Mats Ek sort de sa retraite pour le Ballet de l’Opéra de Paris

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Paris. Opéra Garnier. 22-VI-2019. Ballet de l’Opéra national de Paris. Mats Ek
Carmen (1992). Entrée au répertoire. Chorégraphie : Mats Ek. Musique : 
Georges Bizet, Rodion Chtchedrine. Costumes et scénographie : Marie-Louise Ekman. Lumières : Jörgen Jansson
Another Place (Création mondiale). Chorégraphie : Mats Ek. Musique : Franz Liszt (Sonate pour piano en si mineur). Costumes et scénographie : Peder Freiij. Lumières : Erik Berglund
Boléro (Création mondiale). Chorégraphie : Mats Ek. Musique : Maurice Ravel. Costumes et scénographie : Marie-Louise Ekman. Lumières : Erik Berglund
Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction musicale : Jonathan Darlington

Ann_Ray___Opera_national_de_Paris-Carmen---Mats-Ek---Ann-Ray-OnP--0031-1600pxQuatre ans après son départ en retraite, revient à la chorégraphie à la demande d’ pour lui créer un duo sur mesure et une nouvelle version du Boléro pour les jeunes danseurs de la compagnie. En prime, son percutant Carmen fait son entrée au répertoire.

Avec Carmen, créé en 1992 avec dans le rôle titre, poursuivait sa relecture des grands classiques comme Giselle ou Le Lac des Cygnes. Cette astucieuse synthèse dramatique n’est en effet lisible pour le public que parce que l’histoire de Carmen fait partie du patrimoine universel. Ses principaux épisodes sont connus, ce qui permet de reconnaître aisément les grandes scènes sur la place ou à la taverne, dans la montagne comme à la corrida.

La transcription par de cette « Carmen Suite » de Bizet contribue à faciliter la relecture très concentrée de l’histoire de la cigarière fatale. Si le couple de Carmen et Don José formé par et est fade (un comble !), les deux personnages les plus intéressants de cette distribution de Première sont incarnés par , pour la prise de rôle de M., alias Micaëla, et , qui danse Escamillo. La première a beaucoup mieux intégré le style chorégraphique de Mats Ek qu’, trop fluide et beaucoup moins effrontée que la créatrice du rôle. Nul ne s’étonne, par ailleurs, que le brillant toréador Escamillo remplace le terne Don José dans le cœur de Carmen. Les ensembles, en revanche, sont impeccablement campés par les danseurs du Corps de Ballet, qu’il s’agisse de la garde montante des dragons ou de la sortie des cigarières.

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Mats Ek continue de réinventer le couple avec Another Place, son nouveau duo sur mesure pour et . C’est un prolongement naturel et intime de Place, le duo créé pour Mikhaïl Baryshnikov et Ana Laguna en 2007. Aurélie Dupont, modeste, et , aux faux airs de Woody Allen, sont en parfaite harmonie dans ce duo aux astuces dramaturgiques surprenantes. Sobre et tendre, parfois amusés, le duo s’attend, fait la pause autour d’une table (véritable vedette) et d’un tapis, parfois volant ou se transformant en rocher. L’ensemble, d’une grande délicatesse, se déploie sur la totalité du plateau de Garnier, en exploitant la profondeur jusqu’au Foyer de la danse.

Encore plus audacieuse, la nouvelle version du Boléro concoctée par Mats Ek permet à une nouvelle génération de prendre le pouls et de se confronter à la partition de Ravel. Avec une scénographie originale et une dramaturgie décalée, le papy de la danse montre sa capacité à surprendre encore. La puissance de la musique est intacte, mais se fait entendre d’une autre manière, plus contemporaine, moins dramatique. Une réussite.

Crédits photographiques : ©  Ann Ray /Opéra national de Paris

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  • je trouve la critique de Delphine Goater très en deçà de l’impact du spectacle. Si je partage sa perception de Carmen, j’ai été bouleversé par le duo Another Place. Aurélie Dupont tout en finesse, en tendresse témoigne d’une présence sur scène digne d’une très grande artiste qui crée d’emblée un personnage. Son partenaire est au diapason. Grosse déception pour la partie instrumentale, le pianiste est clairement dépassé par les exigences de la partition dès les premières octaves et marque un réel décalage entre le niveau artistique sur scène (chorégraphe, danseurs) et celui de la fosse (indigne d’une scène nationale). Quand au Boléro, c’est une vraie bouffée d’air frais. Pas de sur-lecture analytique, pas de « message » philosophique. Juste mais pleinement le plaisir sensuel de la danse à son paroxysme, en totale concordance avec le plaisir des oreilles.Il y a longtemps qu’on n’avait pas joui d’un Bolero dansé de la sorte. Quelles leçons de chorégraphie et de danse !

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