La « tradition » revisitée du Cuarteto Iberia
Le quatuor à cordes espagnol Cuarteto Iberia souhaite revisiter la tradition interprétative avec un disque consacré à Boccherini, Mozart et Flecha. Pari à moitié réussi.
Dans la longue tradition du quatuor à cordes il n’est pas facile de vouloir renouveler le genre. « Traditio« , tel est justement le titre du nouvel album du jeune Cuarteto Iberia. Fondé en 2018, l’ensemble espagnol veut porter un regard neuf sur son répertoire. Mais qu’est-ce que la « tradition » s’interroge le Cuarteto Iberia dans un livret de présentation un peu elliptique : tradition interprétative, musique « traditionnelle », transmission d’une génération à l’autre…
C’est dans un répertoire à la fois classique et ancien que le jeune quatuor espagnol tente d’apporter une réponse, sans vraiment bousculer, justement, la « tradition ».
Le disque s’ouvre ainsi sur deux Quartettino (dont un totalement inédit) de Luigi Boccherini. Le compositeur italien qui a réalisé l’essentiel de sa carrière en Espagne a laissé un catalogue immense pour les cordes, sous toutes les formes : 42 trios, 91 quatuors, 110 quintettes dont certains avec guitare, des sextuors, etc. Sa musique, vive et spirituelle, se caractérise également par les nombreuses influences du folklore espagnol (fandango, séguédille, folia, etc). Les Quartetttino sont des oeuvres relativement marginales dans l’immense production de Boccherini. On y retrouve cependant l’espiéglerie typique du compositeur, la vivacité rythmique, le tout dans un cadre très classique. Jouant sur instruments modernes, le Cuarteto Iberia tente d’aborder ces oeuvres avec la légéreté du baroque, multipliant les effets d’harmonique, les effets con legno où le bois de l’archet frappe la corde. Mais tout cela apparaît cependant bien sérieux, un peu appliqué.
Le même paradoxe se retrouve dans l’interprétation de l’oeuvre principale du disque, le Quatuor n°14 K 387 de Wolgang Amadeus Mozart. Le premier quatuor du célèbre cycle dédié à Joseph Haydn a été surnommé « Le printemps » de par l’ambiance lumineuse de sa tonalité solaire en sol majeur. Il y a pourtant également des zones d’ombre dans cette musique. Notamment dans la deuxième partie du premier mouvement « Allegro vivace assai », que le Cuarteto Iberia aborde malheureusement de manière beaucoup trop aimable. Il faut attendre le troisième mouvement, « Andante cantabile », pour qu’il se passe enfin quelque chose. Le Cuarteto Iberia chante en effet merveilleusement dans cette page d’une délicatesse infinie, toute de mystère et d’attente. Le final, « Molto allegro », est également une franche réussite, la fugue, ébouriffante et lumineuse, étant emmenée avec beaucoup de panache par les musiciens. Dommage que l’ensemble de l’oeuvre n’ait pas bénéficié du même élan.
Le disque s’achève sur La Negrina, arrangement pour quatuor à cordes de l’une des Ensaladas de Mateo Flecha (1481-1553). Ces « Mélanges » sont au départ des polyphonies vocales de la Renaissance espagnole conçues commes des « pots pourris » mêlant différents styles, langues et thèmes. Le Cuarteto Iberia revisite là totalement une certaine tradition, mêlant le quatuor à cordes à de plus ou moins intempestives interventions vocales et percussives. Conclusion plutôt festive d’un disque qui nous laisse maheureusement sur notre faim.














