Henriette Renié et Claire-Mélanie Sinnhuber par l’ensemble Des Équilibres
Deux œuvres nouvelles (2024) de la compositrice franco-suisse Claire-Mélanie Sinnhuber voisinent avec celles de la harpiste et compositrice Henriette Renié dans ce nouvel enregistrement de l'ensemble Des Équilibres autour du trio avec harpe.

Mener une politique de commande auprès des compositrices d'aujourd'hui et jouer la musique des dames oubliées, dans un élan de partage et de découverte : c'est le projet artistique qui anime l'ensemble Des Équilibres emmené par sa fondatrice, la violoniste Agnès Pyka. Née en 2006, la phalange à géométrie variable est active aujourd'hui sur la scène internationale.
D'Henriette Renié (1875-1956), harpiste, compositrice et pédagogue formée très jeune au Conservatoire de Paris, le Trio pour violon, violoncelle et harpe (1910) est une pièce d'envergure en quatre mouvements que le haut degré d'exigence artistique situe dans la lignée française des Fauré, Saint-Saëns et Chausson : polyphonie riche, fluidité des lignes généreusement déployées et lyrisme tendu vers des sommets expressifs. L'Allegro risoluto instaure un parfait équilibre entre les instruments et fait la part belle à la ligne mélodique voyageant d'un pupitre à l'autre. Traversé d'une douce mélancolie, l'Andante est certainement le sommet de l'œuvre, qui fait chanter les trois instruments dans la transparence des textures, le raffinement des lignes et la profondeur du sentiment exprimé. La harpe de Marcel Cara, en lieu et place du piano, infiltre les parties de violon et violoncelle (Agnès Pyka et Jordan Costard) dont le grain chaleureux et l'élan toujours maîtrisé font merveille.
On met un pied dans la nature et « son irrépressible force vitale » avec Claire-Mélanie Sinnhuber à qui l'ensemble Des Équilibres a passé commande. Les titres, Renouée des oiseaux et Héliotrope, renvoient à des noms de fleurs. Les trois instruments fonctionnent en complémentarité dans Renouée des Oiseaux, entretenant un mouvement obstiné de boucles qui modifient sans cesse leur morphologie, laissant parfois l'une ou l'autre des cordes frottées gagner son indépendance. Dans Héliotrope, pincer et frotter, points et lignes engendrent les gestes d'une « chorégraphie » qui s'active jusqu'à épuisement du processus : l'écriture est au cordeau, aussi ludique que raffinée, dont les trois interprètes restituent finement la constellation colorée.
L'Andante religioso pour violon et harpe (1895) est un mouvement isolé dans le catalogue d'Henriette Renié, peut-être le rescapé d'une sonate perdue… Le violon racé d'Agnès Pyka s'éploie librement au-dessus de l'accompagnement de la harpe qui lui fait écho. Aussi courte qu'intense, c'est une très belle page qui referme cet enregistrement.
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