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Wozzeck à Munich, une reprise défraîchie

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Munich. Nationaltheater. 23-XI-2019. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra d’après la pièce de Georg Büchner. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; costumes : Andrea Schraad. Avec : Christian Gerhaher (Wozzeck) ; John Daszak (Tambour-major) ; Kevin Conners (Andres) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Capitaine) ; Jens Larsen (Docteur) ; Ulrich Reß (L’idiot) ; Gun-Brit Barkmin (Marie) ; Heike Grötzinger (Margret)… Bayerisches Staatsorchester ; direction musicale : Hartmut Haenchen

La direction inaboutie de met en péril une distribution qui aurait dû être excellente.

WozzeckC’est certainement pour que l’Opéra de Bavière reprend la mise en scène de Wozzeck par , créée en 2008 et remisée depuis 2013. Kriegenburg n’a pas souvent eu la main heureuse à l’opéra, mais ce Wozzeck que nous avions déjà commenté en 2012 était une belle réussite, par sa beauté plastique comme par sa force émotionnelle. Cette reprise manque de la cohérence et de la rigueur formelle qui marquait les représentations des premières années – on ne comprend par exemple pas pourquoi le rideau est baissé entre chaque acte, coupant l’émotion et l’attention du public qui a bien du mal à se taire quand la musique reprend, alors que Kriegenburg avait réglé de courts moments de silence oppressant qui participaient à la construction de l’émotion. La reprise de la production dans son ensemble semble manquer de précision et d’efficacité, mais ce n’est pas la seule explication qui explique que l’émotion ressentie ce soir n’a pas la même qualité que lors des représentations précédentes.

propose une direction diamétralement opposée à celle de Kent Nagano dans les premières années de la production : Nagano créait l’émotion par la beauté sonore, Haenchen entend apparemment faire au contraire sonner la modernité de Berg, cordes âpres, cuivres criards, phrases disjointes et chargées. Disons-le : on entend ainsi des couches de l’écriture de Berg qu’une approche comme celle de Nagano lisse sous le flux continu, mais c’est au détriment de l’émotion et de la lisibilité de la musique. Est-ce le travail avec l’orchestre qui n’a pas pu être mené à terme ? Berg ainsi joué ressemble à la caricature que les ennemis de la modernité musicale en ont longtemps fait, et c’est d’autant plus dommageable que Haenchen semble très peu soutenir les chanteurs.

Wozzeck_Gerhaher__Conners_c__W._HoeslLa tension est audible, et c’est peut-être cela qui prive d’une partie de la force émotionnelle du personnage : les visions de Wozzeck, ce ton de prophétie apocalyptique qui rend le personnage fascinant, tout ceci tombe à plat. Gerhaher a toutes les qualités de diseur pour un pareil rôle, mais on ne les entend pas, et la beauté du timbre ne compense pas tout – comme on est loin ici de l’admirable et halluciné rôle qu’il tenait dans le Lunea de Holliger ! ne s’en tire pas mieux, avec une voix blanche qui tend au cri et ne semble pas préoccupée par la construction d’un personnage.

Les rôles secondaires sont heureusement moins en difficulté, et il faut reconnaître que l’Opéra de Bavière a réuni ici une belle équipe : l’insolence de en Tambour-major, le malaise incarné par le Capitaine de , les délires hautains du Docteur de semblent résister à la direction en fragments de Haenchen, mais ils ne suffisent pas à détruire l’impression d’une reprise qui n’est ni à la hauteur de la création de Kriegenburg, ni à la hauteur de la musique de Berg.

Crédits photographiques © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 23-XI-2019. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra d’après la pièce de Georg Büchner. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; costumes : Andrea Schraad. Avec : Christian Gerhaher (Wozzeck) ; John Daszak (Tambour-major) ; Kevin Conners (Andres) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Capitaine) ; Jens Larsen (Docteur) ; Ulrich Reß (L’idiot) ; Gun-Brit Barkmin (Marie) ; Heike Grötzinger (Margret)… Bayerisches Staatsorchester ; direction musicale : Hartmut Haenchen

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