A la découverte d’Emilie Mayer, entre classicisme et romantisme
Le pianiste Alexander Melnikov et l’Akademie fur Alte Musik Berlin rendent toute sa grandeur à la musique quelque peu oubliée d’Emilie Mayer.
La musique d’Emilie Mayer (1812-1883) mérite mieux que l’oubli dans lequel elle est tombée. N’ayant pas connue la même gloire que Fanny Hensel-Mendelssohn ou Clara Schumann, Emilie Mayer est pourtant une compositrice plus éclectique que ses consoeurs, notamment grâce à sa musique symphonique, rare sous la plume des femmes de l’époque. Mais « coincée » entre la dernière Symphonie de Robert Schumann (1851) et la grandiose Symphonie n°1de Johannes Brahms (1876), la musique d’Emilie Mayer fait évidemment un peu pâle figure.
L’Akademie für Alte Musik Berlin, sous la direction de Bernhard Forck a toutefois décidé de lui rendre justice par une belle trilogie symphonique dont le premier volume vient de paraître.
Elève à Berlin de Carl Loewe et Adolf Bernhard Marx, Emilie Mayer était surnommée à l’époque le « Beethoven au féminin« . Cliché quelque peu facile qui ne correspond pas vraiment à la personnalité assez singulière de la compositrice. Entre classicisme et romantisme, ses œuvres symphoniques, orchestalement très équilibrées, se caractérisent par une certaine imprévisibilité dans les enchaînements thématiques.
C’est particulièrement le cas dans le Concerto pour piano en si bémol majeur, unique du genre composé par Emilie Mayer, sans doute vers 1850. A la même époque, Johannes Brahms vient de publier son monumental Premier Concerto, d’un romantisme flamboyant. Rien de tout cela chez Emilie Mayer, qui puise plutôt son inspiration chez Mozart, ne serait-ce que par l’effectif, très classique, de son orchestre. Ici, tout est légéreté et virtuosité finement tissée. Le pianiste Alexander Melnikov, sur un somptueux grand piano Blüthner de 1867, offre un son ouaté et perlé, en totale osmose avec les instruments d’époque de l’Akademie für Alte Musik Berlin. Pour autant, l’œuvre offre bien des surprises. Comme par exemple dans l’étrange dernier mouvement, qui souffle en permanence le chaud et le froid et où s’opposent toutes sortes d’émotions : un premier thème pétulant, suivi d’un deuxième dramatique, s’enchaînant sur un troisième plein de larmes avant le retour de la jovialité. Tel est l’art d’Emilie Mayer, entre futilité et gravité.
On retrouve ce même art des contrastes dans la grande Symphonie n°1 en do mineur. Rares étaient les femmes compositrices de l’époque à s’intéresser à la grande forme. Plus proche de Mendelssohn et Schubert que de Beethoven ou Brahms, Emilie Mayer propose à nouveau une partition très classique dans la forme, un peu moins dans le fond. Un allegro energico rageur et véhément peut s’enchaîner à une marche funèbre, un minuetto bucolique peut servir d’intermède avant un final plein d’élan. Sans être spectaculaire, l’orchestration est subtile, équilibrée. Le fruité des bois et des cordes de l’Akademie für Alte Musik Berlin y font merveille.
Ce premier volet propose également deux Ouvertures de concert, véritable « laboratoires » de composition pour Emilie Mayer. Pour Robert Schumann, il y avait là « l’idée de la symphonie contenue tout entière dans un cercle plus restreint« . Bernhard Forck et l’Akademie für Alte Musik Berlin en ont choisi deux, sur la douzaine composées par Emilie Mayer. En ré mineur ou en do majeur, ces deux pièces sont comme les ouvertures d’opéras imaginaires, riches en thèmes et en contrastes, à l’image d’une compositrice très attachante.
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