Ombres et lumières de Vivaldi avec Philippe Jaroussky
Invité de l’Atelier lyrique de Tourcoing, le célèbre contre-ténor français revient à ses premières amours avec un récital entièrement consacré à Antonio Vivaldi, musique religieuse et profane, en compagnie de son ensemble Artaserse.
Il y a un peu plus de 25 ans, le regretté Jean-Claude Malgoire prenait sous son aile le tout jeune Philippe Jaroussky, et lui offrait à Tourcoing son premier rôle d’opéra dans Catone in Utica d’Antonio Vivaldi. Depuis, le Prêtre roux et l’Atelier lyrique de Tourcoing sont toujours restés dans le coeur de Philippe Jaroussky. Le célèbre contre-ténor français a donc repris le chemin du Nord pour un récital entièrement dédié à cet « amour de jeunesse » vivaldienne. Avec un programme très relevé mêlant chefs-d’oeuvre religieux, airs d’opéras et pièces instrumentales, en compagnie de l’excellent ensemble Artaserse, fondé par le chanteur en 2002.
A l’approche de la cinquantaine, la voix de Philippe Jaroussky a mûri, a un peu perdu de ses aigus de cristal, s’infléchissant vers le grave, mais on ne peut nier le même appétit gourmand du son et de la diction, la musicalité intacte et cette quasi absence de vibrato qui donne à la voix cette clarté unique.
Le programme « Il mio Vivaldi » (« Mon Vivaldi ») débute de manière ambitieuse par deux chefs-d’oeuvre du répertoire religieux du Prêtre roux. Tout d’abord le sublime Stabat Mater RV 621. Composé en 1712, cette hymne à la Vierge est une pièce épurée, relativement brève (si on la compare au célèbre Stabat Mater de Pergolèse), demandant une grande concentration. En début de concert, il faut laisser la voix se mettre en place, se « chauffer ». D’où cette sensation de léger « retrait » de la part de Philippe Jaroussky, accentué par la relative discrétion de l’ensemble Artaserse, à un instrument par partie. Il faut attendre le Nisi Dominus RV 608, pour voir Philippe Jaroussky se « lâcher » davantage, la voix étant mieux projetée sous la nef moderne de l’église du Sacré Coeur de Marcq-en-Baroeul. Il est vrai que la pièce, inspirée du Psaume du prophète Salomon, est plus spectaculaire, clôturée par un Amen lumineux.
Alternant œuvres vocales et pièces instrumentales, le concert est aussi l’occasion d’apprécier la cohésion de l’ensemble Artaserse, dans un florilège de courts Concertos pour cordes. Les sept musiciens, quintette à cordes, théorbe, orgue ou clavecin pour le continuo, ont un plaisir manifeste à jouer ensemble et à accompagner leur contre-ténor vedette.
En seconde partie de concert, place est donnée au répertoire profane avec plusieurs airs d’opéras, genre dans lequel Philippe Jaroussky peut également apporter le soutien expressif de la gestuelle.
Le contre-ténor excelle dans la tendresse comme dans les orages des deux airs extraits de L’Olimpiade RV 725. L’air de Licida, « Mentre dormi » (« Pendant que tu dors ») est un beau moment d’introspection, où les balancements caractéristiques de Vivaldi font merveille. L’air « Gelido in ogni vena » (« Je sens dans mes veines ») extrait de Farnace RV 711, débute comme le célèbre Hiver des Quatre saisons. Antonio Vivaldi (comme Jean-Sébastien Bach) n’était pas le dernier à « recycler » ses bonnes idées… Mais l’air se transforme peu à peu en un long lamento où, une fois de plus, on sent Jaroussky plus à l’aise dans la douceur que dans la fureur. A l’image de l’air d’Oronte final, extrait d’Il Tigrane, morceau de bravoure où l’on sent poindre la fatigue du chanteur.
Avant un bis enchanteur, le tendre motet Filiae Maeste Jerusalem, retour à la Mater dolorosa, la Mère pleurant de douleur son fils mort sur la croix. Conclusion émouvante d’un concert plein de sincérité.














