Le portrait de proposé par le Festival Présences 2021, et retransmis sur France Musique, s’est refermé avec le concert de l’Ensemble Intercontemporain et deux pièces concertantes de haute tenue du compositeur invité données sous la direction de la cheffe . À côté d’Aria, concert pour clarinette et petit orchestre (1992) emmené par la clarinette irradiante de Martin Adámek, Quad « in memoriam Gilles Deleuze » (1997), concert pour violon et treize instrumentistes est une œuvre forte, étayée par la pensée du philosophe, qu’Hae Sun Kang très habitée (sa cadence est à couper le souffle !) a porté vers des sommets. Musique concertante toujours, pour violoncelle et orchestre cette fois, Outscape (CM de la version révisée) convoquait le « National » sous la direction de la sémillante Kristiina Poska et le violoncelliste dont l’interprétation aussi sensible que profonde a captivé notre écoute. L’œuvre aux couleurs sombres et teintée de mélancolie tend à confondre dans une même entité sonore les deux protagonistes.

Très attendue, la création française de Waves, duo pour orchestre et orgue avec à l’orgue Rieger et les forces du «vPhilharmoniquev» dirigé par Alain Altinoglu, a fait vibrer l’espace de la Philharmonie : déferlement impressionnant et plasticité des deux instances sonores qui se complétaient plutôt qu’elles ne s’hybridaient véritablement. C’était avec l’orgue conducteur que la fusion était la plus convaincante, Dusapin ouvrant alors les vannes du son jusqu’au total saturé. Précédant son maître, la jeune mexicaine Diana Syrse prenait l’orchestre à bras le corps dans Géante rouge (CM), une œuvre éclatante projetant dans l’espace ses images émaillées de sonorités cuivrées et de percussions scintillantes. Au studio 104, dans une lumière tamisée et une concentration optimale que nous a embarqué dans un « voyage en soi-même », selon les termes de l’interprète à propos des sept Études pour piano de Dusapin, une œuvre qu’elle possède mieux que quiconque et avec laquelle elle nous a convié à une expérience d’écoute unique.

Moment particulièrement intense également, toujours au 104, avec le pianiste interprétant Piano Works, cinq pièces d’un nouveau cycle pour piano initié en 2016 par Dusapin, dont les deux dernières, Répétition cancels memory et When not to stop commandées par Radio France, étaient données en création mondiale.

Fin de résidence pour le qui a investi une fois encore le plateau de l’Auditorium au cœur de Présences pour un concert fabuleux. Quatre pièces d’une folle exigence étaient à l’affiche dont la nouvelle partition d’Enno Poppe Quintette (CM) invitant le violoncelliste Marc Coppey. Ce dernier, d’abord seul en scène dans Zwölf, une miniature fort sympathique du compositeur allemand écrite pour les 90 ans de Pierre Boulez. Quintette, conçu en plusieurs mouvements, a dessiné une trajectoire exploratoire faite de réminiscences et d’inconnu dans un espace microtonal que Poppe a élaboré avec une rare maîtrise. Musique de processus, le Quatuor à cordes n° 7 de (CM) alliait fulgurance du geste et virtuosité de l’écriture assumée avec une dextérité confondante par les artistes. Diotima : la mémoire incendiée est une œuvre très séduisante du madrilène Mauricio Sotelo qui dit restituer les sonorités d’une guitare flamenca avec les ressorts d’un méta-instrument à seize cordes : rasgueado, palmas et taconeo ont résonné sous les archets tout-terrain des Diotima. Last but not least, le Quatuor n° 5 de est l’un des plus fascinants, des plus virtuoses également, regardant vers l’univers beckettien dont l’espace d’étrangeté, les allures lancinantes autant que les décrochements fantasques s’entendent au sein d’une écriture particulièrement aventureuse.

C’était une première rencontre des musiciens de L’Instant donné avec la musique de Pascal Dusapin dont deux œuvres étaient à l’affiche de leur concert au studio 104 : By the way (2014) associé le piano de Caroline Cren et la clarinette de dans cinq pièces d’humeur fort bien restituées ; Microgrammes, sept pièces pour trio à cordes (2011) s’origine dans l’ouvrage éponyme de l’écrivain suisse Robert Walser dont la prose inspirante rejaillit dans l’écriture instrumentale ciselée. Les trois autres pièces étaient données en création mondiale, avec un engagement et une qualité de son qui émerveillent chez des musiciens non dirigés, habitués à s’écouter et à modeler le son avec une synergie de gestes et une fluidité idéales. Sea forms de l’Italien Valerio Sannicandro et Fünf Bagatellen de la compositrice russe Olga Rayeva ont fait surgir un univers de sons bruités faisant appel aux techniques de jeu étendues fort peu pratiquées dans cette édition 2021. I nalt be clode on the frolt de mettait en scène la chanteuse et neuf instrumentistes dans une pièce où l’humour des textes le disputait à l’écriture facétieuse et délicieusement bruitée de ce trublion de la composition.

Crédit photographique : Pascal Dusapin © Michel Frédéric /Radio France – Présences 2021

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