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Dusapin & friends en ouverture du festival Présences

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Paris. Auditorium de Radio France. 2-II-2021. Festival Présences. Pascal Dusapin (né en 1955) : Attaca pour 2 trompettes et timbalier ; La vita sognata pour soprano et ensemble instrumental (CM) ; Immer pour violoncelle solo ; O Mensch pour baryton et piano (extraits) ; Anacoluthe pour voix et clarinette ; Amy Crankshaw (né en 1991) : Crepuscular pour piano (CM) ; Franz Schubert (1897-1928) : Winterreise (extraits) pour baryton et piano ; Paul Mefano (1937-2020) : Jades pour cinq musiciens. François Kubler, soprano ; Paul Gay, baryton basse ; Célestin Guérin et Javier Rossetto, trompette ; Rodolphe Théry, timbales ; Vanessa Wagner, piano ; Sonia Wieder-Atherton, violoncelle ; Bernard Foccroulle, orgue ; Florence Darel et Anton Dusapin, récitants ; ensemble Accroche Note ; ensemble 2e2m ; direction Franck Ollu et Léo Margue
Concert filmé et retransmis en direct sur le site de France Musique

Sans public mais retransmis en direct sur nos écrans, le festival Présences a ouvert sa trentième édition sur la scène de l’Auditorium de Radio France avec, en tête d’affiche, entouré de nombre de ses amis, interprètes et collaborateurs de longue date. Deux créations mondiales sont au programme de cette soirée fleuve où se font écho musiques d’aujourd’hui et pièces du répertoire, voix chantées et récitants.

Grand lecteur, a souhaité intégrer au flux musical des pages de littérature, invitant Florence Darel, son épouse, et son jeune fils Anton à lire des extraits choisis : Virginia Woolf, Virgile mais aussi l’étonnante Disputatio du jeune Prince Royal Pépin avec le maitre Albunis d’Alcuin et son jeu de questions-réponses vertigineux auquel se prêtent les deux comédiens juste après la sonnerie inaugurale d’Attaca pour deux trompettes et timbales, une pièce de 1991 de Dusapin qui lance la soirée.

Outre le bonheur d’entendre résonner l’orgue Grenzing avec la musique de sous les doigts de , le programme fait la part belle au piano et à l’interprète égérie de Dusapin, . Elle joue la première pièce en création mondiale de l’affiche, Crepuscular, de la compositrice sud-africaine trentenaire Amy Crankshaw qui donne le ton, plutôt sombre et introspectif, de cette soirée. Crepuscular est une méditation conduite dans la lenteur et la profondeur de la résonance, utilisant les effets de la troisième pédale de l’instrument : des clusters sont répétés dans un geste qui s’exaspère, habité par la pianiste qui en communique la tension vibratoire. Du Winterreise de Schubert dont elle donne des extraits avec le baryton à Ô Mensch! (2011) de Pascal Dusapin il n’y a qu’un pas franchi par les deux interprètes. Monodrame pour baryton et piano, ce chef d’œuvre, et acmé de la soirée, sur des textes de Friedrich Nietzsche, est sans nul doute le « Voyage d’hiver » de Dusapin dont on n’entend malheureusement qu’un court extrait. Pensée pour le baryton ténorisant Georg Nigl, l’écriture vocale proche d’un chanté-parlé expressif, voire expressionniste, s’aventure souvent dans l’aigu de la tessiture que assume vaillamment. Créatrice du « rôle », est souveraine dans sa partie instrumentale essentielle et complémentaire qui anticipe ou prolonge les accents de la voix.

Au violoncelle, autre fil rouge de la soirée comme du festival, est consacré un long solo sous les doigts et l’archet fougueux de , fidèle interprète et amie du compositeur. Précédant Immer, une pièce d’envergure de 1996 en trois mouvements, la violoncelliste joue « Avant le son », une courte pièce qu’elle a écrite à partir d’un chant égyptien, mélodie aux souples contours où l’on croit entendre le grain d’une voix en train de chanter. Dans Immer, son violoncelle devient un ventre dont sort une voix : l’archet est farouche et l’énergie furibarde dans un premier mouvement où elle part en quête d’une sonorité enfouie qu’elle fait ressurgir ; dans un temps très étiré, celui du deuxième mouvement où s’opposent les registres, elle fait vivre et palpiter le son, l’entretient et le creuse dans une appropriation totale de l’œuvre qui force l’admiration.

Bien présent également, le violoncelle est au côté de l’alto, très actifs tous les deux dans La Vita sognata (La vie rêvée), création attendue de Pascal Dusapin pour soprano et sept instruments, co-commande de Radio France et de l’ensemble strasbourgeois qui est sur le plateau de l’Auditorium. La pièce emprunte son titre à un recueil de la poétesse milanaise Antonia Pozzi dont Dusapin retient trois poèmes, chantés ce soir par avec cet investissement qu’on lui connait. Comme dans Ô Mensch!, l’écriture vocale est très proche du monologue opératique, amplifiant les accents de la langue parlée. Plus étonnante est la couleur recherchée par ce dramaturge né, celle, sombre et singulière du cor de basset, de la clarinette basse et contrebasse qu’il oppose au piccolo avec cet écart des registres où nait l’espace de tension dramatique. L’écriture y est fort ciselée et les instrumentistes très réactifs sous le geste de qui accompagne le compositeur depuis de longues années.

Autre ensemble invité ce soir et conduit par , 2e2m vient rendre hommage à , fondateur de la phalange et décédé le 15 décembre dernier. Pascal Dusapin, dans un souvenir plein de tendresse, rappelle qu’il fut l’un des premiers chefs à l’accueillir et à jouer sa musique. Jades pour cinq instruments, dont une guitare et deux violoncelles, est une pièce intimiste, tout en finesse et en dentelle, qui ne va pas pour autant sans quelque longueur et qui pâtit de l’heure avancée à laquelle elle est jouée. La soirée se termine très tard en effet, avec l’œuvre la plus ancienne du programme, Anacoluthe (1987), et le retour sur scène des fidèles interprètes auprès desquels Dusapin dit avoir beaucoup appris : , à côté d’Arman Angster (clarinette contrebasse) et Jean-Daniel Hégé (contrebasse). Si la couleur instrumentale reste sombre, le verbe alerte et l’enjeu très théâtral du propos apportent la touche la plus lumineuse du concert.

Crédits photographiques : © Michel Frédéric / Radio France

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