FC Bergman se perd au Point Nemo, au Châtelet
L’affiche était attirante : Drumming, la pièce pour ensemble de percussionnistes et voix de Steve Reich, mis en scène de façon purement visuelle et abstraite par le collectif FC Bergman, auquel on doit plusieurs mises en scène d’opéras. Las, malgré l’impeccable interprétation de l’Ensemble Intercontemporain et des Synergy vocals, Point Nemo ne tient pas ses promesses pour l’ouverture de saison du Théâtre du Châtelet.
Dans la fosse, les neuf interprètes de Drumming, de l’Ensemble Intercontemporain, et les choristes de Synergy vocals, pour une fascinante plongée dans le minimaliste Steve Reich si merveilleusement et subtilement mis en mouvement il y a trente ans par Anne Teresa de Keersmaeker. Impeccable et fascinant travail autour du déphasage musical, subtil et enveloppant du compositeur américain, avec une interprétation d’une précision et d’une douceur diabolique.
Sur scène, un décor de rocaille et de jungle artificielle, comme dans un aquarium géant ou un diorama – les auteurs évoquent la fosse d’un zoo où les humains seraient exhibés – , effroyablement laid et kitch, censé figurer un jardin d’Eden totalement contrôlé par la main de l’homme. Donnant son titre au spectacle, le Point Nemo, lieu le plus éloigné de toute terre habitée, est ici vu au figuré comme un lieu où toute tentative de contrôle serait vaine. Le résultat de cette mise en scène purement visuelle met extrêmement mal à l’aise, avec un enfant humanoïde manipulé au milieu de ce décor sans intérêt. On est très loin de l’univers fort des poupées de la chorégraphe et metteuse en scène Gisèle Vienne, comme dans Kindertotenlieder ou showroomdummies#4.
Quand Drumming ralentit et que l’on n’entend plus que les percussions les plus cristallines, le décor est lentement déconstruit, au lointain, branche par branche, plante par plante, rocher par rocher, sous une fine neige qui tombe des cintres. Tandis que le petit humanoïde continue son pédalage sur un rail déplacé au fur et à mesure de son avancement sur le plateau. Le message de cette mise en scène est effrayant : cela voudrait dire que tout n’est qu’un décor et que nous vivons dans une simulation, en écho au dernier film de Quentin Dupieux, Le Vertige.
La dernière partie du spectacle – les dix dernières minutes en réalité – est plus intéressante sur le plan plastique, avec un ballet de roches et des effets lumineux extraordinaires, dans un camaïeu de rose ou d’ocre. Dégagé de toute présence humaine, le vaste plateau du Théâtre du Châtelet accueille une cosmogonie en mouvement composé de morceaux de résine en suspension, en osmose avec la musique. Enfin…














