Lise Davidsen consacrée soprano verdien
Très beau florilège des airs spinto de Verdi, magistralement interprétés par Lise Davidsen. On souhaite un beau parcours italien à cette wagnérienne d’exception.

On aurait tort de croire que Lise Davidsen se destine exclusivement au répertoire allemand et aux grands rôles wagnériens. Certes, son soprano puissant et imposant, sans compter des origines géographiques qui en font d’emblée la consœur des Flagstad, Nilsson, Larsén-Todsen, Bjoner, Varnay et autres grandes chanteuses scandinaves d’antan, semble la prédisposer à de tels emplois, où elle a su briller tout récemment. Si sa voix a certes la rondeur et l’assise dans le grave des grands sopranos dramatiques, elle n’en est pas moins dénuée de la quinte aiguë qui a autrefois fait la particularité de la grande Birgit Nilsson. Cette dernière sut elle aussi, tout au long de sa carrière, conserver un nombre important d’opéras de Verdi à son répertoire.
Ce n’est évidemment pas un hasard si les rôles spinto dans lesquels s’illustra Nilsson – Aida, Amelia du Ballo in maschera, Lady Macbeth – sont précisément ceux que l’on retrouve sur ce CD. De Lise Davidsen, on n’aura de cesse d’admirer la longueur de la voix, la beauté intrinsèque du timbre et la gestion d’un souffle qui semble sans limites. À la puissance naturelle de l’instrument, s’ajoute un art consommé de la demi-teinte et du pianissimo, qui donne à certaines de ces pages toute la délicatesse qu’on y attend. Ce sont à n’en pas douter les véritables pépites de cet enregistrement, qui fait entendre une Elisabetta de Don Carlo véritablement amoureuse, une Amelia du Ballo rongée par l’angoisse puis par la douleur, une Aida en plein dilemme ou une Leonora de La forza del destino, tourmentée puis enfin apaisée. On pourra trouver en revanche la Lady Macbeth étrangement peu machiavélique, presque trop bien chantante, et un peu terne en termes de caractérisation vocale. On ne peut que se réjouir en revanche d’entendre des aigus aussi sains, des vocalises tempêtueuses aussi précises et, de façon générale, un chant aussi nourri. Même le fameux ré bémol est émis tout en douceur sur un impalpable pianissimo. Toutes ces pages, on l’aura compris, attestent une étonnante maîtrise vocale, autant dans le déploiement de moyens colossaux que la recherche de raffinements vocaux d’une infinie délicatesse.
Si l’on pourra se féliciter pour les extraits de La forza del destino de bénéficier du chœur fourni par les Apollo Voices, on regrettera cependant la décision de se passer des comprimarii des extraits de Macbeth. Cela est d’autant plus regrettable que l’orchestre excelle dans la recherche des couleurs et des climats caractéristiques de l’univers verdien. Dirigés avec fougue par Edward Gardner, les musiciens du London Philharmonic Orchestra contribuent pour beaucoup au dramatisme de ces pages, faisant espérer à l’avenir de nombreuses intégrales dans lesquelles pourrait briller Lise Davidsen. Jusqu’à présent, la soprano norvégienne a interprété à la scène la plupart des rôles représentés ici, et cela s’entend. On attend avec impatience Aida, dont seul « Ritorna vincitor » est entendu ici. Le raffinement des derniers mots de l’air, la subtilité des piani et la justesse de l’émotion font rêver à une prise de rôle prochaine, malheureusement non prévue à ce jour dans l’agenda de la cantatrice.












