Madame Favart frustre avec légèreté à l’Opéra-Comique

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra-comique. 20-VI-2019. Madame Favart, opéra comique en trois actes de Jacques Offenbach (1819-1880). Mise en scène, Anne Kessler, sociétaire de la Comédie Française ; Scénographie, Andrew D. Edwards ; Costumes, Bernadette Villard ; Lumières, Arnaud Jung ; Dramaturgie, Guy Zilberstein. Avec : Marion Lebègue, Madame Favart ; Christian Helmer, Charles-Simon Favart ; Anne-Catherine Gillet, Suzanne ; François Rougier, Hector de Boispréau ; Franck Leguérinel, Major Cotignac ; Éric Huchet, marquis de Pontsablé ; Lionel Peintre, Biscotin ; Raphaël Brémard, sergent Larose ; Solal Dages-Des-Houx, Maîtrise Populaire de l’Opéra Comique, enfant ; Chœur de l’Opéra de Limoges (Direction, Edward Ananian-Cooper) ; Orchestre de chambre de Paris, direction : Laurent Campellone

1_madame_favart_dr_s._brion_resizedPour le bicentenaire de la naissance d’Offenbach, l’Opéra-Comique a eu la bonne idée de programmer Madame Favart, faisant par la même occasion ressurgir le couple mythique du XVIIIe siècle qui donne aujourd’hui son nom à la salle.

Après le Postillon de Lonjumeau où Michel Fau s’amusait à réinventer un XVIIIe siècle fantasmé par le XIXe, choisit de transposer l’action de Madame Favart – fameuse actrice du siècle des Lumières qui révolutionna l’art dramatique – au XXème siècle, dans les ateliers de fabrication des costumes de l’Opéra-Comique, soulignant ainsi le rôle prépondérant du travestissement dans cette œuvre aux quiproquos incessants et alambiqués. L’acte I se déroulant à l’auberge de Biscotin, le spectateur est d’emblée perdu entre les indications scéniques de la metteuse en scène et certains dialogues ou actions qui ne trouvent plus sens. La compréhension des personnages et des enjeux s’en trouve amoindrie et on décroche rapidement. Ce travail est par ailleurs truffé de gadgets inutiles (quel est le rôle de l’enfant omniprésent dans cette histoire ?) et de redondances d’effets pour les fins d’actes. Aucune vraie idée n’irrigue ce travail qui défend mal une œuvre qui recèle pourtant beaucoup de pistes de lectures, comme le laissent entrevoir certains dialogues savoureux sur les classes sociales (on pense au Mariage de Figaro) et la place des femmes au XVIIIe siècle. La deuxième partie gomme cette transposition et rend les choses plus lisibles, et reconnaissons que décors et costumes sont très réussis.

En outre , sociétaire de la Comédie Française, a soigné sa direction d’acteur et celle-ci est parfaitement assumée par une équipe de chanteurs et un chœur particulièrement investis.

La musique d’Offenbach nécessite des tempéraments pour être la bulle de champagne que l’on attend d’elle. A ce titre nous commencerons par l’extraordinaire Marquis de Pontsablé d’. Certes, le rôle est payant mais le ténor – au répertoire très varié – s’y moule avec un tel métier, un savoir faire et une évidence qu’on ne croyait plus possible, trouvant un équilibre parfait entre des récitatifs parfaitement phrasés et une limpidité du chant, simple, bien timbré et projeté. Tout ce travail, subtil et fantasque, résume ce que l’on attend d’une soirée à l’Opéra-Comique et beaucoup du succès de la soirée lui revient.

Dans la même lignée, et même s’ils ont moins à chanter, les Cotignac et Biscotin de et imposent une réel présence, un jeu de scène à l’abattage efficace sans négliger le chant.

Madame Favart groupe
Les deux jeunes couples bénéficient eux aussi de chanteurs bien distribués. Le rôle de Madame Favart exige naturellement une présence scénique et un caractère de diva. peine dans un premier à temps à s’imposer dans le rôle. Le medium semble éteint et l’incarnation un peu fade. Pourtant, tout se réveille après l’entracte et la mezzo semble opérer sa révolution. Outrancière dans ces pseudos évanouissements, hilarante et émouvante à la fois dans le travestissement en vieille comtesse, semble aussi trouver sa voix. On y retrouve l’opulence qu’elle pare de beaucoup de couleurs et d’un travail sur l’accentuation indispensable pour embrasser l’ensemble des rôles que la Favart doit aborder. Au final, un beau succès pour un rôle plus difficile qu’il n’y paraît.

On est impressionné par la voix puissante, chaude et sombre du Charles-Simon Favart de . La voix, d’une grande sensualité, est bien conduite mais les aigus se dérobent et le baryton est souvent obligé de détimbrer lors des allègements demandés par la partition. Entre verve et fausse langueurs, la composition du personnage est quant à elle parfaitement réussie.

La Suzanne d’ est d’une fraîcheur fort à propos et le style est parfaitement respecté grâce à l’agilité et l’élégance du chant et une diction parfaite. Son Hector est un peu plus brute de décoffrage, ce qui crée un contraste intéressant. Les nuances sont un peu absentes du chant clair et bien projeté de  mais la tyrolienne du III avec est un grand moment de drôlerie.

Enfin, le chœur a toujours un rôle très important chez Offenbach qui exige une grande précision rythmique sans négliger l’intelligibilité. Le Chœur de l’Opéra de Limoges, particulièrement investi scéniquement, réjouit dans des fins d’actes pleines d’entrain et de dynamisme.

Même si peu représentée, Madame Favart n’est pas une œuvre mineure d’Offenbach et toutes les recettes ayant fait le succès du compositeur sont ici présentes. L’inspiration est variée et entre galops, tyrolienne, pastiches du XVIIIe siècle, chansons de garnison et airs plus rêveurs ou sentimentaux (magnifique romance de la vieille au II), le public devrait s’amuser pour peu qu’il parvienne à rentrer dans l’histoire. A la tête de l’, en très grande forme, défend cette partition avec beaucoup d’engagement. Il affirme une battue dynamique mais qui ne manque pas non plus d’ampleur, valorisant les pupitres au service d’une musique qui se veut festive et réjouissante mais non dénuée de délicatesse.

Crédits photographiques © S. Brion

 

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