuve ou non le traitement infligé à la partition, le produit hybride qui en résulte, d’un dramatisme et d’une efficacité théâtrale consommés, mérite sans aucun doute l’attention qu’on lui porte aujourd’hui et il ne saurait en rien être considéré comme purement anecdotique. Il est un jalon incontestable dans notre connaissance de l’esprit français lors de ces années charnières précédant de quelques années l’arrivée de Gluck à Versailles.

Les amoureux de Lully auront sans doute trouvé que la nouvelle orchestration manque quelque peu de subtilité. Peut-être cela est-il dû en grande partie à la direction éminemment fougueuse, clinquante et ultra-vitaminée d’, visiblement davantage soucieux de l’effet sonore d’ensemble que de la précision du détail. Certains solistes auront peut-être eux aussi eu du mal à trouver le ton juste dans cette œuvre stylistiquement à la croisée des chemins. , en tout cas, se laisse entendre comme un parfait haute-contre à la française, et l’on rêverait de l’entendre dans la version originale de Lully plutôt que dans cette réécriture dont l’héroïsme le laisse parfois à la limite de ses moyens. À ses côtés, le ténor fait preuve de plus de vaillance en Mercure, dans une tessiture également excessivement élevée. Belles prestations également du côté des voix graves, autant de la part du baryton , à la diction toujours aussi châtiée, que de , au chant sobre et efficace ; l’instrument de la basse est peut-être un peu trop caverneux pour ce répertoire. Chez les dames, on aura préféré la belle expressivité de , fort convaincante en Méduse, ainsi que le chant pur et émouvant d’, fort touchante Andromède. Chantal Santon-Jeffery et , respectivement Vénus et Mérope, complètent une distribution proche de l’idéal.

Il est à douter que cette nouvelle version de Persée, privée du raffinement qui fait la marque de fabrique de l’original, s’impose durablement au répertoire. Défendue comme elle a pu l’être par les musiciens du Concert Spirituel, cette nouvelle mouture procure une belle expérience esthétique qui, historiquement en tout cas, vaut tout à fait le détour.

Crédit photographique : Le Concert Sprituel © Eric Manas

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