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Paris. Festival Présences Maison de Radio France. 15-II-2020
16h. Auditorium. Études de Chopin, Debussy, Ligeti ; George Benjamin (né en 1960) : Piano Figures, dix pièces brèves pour piano : Marco Stroppa (né en 1959) : Études pour piano « Pour les cinq sons », « Pour les tierces engourdies », « Trois études paradoxales » (CM). Florent Boffard, piano
18h. Studio 104. Misato Mochizuli (née en 1969) : Satellites ; Rebecca Saunders (née en 1967) : That time (CM) ; Mikel Urquiza (né en 1988) : Ex Voto ; Georges Aperghis (né en 1945) : Trio funambule. Trio Accanto : Marcus Weiss, saxophone ; Christian Dierstein, percussion ; Nicolas Hodges, piano
20h. Auditorium. Helen Grime (née en 1981) : Fanfares ; George Benjamin : Sometimes voices ; Ondrej Adamek (né en 1979) : Man time stone time, sur un texte de Sjón ; Jérôme Combier (né en 1971) : Wood and Bones (CM) ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Trois petites liturgies de la présence divine. Gyula Orendt, baryton ; Landy Andriamboavonjy, Nicolas Simeha, Shigeko Hata, Anne-Emmanelle Davy, voix ; Éric-Maria Couturier, violoncelle ; Maroussia Gentet, piano ; Nathalie Forget, ondes Martenot ; Maîtrise de Radio France ; Chœur de Radio France ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Kent Nagano
16-II-2020
14h30. Studio 104. George Benjamin : Viola, Viola pour deux altos ; Lucas Fagin (né en 1980) : Soyuz 237 pour ensemble (CM) ; Cécile Marti (née en 1973) : Five Stages of a Sculpture pour 2 altos et ensemble (CM) ; Yann Robin (né en 1973) : Übergang I pour ensemble. Adrien La Marca et Sindy Mohamed, alto ; Ensemble Multilatérale ; direction Léo Warynski
18h. Auditorium. Bastien David (né en 1990) : Urban Song pour grand ensemble (CM) ; Isabel Mundry (né en 1963) : Noli me tangere (CM) ; George Benjamin : Into the little Hill, conte lyrique en deux parties pour soprano, contralto et ensemble. Samuel Favre, percussion ; Jennifer France, soprano ; Helena Rasker, mezzo-soprano ; Ensemble Intercontemporain, direction : Pierre Bleuse

La musique de , mise à l’honneur de la trentième édition du festival Présences, reste le fil rouge de ce second week-end à la Maison de la Radio. S’y observent, au sein d’une programmation foisonnante, des effets de miroir, d’une formation à une autre, ou de résonance, d’un compositeur à l’autre.

BOFFARD-Florent-@Jean-Baptiste-Millot
C’est ce qu’a recherché le pianiste dans son récital éblouissant construit autour de l’étude pour piano, un genre dont la visée première est pédagogique mais qu’il convient de situer bien au-delà de l’exercice virtuose. L’étude fait souvent figure de laboratoire pour le compositeur d’aujourd’hui. Cinq noms sont en lice : Chopin, Debussy, Ligeti, Stroppa et Benjamin, dont les études respectives sont mises en regard selon une trajectoire subtile en trois « mouvements » qui culmine avec la création mondiale des Trois études paradoxales de . Le compositeur et explorateur insatiable fait référence aux sons paradoxaux de Jean-Claude Risset et met à l’œuvre une écriture singulière pour arpenter le clavier et donner l’illusion d’un son qui monte ou descend à l’infini. Deux autres études du compositeur italien répondent directement à celles de Debussy (Pour les cinq sons, d’après Monsieur Claude et Pour les tierces engourdies) que le pianiste relie bien évidemment à leurs modèles. La confrontation Debussy/Ligeti est éclairante : du maître du mouvement au maître de l’espace. Les trois études du Hongrois sont autant de joyaux sous les doigts de l’interprète. Piano figures : 10 pièces brèves de ponctuent la première partie de ce récital : « techniquement assez faciles » nous dit le compositeur, les pièces n’en relèvent pas moins d’une polyphonie exigeante et d’une combinatoire rythmique toujours très élaborée et magistralement restituée par le pianiste.

 D’un Trio à l’autre

TRIO ACCANTO - © Marc DoradzilloAprès les Catch, les Accanto ; le trio, masculin celui-là, réunit le pianiste , le saxophoniste Marcus Weiss et le percussionniste Christian Dierstein : « un trio jazz qui ne joue pas du jazz » précisent nos trois interprètes comptant aujourd’hui une centaine d’œuvres à leur répertoire. À côté du Trio Funambule (2014) de Georges Aperghis et l’énigmatique Satellites de , deux œuvres sont données en création mondiale. Du même , joué par les Catch le week-end dernier, Ex voto est un « exercice de remerciement » à la Dea Roma, venant d’un compositeur résidant à la Villa Medicis depuis septembre dernier : cinq mouvements où l’humour le dispute à la délicatesse. Comme dans Pièges de neige, Urquiza fait appel à des « accessoires », kazoo, appeaux, harmonica, sifflets, pour colorer chacun des tableaux. Le « scherzo ornithologique » est délicieux tandis que le finale entièrement percuté (tapping sur le piano fermé, wood-blocks et slaps du saxophone) génère une joyeuse batucada. Le titre That time de la Britannique Rebecca Saunders est emprunté à Beckett, un auteur dont l’univers théâtral infiltre la musique de la compositrice. La trajectoire de l’œuvre est somme toute assez simple, articulant tension (à-coups sombres et de plus en plus violents) et détente : une immersion dans le son et la résonance à laquelle nous convient nos trois interprètes « tout terrain », avec la même efficacité.

Avec le maestro

L’Auditorium est comble pour la soirée d’orchestre très attendue avec à la tête d’un « Philharmonique » en grande forme. Le programme est ambitieux, qui débute par Fanfare, une mise en bouche bien sonnante (4 minutes) de la britannique Helen Grime, élève de Julian Anderson. Le est déjà installé sur les gradins de l’arrière-salle pour Sometimes voices de George Benjamin, une œuvre pour orchestre, baryton et chœur écrite sur le discours de Caliban, extrait de La Tempête de Shakespeare. La pièce aussi concentrée que saisissante restitue l’atmosphère sur-réelle de l’île tandis que la voix puissante de soutenue par le chœur prend les allures d’une incantation fervente proche d’un Ohana. Si Benjamin convoque mandoline et banjo aux côtés des deux harpes, Ondrej Adamek fait installer l’orgue Grenzing pour Man Time Stone Time, sorte de rituel sonore inquiétant, écrit sur les textes de l’écrivain islandais Sjón. La thématique de la pierre, inscrite dans son opéra Seven Stones notamment (créé à Aix-en-Provence en 2018) occupe aujourd’hui le champ de réflexion du compositeur qui lance ses messages via la voix des quatre chanteurs. Ils sont amplifiés et placés en fond d’orchestre, manipulant des objets sur une table. L’un d’entre eux brise une statue à coups de marteau ! Comme chez Lachenmann, les voix sont au centre de l’écriture (souffle, murmure, scansion obsédante), répercutées et amplifiées par des sonorités d’orchestre souvent cinglantes. Une citation de la Passion (orgue et récitatif) participe de la couleur tragique de l’ensemble. L’investissement des chanteurs comme celui des musiciens, sous la conduite flamboyante de Nagano, concourent à la réussite de cette proposition dont Adamek assume en virtuose l’originalité et le risque. Radicale tout autant, Wood and bones (« Bois et archet ») est la nouvelle pièce de Jérôme Combier taillée sur mesure pour Éric-Maria Couturier, violoncelliste et performeur aguerri. « Musique d’os », nous dit Jérôme Combier, s’agissant d’un violoncelle dont les cordes ne vibrent plus mais éprouvent les percussions de l’archet ou le tapping et les glissandi de la main gauche, sans être monochromes pour autant. « Un monde primitif qui contient le possible d’une autre sensibilité », poursuit le compositeur. Éric-Maria Couturier est rien moins que phénoménal dans cette quête où s’instaure un espace de lutte entre les deux mondes.

C’est avec la , superbement préparée par , que s’achève la soirée. Le piano (celui de Maroussia Gentet) jouxtant le célesta, les ondes Martenot (celles de Nathalie Forget), les maracas (de Florent Jodelet) et les claviers chers à Messiaen sont au premier plan pour l’exécution des Trois petites Liturgies de la Présence divine qu’a choisies de diriger Nagano, fort de l’héritage que lui a transmis son maître Messiaen.

D’un ensemble à l’autre

Le lendemain, le très charismatique est à la tête de l’ avec deux créations mondiales à l’affiche : celle de l’Argentin , Soyuz 237, où il entend restituer, avec humour dit-il, et les ressorts du synthétiseur, l’ambiance bruitée du vaisseau spatial et ses inévitables aléas. Dans Five stages of a sculpture, la Suissesse Cécile Marti, compositrice et sculptrice, opère avec beaucoup de sensibilité le transfert de son geste de plasticienne dans l’écriture musicale, mettant en vedette les deux jeunes altistes de l’ensemble, Adrien La Marca et Sindy Mohamed. Ce sont eux qui ouvrent le concert avec Viola, Viola de George Benjamin, une pièce exigeante à tous les niveaux dont ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Le concert se termine avec Übergang I (« Passage I ») de , fondateur et directeur artistique de Multilatérale. La pièce est écrite dans le même temps que son opéra Le Papillon noir, dont elle réutilise certains matériaux. On est bluffé par le souffle qui traverse la partition et la virtuosité des musiciens, rompus aux techniques de jeu et à l’énergie du geste qu’exige cette musique de la saturation.

C’est avec l’ sous la direction de Pierre Bleuse que se referme cette trentième édition de Présences qui aura fait la part belle à la jeune génération. Le trentenaire revient à l’affiche avec une commande pour grand ensemble, Urban song, qu’il a terminée à la Villa Medicis où il est pensionnaire comme son collègue . Cymbale tournante, ressorts géants et autre tuyau harmonique assumant ses effets de morphing s’entendent dans un set de percussions qui privilégie les métaux résonnants. Une timbale est renversée pour en percuter le fût : autant d’accessoires et de couleurs pour donner à ce « Chant urbain », porté jusqu’à l’incandescence par les solistes de l’Intercontemporain, son espace polymorphe où l’oreille est sans cesse sollicitée. L’imaginaire sonore de autant que l’aisance virtuose de son écriture instrumentale nous laissent sans voix.

Dans Noli me tangere, la seconde création de la soirée, l’Allemande Isabel Mundry envisage quant à elle une mise en espace du dispositif instrumental au centre duquel le percussionniste et soliste Samuel Favre endosse le rôle du chaman. Périodiquement, la section des cuivres fait volte face, prise en charge par le deuxième chef relayant Pierre Bleuse. Gestes répétitifs et temporalité étirée confèrent à l’œuvre une dimension ritualisante.

Honneur à George Benjamin pour finir, avec la version de concert de son premier opéra, Into the little Hill (2006) inaugurant la collaboration du compositeur avec l’écrivain et librettiste . Le format de chambre convoque deux chanteuses et un ensemble instrumental que Benjamin rehausse de couleurs singulières : deux cornets, deux cors de basset, une mandoline et un banjo (joués respectivement par le second violon et le second alto) ainsi qu’un cymbalum, tenu par . Avec un ensemble en grande forme sous la conduite exemplaire de Pierre Bleuse, toutes les conditions sont requises, y compris l’acoustique chaleureuse de l’Auditorium, pour apprécier l’ouvrage dans son relief et sa ciselure dramaturgique. Côté voix, la soprano britannique Jennifer France impressionne par la vitalité de son timbre et la flexibilité de ses aigus très sollicités ; la contralto ne démérite pas, avec une diction impeccable et un registre dramatique de belle envergure. Un seul regret, celui de n’avoir pas compté parmi les quinze privilégiés qui ont testé les vertus des lunettes 3D où défilaient les surtitres ; car ces derniers nous ont beaucoup manqué !

Crédit photographique : : © Jean-Baptiste Millot. Trio Accanto : © Marc Doradzillo

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16h. Auditorium. Études de Chopin, Debussy, Ligeti ; George Benjamin (né en 1960) : Piano Figures, dix pièces brèves pour piano : Marco Stroppa (né en 1959) : Études pour piano « Pour les cinq sons », « Pour les tierces engourdies », « Trois études paradoxales » (CM). Florent Boffard, piano
18h. Studio 104. Misato Mochizuli (née en 1969) : Satellites ; Rebecca Saunders (née en 1967) : That time (CM) ; Mikel Urquiza (né en 1988) : Ex Voto ; Georges Aperghis (né en 1945) : Trio funambule. Trio Accanto : Marcus Weiss, saxophone ; Christian Dierstein, percussion ; Nicolas Hodges, piano
20h. Auditorium. Helen Grime (née en 1981) : Fanfares ; George Benjamin : Sometimes voices ; Ondrej Adamek (né en 1979) : Man time stone time, sur un texte de Sjón ; Jérôme Combier (né en 1971) : Wood and Bones (CM) ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Trois petites liturgies de la présence divine. Gyula Orendt, baryton ; Landy Andriamboavonjy, Nicolas Simeha, Shigeko Hata, Anne-Emmanelle Davy, voix ; Éric-Maria Couturier, violoncelle ; Maroussia Gentet, piano ; Nathalie Forget, ondes Martenot ; Maîtrise de Radio France ; Chœur de Radio France ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Kent Nagano
16-II-2020
14h30. Studio 104. George Benjamin : Viola, Viola pour deux altos ; Lucas Fagin (né en 1980) : Soyuz 237 pour ensemble (CM) ; Cécile Marti (née en 1973) : Five Stages of a Sculpture pour 2 altos et ensemble (CM) ; Yann Robin (né en 1973) : Übergang I pour ensemble. Adrien La Marca et Sindy Mohamed, alto ; Ensemble Multilatérale ; direction Léo Warynski
18h. Auditorium. Bastien David (né en 1990) : Urban Song pour grand ensemble (CM) ; Isabel Mundry (né en 1963) : Noli me tangere (CM) ; George Benjamin : Into the little Hill, conte lyrique en deux parties pour soprano, contralto et ensemble. Samuel Favre, percussion ; Jennifer France, soprano ; Helena Rasker, mezzo-soprano ; Ensemble Intercontemporain, direction : Pierre Bleuse

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