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Sae Eun Park, une Juliette au firmament

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Paris. Opéra Bastille. 10-VI-2021. Roméo et Juliette. Ballet en 3 actes. Musique : Serguei Prokofiev. Chorégraphie : Rudolf Noureev. Direction musicale : Vello Pähn. Mise en scène : Rudolf Noureev. Décors : Ezio Frigerio. Costumes : Ezio Frigerio, Mauro Pagano. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Paul Marque (Roméo), Sae Eun Park (Juliette), Jérémy-Loup Quer (Tybalt), Francesco Mura (Mercutio), Fabien Révillion (Benvolio), Héloïse Bourdon (Rosaline), Daniel Stokes (Pâris)

Les Etoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet
Orchestre de l’Opéra national de Paris

A l’issue de sa prise de rôle dans le Roméo et Juliette de Noureev, est nommée étoile du Ballet de l’Opéra national de Paris. Elle danse aux côtés de , dernière étoile nommée.


Voilà une affiche qui pourrait être qualifiée de « jeune génération ». Pour Paul Marque, nommé étoile en décembre 2020 à huis clos dans le rôle de l’Idole dorée (La Bayadère), comme pour , Première danseuse, il s’agit d’un baptême du feu. Tous deux incarnent les amants de Vérone pour la première fois. Les deux danseurs peuvent toutefois s’appuyer sur des seconds rôles confirmés, comme en Benvolio, Jérémy-Loup Quer en Tybalt ou en Rosaline, déjà distribués dans la reprise du ballet en 2016.

La pression qui pèse sur les épaules de pour assumer son nouveau statut d’étoile est palpable dans le premier acte. Le danseur, concentré sur la technique, en oublie de camper son personnage, dont l’expression reste fermée. Sa technique, très propre, garde un aspect léché et manque de lyrisme.

Dès son entrée en scène, Sae Eun Park est une Juliette délicieuse. Sa technique, toujours solide, est subtile, fluide et aérienne. Elle dégage un naturel et une vivacité enfantine charmantes dans la scène de l’antichambre, où Juliette, aux portes de l’enfance, joue avec ses amies.

La rencontre avec Roméo est encore un peu timide. L’alchimie ne prend pas complètement et l’on a du mal à croire au coup de foudre. Dans les scènes de duos amoureux, les portés manquent encore de fluidité et d’assurance. Le couple ne parvient pas à nous transporter et nous émouvoir totalement. Le jeu de Paul Marque reste en surface, le danseur ne semble pas avoir intériorisé les sentiments qui bouleversent son personnage. Il reste également timide dans son affrontement avec Tybalt dont l’objet est de venger la mort de Mercutio.

Ce n’est pas le cas de Sae Eun Park, qui trouve les nuances et parvient à emmener sa Juliette dans tout le parcours émotionnel qui la fait passer d’une très jeune fille à une femme épanouie par l’amour, puis à une héroïne tragique capable de se tuer par désespoir.

Les seconds rôles sont tous excellemment interprétés. Mercutio () et Benvolio () rivalisent de facéties et manient l’humour grivois notamment à l’égard de la nounou de Juliette. , danseur virtuose et expressif, est particulièrement à l’aise dans ce registre, même si l’on garde en tête l’interprétation remarquable de François Alu. Dans le clan Capulet, Tybalt est interprété avec panache par , qui donne à son personnage le charisme et la fougue nécessaires. Bretteur et sanguin, il provoque immédiatement Mercutio. Ce qui est un jeu chez l’un, est pris avec beaucoup de sérieux chez l’autre.
est une Rosaline pétillante et mutine à la technique élégante et raffinée. Enfin, Daniel Stokes est un parfait Pâris, à la beauté hiératique et hautaine.

Les décors et costumes d’ sont remarquables et donnent à cette version de Noureev un lustre particulier. La statue équestre du premier acte situe immédiatement l’action à Vérone et nous plonge dans une Renaissance guerrière. L’affrontement entre Montaigu et Capulet est mis en évidence par l’opposition des couleurs, vert pour les Montaigu, rouge pour les Capulet. Les costumes aux couleurs mordorées confèrent au bal des Capulet un éclat somptueux.

Des multiples versions du Roméo et Juliette de Prokofiev, de Cranko (1962) et MacMillan (1965) à Ratmansky (2011), celle de Noureev, entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 1984 alors que le chorégraphe était à la tête du ballet, compte parmi les plus abouties et spectaculaires. Les allusions au destin tragique des amants abondent, dès l’ouverture du rideau où quatre joueurs de dés dévoilent un cortège accompagnant des victimes de la peste. La mort rôde autour de Roméo, qui voit mourir le mendiant à qui il venait de faire l’aumône. Celle de Mercutio, mort tragi-comique à l’image du personnage, va enclencher le cycle des représailles qui va précipiter le destin tragique des héros.

Si cette distribution ne restera pas dans les annales des meilleures interprétations de Roméo et Juliette, à l’instar des Legris/Loudières ou Ganio/Pujol, elle permet toutefois de révéler les qualités d’interprétation de Sae Eun Park qui a su, au fil des années, développer sa sensibilité et gagner en intériorité. Cette danseuse a su acquérir la technique de l’école française, qu’elle a adopté tardivement à son entrée dans le corps de ballet de l’Opéra de Paris en 2012, à 23 ans. Sa nomination récompense un parcours exceptionnel au sein du ballet, ponctué par la rigueur, la détermination et une vraie sensibilité d’artiste. Ce statut d’étoile lui donnera accès à d’autres rôles complexes qui lui permettront de peaufiner ses qualités d’interprète.

Crédits photographiques : © Agathe Poupeney/ONP

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Paris. Opéra Bastille. 10-VI-2021. Roméo et Juliette. Ballet en 3 actes. Musique : Serguei Prokofiev. Chorégraphie : Rudolf Noureev. Direction musicale : Vello Pähn. Mise en scène : Rudolf Noureev. Décors : Ezio Frigerio. Costumes : Ezio Frigerio, Mauro Pagano. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Paul Marque (Roméo), Sae Eun Park (Juliette), Jérémy-Loup Quer (Tybalt), Francesco Mura (Mercutio), Fabien Révillion (Benvolio), Héloïse Bourdon (Rosaline), Daniel Stokes (Pâris)

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