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L’Ange de feu à Munich, le théâtre est en fosse

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Munich. Nationaltheater. 16-VII-2016. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : L’Ange de feu, opéra en cinq actes sur un livret du compositeur d’après le roman de Valeri Brioussov. Mise en scène : Barrie Kosky ; décor : Rebecca Ringst ; costumes : Klaus Bruns. Avec : Svetlana Sozdateleva (Renata) ; Evgeny Nikitin (Ruprecht) ; Goran Jurić (L’inquisiteur) ; Heike Grötzinger (L’aubergise) ; Elena Manistina (Diseuse de bonne aventure) ; Okka von der Damerau (Abbesse) ; Vladimir Galouzine (Agrippa von Nettesheim) ; Kevin Conners (Méphistophélès)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (préparé par Stellario Fagone) ; Orchestre national de Bavière ; direction : Vladimir Jurowski.

La production de déçoit, mais le théâtre est dans la fosse avec .

Feuriger Engel 04Les opéras de n’encombrent pas les saisons des maisons d’opéra, même en Russie, ce qui est une négligence coupable ; on peut donc particulièrement se réjouir d’avoir pu voir en une seule saison deux productions fort différentes de L’Ange de feu, l’opéra maudit que Prokofiev n’entendit jamais, et qui pourtant a tant de titres à fasciner le public d’aujourd’hui. À l’Opéra-Comique de Berlin, en décembre, nous avions pu voir l’admirable production de Benedict Andrews, que les Lyonnais pourront d’ailleurs découvrir en octobre prochain ; à Munich, c’est un autre Australien, qui est paradoxalement le directeur de ce même Opéra-Comique, qui est chargé de la mise en scène, et le résultat, hélas, est beaucoup moins émouvant et beaucoup moins signifiant.

Rebecca Ringst, décoratrice attitrée de Calixto Bieito, a construit une chambre d’hôtel dont la paroi du fond et le plafond sont mobiles, de façon à moduler l’espace ; la situation prescrite par le livret au premier acte se trouve ainsi reproduite d’acte en acte, et les changements de configuration tout comme l’évolution des lumières, censés donner un peu de variété, sont trop arbitraires pour engendrer autre chose que la lassitude. Le jeu des acteurs est assez finement réglé pour que certaines scènes, notamment les plus intimes entre Renata et Ruprecht, réussissent à émouvoir ; hélas, dès qu’il en a l’occasion, Kosky encombre la scène de figurants et de danseurs : la scène d’auberge avec Faust et Méphistophélès, si troublante à Berlin, devient ici un simple numéro de music-hall sans nécessité. Que tous, Inquisiteur, moniales et Abbesse soient déguisés au dernier acte en Christ de douleur est sans nul doute pertinent comme contrepoint aux visions religieuses de Renata, mais cette assez bonne idée intervient trop tard pour donner une logique, si fantasmatique soit-elle, au spectacle.

Feuriger Engel 13Heureusement, les chanteurs et surtout la fosse sauvent l’essentiel. Comme à Berlin, c’est qui chante Renata, ici en remplacement d’Evelyn Herlitzius qui a renoncé au rôle ; son engagement et sa maîtrise d’une partition terrifiante font d’elle autant qu’à Berlin un atout très fort pour le spectacle. est lui aussi très à l’aise en Ruprecht, avec une voix qui est toujours un luxe ; parmi les rôles de caractère, plutôt que , Agrippa un peu éteint, ce sont les solistes de la troupe, et en tête, qui donnent du relief à la soirée.

Le grand luxe de la soirée, cependant, c’est . Lui qui avait préparé le public de Munich il y a quelques mois en dirigeant la Troisième symphonie, où Prokofiev avait intégré beaucoup de motifs de l’opéra, montre sa compétence en matière de théâtre lyrique ; l’orchestre de l’Opéra de Munich sonne comme si c’était son cœur de répertoire, l’équilibre avec la scène n’est jamais menacé, et la modernité inquiète de Prokofiev résonne fièrement. Jamais Jurowski ne cherche l’effet pour lui-même ; il a parfaitement compris que tout ceci n’était pas une affaire de décibels ni d’excès rythmiques. On a là, finalement, tout le théâtre qu’il fallait, dans le meilleur sens du terme.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 16-VII-2016. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : L’Ange de feu, opéra en cinq actes sur un livret du compositeur d’après le roman de Valeri Brioussov. Mise en scène : Barrie Kosky ; décor : Rebecca Ringst ; costumes : Klaus Bruns. Avec : Svetlana Sozdateleva (Renata) ; Evgeny Nikitin (Ruprecht) ; Goran Jurić (L’inquisiteur) ; Heike Grötzinger (L’aubergise) ; Elena Manistina (Diseuse de bonne aventure) ; Okka von der Damerau (Abbesse) ; Vladimir Galouzine (Agrippa von Nettesheim) ; Kevin Conners (Méphistophélès)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (préparé par Stellario Fagone) ; Orchestre national de Bavière ; direction : Vladimir Jurowski.

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