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Bernard Foccroulle, lorsque 12 ans seront passés

À emporter, Essais et documents, Livre, Opéra

L’opéra, miroir du monde. Festival d’Aix-en -Provence 2007-2018. Direction éditoriale de Louis Geisler et Alain Perroux. Actes Sud. 176 p. 32€. Juillet 2018

Faire vivre l’opéra. Un art qui donne sens au monde. Bernard Foccroulle. ACTES SUD. 196 p. 20€. Juillet 2018

 

LOMDMMon premier est un livre d’images. Mon second est un livre de mots, les deux publiés chez Actes Sud. Mon tout scelle en beauté les douze années de à la tête du Festival d’Aix-en-Provence.

Le pouvoir des images

L’opéra, miroir du monde suffit à rappeler combien, pendant douze étés, Aix aura porté l’art lyrique à un niveau d’intelligence qui, tant sur le plan musical que scénique, fait d’une manifestation au départ à vocation européenne un des festivals d’opéras les plus importants du monde. Une centaine de photos, dont certaines en double-page, disent les riches heures de la présidence de , artiste qui voit l’opéra comme vecteur de sens majeur dans une époque tentée par le déficit culturel. Aix s’est attaché les visions de grands metteurs en scène : Chéreau (qui y a présenté son ultime spectacle), Sellars, Tcherniakov, Carsen, Py, McBurney, Honoré, Jones, Homoki, Lepage, Pommerat… et, dans la religion de ce monde d’hommes qu’est l’opéra, a offert le luxe d’une résidence à (ses Written on skin, Alcina, Pelléas et même son Ariane délaissée à Naxos par la critique, furent des productions marquantes). Rattle, Langrée, Rhorer, Pichon, Alarcón, Salonen, Haïm, Currentzis, Minkowski, Christie, Rousset, Jacobs, Davis et bien d’autres ont assuré la bande-son qui résonna dans le mythique Archevêché et dans le flambant Grand Théâtre de Provence dont l’avènement (2007) coïncida avec celui du successeur de .

Défilent les saisons (où sont les déchets ?) sous un triple éclairage : le programme général de chacune, des photos, un témoignage. Celui de Louis Geisler et Alain Perroux mais aussi de ceux à qui les deux directeurs éditoriaux de la publication laissent voix : un compositeur, un chef, un metteur en scène, une chanteuse, un créateur lumière… On entend Nathalie Dessay, , , mais aussi une choriste du formidable Monstre du labyrinthe, qui mêla en 2015 amateurs et professionnels sous la baguette de … Feuilleter les 176 pages du bel ouvrage s’accompagne toutefois d’une frustration : que la voix hyper discrète de Bernard Foccroulle ne soit pas plus souvent sollicitée pour donner ne serait-ce qu’un bref avis sur chacun des spectacles rêvés puis réalisés.

faire vivre l'opéra actes sudLe pouvoir des mots

Faire vivre l’opéra donne à entendre la voix de celui qui fut à la tête du festival de 2007 à 2018, au fil de quatre entretiens aussi passionnants qu’instructifs. C’est dans le premier, conduit par Chantal Cazaux, que Bernard Foccroulle revient sur les spectacles montés. Conjointement à sa profession de foi (« L’opéra, miroir du monde »), on lira avec intérêt sa version de ce qui a pu être pris pour de l’autocensure lorsqu’en la terrible année 2015, Aix montra L’enlèvement au sérail djihadiste de Martin Kusej amputé in extremis de quelques images. Bernard Foccroulle affirme la nécessité des créations autant que de la création (une par an à Aix). On partage son engouement pour les artistes novateurs sans lesquels le patrimoine lyrique serait « mémoriel et muséal » comme son rejet du star-system. Il évoque avec une sincère émotion la « forme de sainteté » de ,

Les entretiens suivants exposent la face cachée de la vitrine aixoise : celle qui permet au festival de s’ériger dans sa ville, dans son pays, dans son continent, dans le monde, sans être une tour d’ivoire. Création en 2013 d’Aix en juin, projets participatifs avec le réseau Passerelles dès 2007 (ses actions à l’adresse des scolaires travaillant la relation essentielle même si « n’allant pas de soi » avec l’Éducation Nationale), la poursuite de l’Académie fondée en 1998 par Lissner (où « naquirent » et autres Paul-Antoine Bénos-Djian), l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée (OJM), l’appartenance à des réseaux culturels internationaux (RESEO, OPERA EUROPA), le partenariat avec France Télévisions pour des captations de spectacles disponibles six mois durant, des productions voyageuses, des projections sur grand écran en France et à l’étranger, une politique tarifaire pour tous. Ce travail de fourmi affiche la volonté d’un dialogue culturel (Aix a monté avec succès Kalîla wa Dimna, un opéra en arabe) à même de parler du monde mais aussi au monde : « les créations interculturelles peuvent être un rempart contre la violence ».

Le dernier entretien autorise Bernard Foccroulle à enfoncer le clou d’un nécessaire militantisme de l’art pour la liberté d’expression ( empêché de monter Cosi fan tutte), pour la diversité culturelle plutôt qu’une mondialisation façon Disneyworld (souhaitant une vraie politique à l’Opéra que la Chine vient d’offrir à l’Algérie), mais aussi à confesser les chastes voilages apposés sur les épaules de Suzanne lors de la diffusion des Noces aixoises à Bahreïn. Il dit son attachement aux nouveaux réseaux du festival (enoa, Medinea) fondés en 2011 dans le contexte des replis identitaires à l’œuvre dans le bassin méditerranéen. Dialogue interculturel plutôt que « choc de civilisations » : derrière l’homme d’images, de mots, se dévoile un homme de terrain remarquable, optimiste et lucide, qui préfère rêver l’opéra comme « un art qui donne du sens au monde ».

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