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Bombardes et bassons en famille(s) par Syntagma Amici

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Œuvres de Johann Hermann Schein (1586-1630), Philipp Friedrich Böddecker (1615-1683), Johann Vierdanck (1605-1646), Samuel Scheidt (1587-1654), Heinrich Schütz (1585-1672), Johann Rosenmüller (1619-1684), Daniel Speer (1636-1707), Johann Theile (1646-1724), Philipp Friedrich Buchner (1614-1669), Johann Rudolf Ahle (1625-1673). Ensemble Syntagma Amici ; Julie Roset, soprano ; Paulin Bündgen, contre-ténor ; Vox Luminis, direction : Jérôme Lejeune. 1 CD Ricercar. Enregistré en septembre 2018, octobre 2019 et juin 2020. Livret en anglais, français et allemand. Durée : 67:28

 

Les 40 ans du label Ricercar en 2020 ont suscité de belles rééditions et la compilation d’une remarquable anthologie autour des maîtres du baroque allemand. Ils sont aussi l’occasion de nouvelles découvertes, comme cet enregistrement consacré aux bassons et aux bombardes dans le répertoire germanique du XVIIᵉ siècle.

Au Moyen-Age, on distinguait deux catégories d’instruments : les « bas-instruments », au faible volume sonore, réservés à la musique d’intérieur, auxquels s’opposaient les « hauts-instruments », plus puissants et souvent utilisés en plein-air. Cette distinction, sous-tendant une symbolique religieuse entre sacré et profane, a perduré au cours des siècles suivants, à travers la période de la Renaissance et jusqu’à l’époque baroque.

Au début du XVIIᵉ siècle, présente, dans son traité Syntagma Musicum (1619), deux familles emblématiques de ces hauts-instruments : celle des bassons (ou fagotto, dulciane, curtal …) et celle des bombardes (ou Pommer, chalemies, hautbois …). Ici, les deux familles se croisent et se mêlent, dans un répertoire varié qui fait alterner sacré et profane, vocal et instrumental. Certaines sonates inédites d’un recueil anonyme font sonner tous les membres d’une même famille, du plus aigu au plus grave. Pour les sonates à cinq bombardes, il a fallu faire construire par le facteur Fritz Heller une contre-basse de bombarde descendant au contre-sol grave ; et aussi, pour les pièces à quatre bassons, un fagotto grosso, dont on connaissait l’existence par l’iconographie mais que l’on entend ici pour la première fois. Est-il utile de préciser que l’encombrement que présentent ces instruments d’une taille inusitée en fait toute l’originalité visuelle ? De nombreuses pièces de ce répertoire mélangent hauts et bas instruments, comme cette sonate anonyme où un chœur de quatre bassons dialogue avec le chœur des cordes. Enfin, plusieurs grandes pièces vocales associent les instruments à anches et les voix. Ainsi, deux motets de Schütz font dialoguer les bassons avec un duo de chanteurs, et une petite cantate de Ahle fait intervenir un quatuor de bassons en une symphonie pastorale.

Autour de et d’ se sont réunis les musiciens « souffleurs » de , nom choisi en référence au traité de Praetorius. Se sont joints à eux des représentants de la jeune génération, dont leurs propres enfants aux cordes. Pour les pièces vocales, la soprano Julie Roset et le contre-ténor Paulin Bündgen les ont rejoints, tous deux déjà remarqués dans de récents enregistrements avec l’ensemble Clématis chez le même label. Enfin, la pièce de Schein qui ouvre la programme et celle d’Ahle qui le clôture ont été enregistrées par l’ensemble deux ans plus tôt, et appartiennent au très beau coffret anniversaire des 40 ans de Ricercar ; elles illustrent l’utilisation des ensembles de bombardes ou de bassons dans le répertoire sacré de l’époque. La sonorité rustique des bombardes contraste avec l’aspect plus policé des bas-instruments et des voix. Les bassons, au timbre plus rond, s’intègrent mieux à la polyphonie, ce qui explique sans doute leur plus grande longévité dans l’histoire de la musique (outre des questions pratiques d’encombrement). L’équilibre entre les bassons et le duo vocal est particulièrement remarquable dans les deux motets de Schütz. Une sonate de Speer offre un étonnant dialogue entre le basson et la viola da spalla jouée par Josèphe Cottet, et on comprend en entendant les attaques de ce petit violoncelle qu’il ait également été nommé viola di fagotto, tant ses sonorités rappellent celles du basson.

Les occasions d’apprécier la joyeuse virtuosité de et ne manquent pas dans cet enregistrement. Citons seulement la Sonata sopra la Monica de Böddecker où le célèbre thème, joué au violon par Danican Papasergio, s’efface peu à peu derrière la volubilité des diminutions au basson. La même agilité s’entend dans la sonate de Theile, accompagnée par le théorbe de Gabriel Rignol, le clavecin de Yoann Moulin et la basse de violon de la jeune Manon Papasergio. Quelle famille !

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Œuvres de Johann Hermann Schein (1586-1630), Philipp Friedrich Böddecker (1615-1683), Johann Vierdanck (1605-1646), Samuel Scheidt (1587-1654), Heinrich Schütz (1585-1672), Johann Rosenmüller (1619-1684), Daniel Speer (1636-1707), Johann Theile (1646-1724), Philipp Friedrich Buchner (1614-1669), Johann Rudolf Ahle (1625-1673). Ensemble Syntagma Amici ; Julie Roset, soprano ; Paulin Bündgen, contre-ténor ; Vox Luminis, direction : Jérôme Lejeune. 1 CD Ricercar. Enregistré en septembre 2018, octobre 2019 et juin 2020. Livret en anglais, français et allemand. Durée : 67:28

 
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