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Vie de Bohème de luxe avec Antonio Pappano et Richard Jones

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Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème. Mise en scène : Richard Jones. Décors : Stewart Laing. Lumière : Mimi Jordan Sherin. Avec : Nicole Car, Mimi ; Michael Fabiano, Rodolfo ; Simona Mihai, Musetta ; Marius Kwieceń, Marcello ; Florian Sempey, Schaunard ; Luca Tittoto, Colline ; Jeremy White, Benoît ; Wyn Pencarreg, Alcindoro ; Andrew Macnair, Parpignol ; John Morrissey, un Douanier ; Thomas Barnard, le Sergent des douaniers. Chœur (chef de chœur : William Spaulding) et Orchestre de la Royal Opera House, direction : Antonio Pappano. Réalisation : Rhodri Huw. Enregistré en 2017 à la Royal Opera House, Londres. Suppléments : Introduction/Antonio Pappano parle de la musique/Distribution. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Sous-titrage : anglais, allemand, français, allemand, japonais, coréen. 1 DVD Opus Arte. Durée : 01:51:00 (opéra), 00:11 (suppléments)

 

la boheme opus arteConfiée à un des meilleurs metteurs en scène du moment, à un chef passionné, à une distribution judicieusement choisie, cette version anglaise du chef-d’œuvre de Puccini peut séduire les tenants de la tradition comme les amateurs de vision.

Ni perdue dans l’espace, ni terre à terre, la nouvelle Bohème de (après Bregenz en 2002) séduit par l’originalité de son dispositif. Un spectacle de est toujours une affaire de décor. Et même de décors, Jones en offrant pas moins de quatre au seul bref deuxième acte (20 minutes) d’un des opéras les plus courts (1h50) du répertoire : une rue sous la neige, trois galeries marchandes, l’intérieur de Momus, une allée de réverbères. Malgré la précision décorative et costumière, le metteur en scène britannique ne vise jamais la reconstitution in extenso. Sa vision, de type radiographique, ne garde que l’essentiel d’un XIXe siècle qui découvrait les Grands Magasins et l’Électricité. La mansarde de Jones (un entrelacs de madriers nus) cite un unique meuble : un poêle à la tuyauterie démesurée (comme chez Carsen) blotti sous une charpente glaciale. Invitée de marque en terme esthétique, la neige tombe sur les trois premiers actes, d’abord une simple coulée dès l’accueil du spectateur, puis une chute en continu, frêle derrière les baies vitrées de Momus, conséquente sur la Barrière d’Enfer : Jones fait ainsi souffler sur le luxe de sa vision le froid qui consumera Mimi.

La direction de Pappano voit grand. En amoureux de la partition, le directeur musical de la ROH en sculpte chaque mélodie, chaque détail orchestral, avec une attention particulière pour la harpe et les sonorités graves des moments intimistes. Le Marcello de Marius Kwieceń est exceptionnel. La Mimi ample et naturelle de , loin de toute minauderie, sourire et regard d’une grande bonté, emporte la sympathie. , Rodolphe séduisant vocalement, évite prudemment de jouer les Pavarotti en fin de I, mais convoque les sanglots de Di Stefano pour un finale bouleversant qui n’est pas sans évoquer les frissons de son José fracassé à Aix. et sont des colocataires que l’on aurait volontiers intervertis. convainc avec une Musetta à l’aise dans l’abattage comme dans l’empathie. Le Chœur, aussi bien croqué que les solistes par Jones, fait montre de précision et d’énergie au cours de la périlleuse mission du II.

Le filmage de Rhodri Huw nous vaut notre unique motif d’agacement. Déjà aveugle face au changement de décor à vue entre les Actes I et II, le vidéaste récidive entre le III et le IV : s’il donne à voir la spectaculaire translation de la Barrière d’Enfer entre jardin et cour, il nous prive de celle de la mansarde du fond de scène vers la rampe, au moyen d’un plan de coupe aussi inutile qu’assassin quant à la fluidité rêvée du spectacle.

Souhaitons à La Bohème de un avenir aussi pérenne que le passé de la mise en scène de , sur laquelle le rideau de Covent Garden s’est levé 40 années durant !

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