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Discographie d’Allan Pettersson

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L’artiste Allan Pettersson pourrait-il être davantage maudit que le commun des mortels ? L’enchaînement des rencontres, des potentialités, des choix, des accidents de la vie paraît pour certains suivre la loi du hasard. Pour d’autres, il semble subir une prédétermination implacable. Certains connaissent une destinée ignorant les dommages, d’autres accumulent les malchances, les assauts itératifs de l’adversité, les coups aveugles du sort s’abattant sur eux avec un acharnement incompréhensible. A l’occasion du centenaire du compositeur Allan Pettersson, Resmusica lui a consacré un dossier. Pour accéder au dossier complet : Allan Pettersson : Centenaire

 

Deux labels discographiques méritent la palme de l’engagement en faveur de l’œuvre d’Allan Pettersson : CPO et BIS. Deux autres font aujourd’hui figure de pionniers et à ce titre demeurent inoubliables dans ce répertoire : Swedish Society et Caprice. Quelques éditeurs se sont plus modestement illustrés : Polar, EMI, Bluebell of Sweden, Phono Suecia, Philips, SLT, Koch. Tous ont manifesté un courage et un engagement exceptionnels en faveur d’une musique réputée, parfois à juste titre, ne pas être d’un abord très aisé et immédiat.

Fait remarquable, la grande qualité des interprétations réalisées étonne face à la relative modestie du nombre de gravures réalisées. Allan Pettersson conçoit la musique comme un phénomène métaphysique et transcendant, nourri par l’histoire de sa vie, frappée par la misère matérielle, emplie de noirceur et circonscrite de murs infranchissables, réels ou psychologiques. Du quotidien fait d’enfermements psychologique et corporel, Pettersson produit une musique de lutte, de libération, aboutissant parfois sur l’apaisement ou la victoire. L’idéalisme et le romantisme de bon ton sont loin de sa démarche, tout comme la sacralisation de la musique. Chez lui, l’extra-musical et le musical se confondent dans un seul et vaste souffle où le subjectif et l’universel se mêlent de manière indémêlable. Par son imagination il se libère des chaînes qui le maintinrent captif, et c’est cette libération obtenue par la souffrance qu’il offre comme inspiration à l’auditeur abasourdi.

Les Symphonies

S’il en existe 17 numérotées officiellement, deux n’existaient que sous forme d’esquisses ne permettant pas de porter un jugement étayé (Symphonies n°1 et 17). Le chef d’orchestre a réalisé la prouesse de publier une édition de la Symphonie n°1, qui paraîtra pour l’année du centenaire.

Parmi les réalisations isolées, certaines occupent une place prépondérante. On pense en particulier à l’enregistrement princeps de la Symphonie n°7 due à Antal Doráti face à l’Orchestre philharmonique de Stockholm, ainsi qu’à la remarquable prestation de en faveur des symphonies médianes notamment la Symphonie n°7 (photo), également.

BIS, passionnant label dirigé par le suédois  Robert von Bahr depuis de nombreuses années, s’est forgé une réputation mondiale en explorant un très vaste répertoire nordique certes, mais pas uniquement. Il  a publié dans les années 90 un début d’intégrale avec 7 symphonies parues (n°3, 5, 7, 8, 10, 11, 15) principalement avec un même orchestre et un même chef. Il manque les Symphonies n°2, 4, 6, 9, 12, 13, 14 et 16, qui seront enregistrées par l’excellent . Il se pourrait même que Lindberg enregistre l’intégralité du cycle pour BIS.

Pour l’heure, seul l’excellent label allemand CPO, positionné à Osnabruck en Allemagne, a enregistré l’intégrale (Symphonies n°2 à 16). Travail osé, enthousiaste et magistral, réalisé entre 1984 et 2004. CPO a eu l’excellente idée de confier à plusieurs orchestres et divers chefs le soin de défendre le compositeur maudit et solitaire qu’était Allan Pettersson. Ce choix a exacerbé un engagement et un enthousiasme qui ont permis aux symphonies du maître suédois de commencer à se répandre à travers le monde.

••••• Symphonie n°1. 1951.

Cette parution longtemps attendue et toujours reportée interviendra enfin en 2011, chez BIS, reconstituée et dirigée par Christian Lindberg. Elle permettra de mesurer si cette oeuvre inachevée est intéressante pour le mélomane ou seulement pour l’exégète de l’oeuvre de Pettersson. Lindberg annonce qu’il s’agit d’un apport important à notre connaissance du compositeur.

••••• Symphonie n°2. 1952-1953. 46’

Créée en 1954 par l’Orchestre philharmonique de Stockholm emmené par Tor Mann, reprise plus tard (1955) par l’Association des concerts de Stockholm dirigée par Sixten Ehrling, la Symphonie n°2 résulte de la première commande notable de la Radio suédoise. La maîtrise orchestrale est là, le tempérament bien trempé du créateur également. Il en commence la  composition à Paris,  « à l’insu de  », le disciple intransigeant de Schoenberg et son maître du moment.

* Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Stig Westerberg. Swedish Society SLT 33 219 (LP/1966), Decca SXL 6265 (LP), SCD 1012 (CD/1987). Enregistré en 1966.
* , dir. . CPO 999 281-2 (CD/1995). Enregistré en 1994.

A la recherche de la nouveauté et surtout de l’inconnu en matière de musique scandinave, nous avions « trouvé » dans les bacs d’un disquaire parisien indépendant, aujourd’hui disparu comme tant d’autres, une pochette de 33 tours montrant en gros plan un visage impressionnant  surmonté d’un béret noir dont il nous semblait difficile d’imaginer quelle sorte de musique pouvait bien en résulter. Poussé par la curiosité, par l’intuition et peut-être aussi le souvenir d’avoir à plusieurs reprises rencontré ce patronyme dans divers textes, nous nous lançâmes dans l’aventure exaltante du sentiment d’une possible découverte merveilleuse. Ce fut le cas. Et la version était celle de Stig Westerberg. Insurpassable à nos oreilles à l’époque…  même si la lecture d’ presque trente ans plus tard nous émerveille également par sa précision et son adéquation avec un créateur si peu fréquenté.

••••• Symphonie n°3. 1954-1955. 40’

Elle aussi défendue par Tor Man, à Göteborg cette fois, en 1956. Ses quatre mouvements la rapprochent formellement de la structure symphonique classique dont Pettersson  ne se départit pas complètement au plan du langage. De fait, elle est d’un abord aisé et recèle de magnifiques pages. Elle demeure une des moins souvent jouées du cycle. C’est dommage !

* Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck, dir. Alun Francis. CPO 999 223-2(CD/1994). Enregistré en 1994.
* , dir. Leif Segerstam. BIS-CD-680 (CD/1995). Enregistré en1994.

Dans cette symphonie comme dans la suivante, le compositeur n’opte pas encore pour l’expression revendiquée de passages hautement lyriques. Il propose une musique très concise, comme découpée à la serpe mais impressionnante et  originale n’annonçant pas franchement le « romantisme » du groupe symphonique constitué des symphonies n°6 à 9. Alun Francis se montre plus engagé et idiosyncrasique que son concurrent Segerstam. Tous les deux nous offrent deux prestations de très haute valeur.

••••• Symphonie n°4. 1958-1959. 38’

En dépit d’un lancement assuré par l’excellent Sixten Ehrling en 1961, cette symphonie ne se livre pas si facilement. Sa structure faite de blocs sonores heurtés et parfois heurtants ne cache pas longtemps ses richesses intimes, que la réécoute dévoile sans tarder. Son austérité première et son apparence décousue ont tendance à la marginaliser.

* Rundfunk-Sinfonieorchester Saarbrücken (Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck), dir. Alun Francis. CPO 999 223-2 (CD/1994). Enregistré en 1994.
* , dir. . BIS-LP-302 (LP/1985). Enregistré en 1970.

Encore l’incomparable Alun Francis aux commandes d’une symphonie très peu fréquentée, relativement courte, et à l’instar de la n°3 relativement moins noire que ses sœurs. Comissiona s’en sort bien mais réussit moins bien que son concurrent chez CPO.

••••• Symphonie n°5. 1960-1962. 41’

La Symphonie n°5 remporta un très modeste succès lors de sa création en 1963 (Orchestre symphonique de la Radio suédoise, direction Stig Wesbergerg) malgré son unité sans doute mal perçue en regard de son climat obsessionnel dicté par le désespoir et l’angoisse. Néanmoins un critique présent lors de la création écrivit justement : « Les sections de cette symphonie sont si extraordinairement belles qu’elle est différente de toute autre musique suédoise contemporaine ».

* Berliner Sibelius Orchester, dir. Andreas Peer Kähler. Bluebell  BEL 203 (LP/1986), ABCD 015 (CD/1988). Enregistré en 1986.
* Orchestre symphonique de Malmö, dir. . BIS-CD-480 (CD/1990). Enregistré en 1990.
* Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck, dir. Alun Francis. CPO 999 284-2 (CD/1996). Enregistré en 1995.

Kähler fait merveille même si la phalange qu’il dirige ne s’est pas fait connaître par d’autres réalisations. Atzmon se montre quelque peu décevant sans pour autant avoir raté vraiment sa prestation. Celle de Francis se hisse au sommet et traduit une compréhension hors normes de la musique du compositeur.

••••• Symphonie n°6. 1963-1966. 60’

Son élaboration s’étend sur une longue période de temps en partie due à la maladie. Après une période de flottement, Pettersson s’engage dans la lutte, la survie et la création. En dépit de sa condition physique qui se dégrade chaque jour, il lance au monde une nouvelle œuvre plus lumineuse, plus ouverte, plus chaleureuse. D’ailleurs lui-même prévient : « Si vous écoutez vraiment soigneusement, vous entendrez combien cette symphonie est fondamentalement positive ». La Symphonie n°6 inaugure la série des symphonies médianes où le soleil lutte hardiment pour repousser, dès que l’occasion se présente, la noirceur d’un destin asservissant. Cette première œuvre de vastes proportions nécessite une grande concentration ou une fréquentation itérative afin d’en déguster toutes les richesses, un peu à la manière de certaines symphonies de Gustav Mahler qui ne se livrent pas complètement à la première écoute.

* , dir. Okko Kamu. CBS Masterworks 76 554 (LP/1976). Enregistré en 1976.
* Deutsche Symphonie-Orchestrer Berlin, dir. . CPO 999 124-2 (CD/1993). Enregistré en 1993.

Kamu et Trojhan ne déméritent nullement, loin s’en faut, toutefois on attend la version de référence.

••••• Symphonie n°7. 1966-1967. 45’

Le jour où Antal Dorati et son Orchestre philharmonique de Stockholm créent la Symphonie n°7, à l’époque des évènements sociaux en France de 1968, ils ne pensaient sans doute pas avec certitude qu’ils venaient de lancer Allan Pettersson vers un authentique début de gloire nationale. La beauté foncière du courant orchestral, la fascinante répétition du thème prégnant, le timbre prenant de l’ensemble des pupitres, la teneur du discours lui-même ont propulsé le compositeur bien au-delà de son confinement physique, psychologique et artistique. « Cela n’arrive pas très souvent, mais dimanche soir s’est déroulé un événement concernant un grand compositeur suédois présenté, interprété et reçu comme un grand compositeur. » prophétisa un témoin.

* Orchestre philharmonique de Stockholm, dir. Antal Dorati.  Swedish Society Discophil SLT 194 (LP/1970), Expo Norr RIKS LP 155, Caprice CAP 1015, Decca SXL 6 538 (LP/1971), London CS 6740 (LP/1972), Swedish Society Discophil SCD 1002 (CD/1994). Enregistré en 1969.
* Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Sergiu Comissiona. Caprice CAP 21411. (CD/1991). Enregistré en 1990 (photo).
* (Philharmonisches Staatsorchester Hamburg), dir. Gerd Albrecht. CPO 999 190-2 (CD/1992). Enregistré en 1991.
* Orchestre symphonique de Norrköping, dir. Leif Segerstam. BIS-CD-580 (CD/1993). Enregistré en 1992.
* „Apus Apus“ : fantaisie sur les premières mesures de la Symphonie n°7. Anders Jormin (basse), Mats Gustafsson (saxophone soprano), Christian Jormin (percussion). LJ LJCD 5212 (CD/1996). Titre de l’album : Opus Apus. E= 1996.

La Symphonie n°7, un des sommets de l’art orchestral de Pettersson, compte de nombreux défenseurs de talent et ce dès la gravure historique d’Antal Dorati de 1969.  On assiste à une étonnante et spectaculaire fusion des intervenants avec l’esprit de cette symphonie. Emotion garantie de part en part. Atmosphère incomparable. Ont suivi de formidables lectures avec l’engagement total de Gerd Albrecht (CPO) avec son sens stupéfiant du détail orchestral et de Sergiu Comissiona (Caprice) attentif aux nuances du  climat. Dorati offre une interprétation globale, nettement moins analytique que celle d’Albrecht tandis que Comissiona, « idéalissime », incandescent et éclatant, occupe une position médiane très intéressante et difficilement surpassable. Sa direction et son orchestre exacerbent les traits douloureux de l’œuvre mais aussi ses réelles qualités artistiques. Sans aucun doute « la » version de référence absolue. Leif Segerstam, chef et compositeur finlandais, met en place une version très correcte, pas assez incandescente à notre avis mais néanmoins de très bonne tenue. Il faut commencer par cette Symphonie n°7 pour faire connaissance avec  l’art symphonique d’Allan Pettersson.

••••• Symphonie n°8. 1968-1969. 50’

Créée  en 1972, presque quatre ans après la précédente, cette Symphonie n°8 partage avec elle plus d’un trait esthétique. Si elle requiert un orchestre romantique traditionnel elle n’y succombe pas et exacerbe ce qui avait emballé sans réserve les auditeurs de 1968. Elle réserve, on peut le garantir, des trésors de beauté, de forces d’introspection et aussi de coups de gueule. Du vrai Pettersson quoi !

* Orchestre symphonique de Baltimore, dir. Sergiu Comissiona. Polar POLS 289 (LP/1978), DG 2531176 (LP/1980). Enregistré en 1977.
* Orchestre symphonique de la Radio de Berlin, dir. Thomas Sanderling. CPO 999 085-2 (CD/1992). Enregistré en 1984.
* Orchestre philharmonique de l’Etat de Hambourg, dir. Gerd Albrecht. Orféo C 377 941 A (CD/1994). Enregistré en 1994.
* Orchestre symphonique de Norrköping, dir. Leif Segerstam. BIS-CD-880 (CD/1998). Enregistré en 1997.

Cette très belle symphonie mérite une renommée accentuée grâce aux versions très réussies de Thomas Sanderling (CPO) et encore une fois de Sergiu Comissiona (DG). La luminosité du discours, sa poésie manifeste, ressortent sans défaut de ces deux sublimes lectures. Prodigieux !

••••• Symphonie n°9. 1970. 70’

Commandée pour le 350e anniversaire de la ville de Göteborg, la monumentale Symphonie n°9 voit le jour grâce à l’engagement sans réserve de Sergiu Comissiona et de l’ le 1er juillet 1971. Ce opus impressionnant résume l’art d’un symphoniste immense s’exprimant sans renoncement avec une science que l’on n’avait pas encore rencontrée dans son œuvre. Elle clôt magistralement la série des symphonies dites centrales lesquelles au détour d’aspects rudes et sombres, projettent des gerbes de douceur, de lyrisme intense et de soleil, lancées à la face d’un monde aveugle, égoïste et profondément inégalitaire. On l’a qualifiée avec une certaine justesse de « Symphonie d’une mort annoncée ».

* Orchestre symphonique de Göteborg, dir. Sergiu Comissiona. Philips 6767 951 (2LP/1987). Enregistré en 1977.
* Orchestre symphonique allemand  de Berlin (RSO), dir. Alun Francis. CPO 999 231-2 (CD/1994). Enregistré en 1993.

Très longue (70’), ardue, éblouissante de lumière en de courtes sections, la Symphonie n°9 s’avère d’un abord plus délicat que le fascinant groupe des n°6-8. Son style ne requiert par encore les traits expressionnistes violents à venir. Désespérance profonde et bouffées lyriques libératrices se partagent inégalement le flux musical ; elles vous écrasent et vous marquent au plus profond… mais sortir de cette aventure (jamais complètement indemne) méritent de relever le défi.

••••• Symphonie n°10. 1970-1972. 27’

La carrière de cette partition symphonique débute encore une fois  grâce à Antal Dorati en 1973. La création est filmée et diffusée par la télévision suédoise. L’œuvre  porte en elle les profonds stigmates d’une très longue hospitalisation rendue nécessaire par les progrès redoutables de la polyarthrite rhumatoïde qui frappe Pettersson, et lui cause une grave atteinte rénale. Il y défie la mort et offre un hymne à la vie. On pourrait avancer que le créateur y loue probablement les médecins et le personnel hospitalier qui lui permettent une fois encore, allongé sur un lit d’hôpital, de s’atteler au dur travail de composition. On le sait, Pettersson n’aime pas s’apitoyer sur son sort et préfère de beaucoup transposer son cas vers celui de ses frères malheureux sur tous les continents. Globalement la musique évolue à présent vers une expressivité plus austère et coriace.

* Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Antal Dorati. EM Odeon E 061-351 42 (LP/1975). Enregistré en 1974.
* Radio-Philharmonie Hanover des NDR (Orchestre philharmonique de la Radio de Hanovre), dir. Alun Francis. CPO 999 285-2 (CD/1997). Enregistré en 1994.
* Orchestre symphonique de Norrköping, dir. Leif Segerstam. BIS-CD-880 (CD/1998). Enregistré en 1997.

Pour entendre cette œuvre singulière on se tournera avec profit vers l’une des trois versions disponibles. La première pour son osmose authentique avec la musique et le personnage lui-même, la seconde  pour la profusion extatique mais contenue du flux sonore et la dernière pour son rendu poétique, improbable compte-tenu de l’expressionnisme affiché et dominant de la musique.

••••• Symphonie n°11. 1973. 25’

Entièrement conçue à l’hôpital Karolinska de Stockholm et achevée au bord de la mer, la Symphonie n°11 vit le jour à Bergen (Norvège) sous la direction du grand chef norvégien Karsten Andersen. Le sentiment d’écrasement qui en sourd ne tarde pas à marquer l’auditeur en profondeur. La violence côtoie comme naturellement des flashes de beauté contenue et délivrée au compte-gouttes. Proche de la précédente symphonie, elle ne laisse pas, comme elle,  le pessimisme l’envahir plus qu’il ne convient.

* Orchestre symphonique de Norrköping, dir. Leif Segerstam. BIS-CD-580 (CD/1993). Enregistré en 1992.
* Radio-Philharmonie Hanover des NDR, dir. Alun Francis. CPO 999 285-2 (CD/1997). Enregistré en 1993.

Segerstam soutenu par une expérience immense de la direction orchestrale  fut le premier à enregistrer la Symphonie n°11 dont il fait parfaitement ressortir les qualités. Alun Francis fidèle à son engagement propose à son tour l’année suivante une version pratiquement du même niveau.

••••• Symphonie n°12, pour chœur et orchestre «Les Morts sur la place » (« Do döda på torget ») 1974. 53’

Les textes de Pablo Neruda inspirent un compositeur toujours prompt à décrier les injustices sociales de son époque comme de toutes les époques. Oppression, privation des libertés, brutalité… lui dictent de se prononcer sans faiblesse. « Mon engagement dans cette œuvre n’est pas politique» avance-t-il. Et de préciser : « Toute l’histoire du genre humain se déroule autour de la cruauté de l’homme pour l’homme ». Bien sûr, sa démarche vise à dénoncer la junte fasciste péruvienne et au-delà toutes les formes de dictature.

* Chœur Académique d’Uppsala, Chœur de la Philharmonie de Stockholm, Orchestre philharmonique de Stockholm, dir. Carl Rune Larsson. Caprice CAP 1127 (LP/1978), Caprice CAP 21 369 (CD/1988). Enregistré en 1977.
* Chœur de la Radio suédoise, Chœur de chambre Eric Ericson, Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. . CPO 777 146-2 (CD/2004). Enregistré en 2004.

Rune a passé commande de la Symphonie n°12 au compositeur désormais connu plus que célèbre. Superbement épaulé par un chœur idiosyncrasique et un orchestre qui a compris le langage de Pettersson,  la réussite de Rune ne peut qu’impressionner. A découvrir sans tarder après la Septième Symphonie.

Enregistré en concert, opte pour une interprétation plus souple au souffle quasi-cinématographique. Le célèbre chœur Eric Ericson, à la fois engagé et transparent, réalise une superbe prestation.

••••• Symphonie n°13. 1976. 67’

Dédiée à Harmonien et à son chef Karsten Andersen, la Symphonie n°13 est créée à Bergen par cet orchestre norvégien mais sous la direction de Francis Travis. Pettersson, prisonnier dans son appartement, souffre des bruits de ses voisins. Tout cela se traduit par une musique exigeante et ardue qui, fait exceptionnel, propose quelques brèves réminiscences de grands devanciers (ouverture du Barbier de Séville de Rossini ;  des fragments de valses à la manière de celles utilisées par Mahler dans ses symphonies et dans sa Sixième et dernière Symphonie ; évocation d’une cantilène de Harold en Italie de Berlioz). Ces particularités ne défigurent pas le style d’un compositeur qui au plus profond de sa douleur se permet de lancer, à lui-même et à ses auditeurs potentiels, après des fanfares de trompettes, deux « îles lyriques » impressionnantes. Le reste du déroulement de l’œuvre exige énormément tant  des interprètes que des auditeurs.

* , dir. Alun Francis. CPO 999 224-2 (CD/1993). Enregistré en 1993.

Alun Francis exacerbe au plus haut degré les qualités foncières d’une symphonie encore trop peu connue. Unique référence pour l’heure mais brillante, de haute tenue, pour cette œuvre suffisamment riche pour attirer d’autres interprètes et permettre d’autre options.

••••• Symphonie n°14. 1978. 47’

Créée à titre posthume en novembre 1981, la Symphonie n°14, paradoxalement, s’éloigne encore un peu plus de la crainte de la mort et des menaces de déchéance majorée (il vient de passer neuf mois à l’hôpital). Elle abrite un discours brillant, parfois lyrique, moins dramatique dans son ensemble. Le style est beaucoup plus expressionniste que précédemment et malgré cela, dispense un continuum sonore dense fort impressionnant.

* Orchestre philharmonique de Stockholm, dir. Sergiu Comissiona. Phono Suecia PS 12 (LP/1982), PSCD 12 (CD/1986). Enregistré en 1981.
* Orchestre symphonique de la Radio de Berlin (Radio-Symphonie Orchestrer Berlin), dir. Johan M. Arnell. CPO 999 191-2 (CD/1992). Enregistré en 1988.

Un excellent exemple de la manière expressionniste sans concession d’un Pettersson âgé de 67 ans auquel il reste deux années d’existence pendant lesquelles il écrira encore quelques pièces inoubliables.

Le miracle opère une fois encore sous la baguette de Sergiu Comissiona. Il surpasse son unique concurrent, Arnell, avec les superlatifs légitimes qui lui sont attribués. Tous les deux laissent une interprétation de très haut vol.

••••• Symphonie n°15. 1978. 38’

Donnée en création par l’Orchestre symphonique de la Radio de Stockholm et  Sergiu Comissiona deux ans après la disparition du maître, la Symphonie n°15 s’impose comme une merveilleuse mais tragique parure associant lumineuse  incandescence et colère tellurique, désespoir concret et sublime envolée, réalisme physique teigneux et dépassement psychique indescriptible. Justement qualifiée de « Chant du cygne » par le compositeur et chef d’orchestre .

* Deutsches Symphonie-Orchester Berlin (RSO), dir. . CPO 999 095-2 (CD/1994). Enregistré en 1993.
* Orchestre symphonique de Norrköping, dir. Leif Segerstam. BIS-CD-680 (CD/1995). Enregistré en 1993.

Voyage confirmé au bout de la tristesse et du pessimisme de l’individu aux prises avec son destin tel que l’a illustré à sa manière inimitable Allan Pettersson.  Cette Symphonie n°15 laisse des traces dans l’imagination et l’imaginaire de l’auditeur empathique. Ruzicka est à la hauteur de ce chef-d’œuvre singulier tant il s’immisce dans sa signification intime. Les mots se font tout petits en comparaison de l’effervescence enflammée de l’esprit happé et littéralement métamorphosé par cette écoute fantastique.

••••• Symphonie n°16 pour saxophone alto et orchestre. 1979. 25’

* Frederick L. Hemke (saxophone), Orchestre philharmonique de Stockholm, dir. . Swedish Society Discophil SWS SLT 33 270 (LP/1985), SCD 1002 (CD/1994). Enregistré en 1984.
* John-Edward Kelly (saxophone), Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck, dir. Alun Francis. CPO 999 284-2 (CD/1996). Enregistré en 1995.

On a pu définir la dernière symphonie de Pettersson comme la synthèse d’un parcours stylistique exceptionnel. S’agit-il pour autant d’une manière de testament ? Nous ne le pensons pas. Sans nier les qualités de cette ultime symphonie, elle nous paraît moins intense, moins habitée, moins urgente que les précédentes. Les deux versions, cohérentes et engagées, défendent adéquatement l’élément symphonique de la partition, mais Kelly et Francis en donnent une illustration superlative, détrônant le travail très correct des créateurs  Hemke et Ahronovitch.

••••• Symphonie n°17. 1980. Inachevée.

Il en existe probablement un certain  nombre de pages. Peut-être un jour… pour les spécialistes.

Toutes les symphonies enregistrées par CPO ont été regroupées en un coffret de 12 CD.

••••• Mouvement symphonique.

Composé en 1973, créé en 1976  le Mouvement symphonique, commande de  la télévision suédoise, ne dure qu’une dizaine de minutes. S’il ne plonge pas dans les profondeurs insondables de la déréliction communes à la plupart des symphonies, il reste dans un registre qui ne dépare pas avec elles.

* Orchestre philharmonique de Stockholm, dir. . BIS-CD-423B (CD/1988). Enregistré en 1986.
* BBC Scottish Symphony Orchestra, dir. Alun Francis. CPO 999 281-2 (CD/1995). Enregistré en 1994.

Les « concertos ».

Cette catégorie regroupe les Concertos n°1, 2 et 3 pour orchestre à cordes, le Concerto n°1 pour violon et quatuor à cordes et le Concerto n°2 pour violon et orchestre, et enfin, découvert après le décès de Pettersson, le Concerto pour alto et orchestre.

••••• Concerto n°1 pour orchestre à cordes. 1949-1950. 24’

Créé par le grand Tor Man en 1952, dirigé par à Cologne en 1953 et ressuscité par Herbert Blomstedt en 1974, cette œuvre est redevable quoique assez lointainement, au Sacre du Printemps de Stravinski et au Divertimento pour cordes de Bartók. Déjà le langage sans concession est bien celui de Pettersson.

* Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Stig Westerberg. Caprice CAP 1126 (LP/1977), Caprice 1110 (LP/1977), Caprice CAP 21 369 (CD/1988). Enregistré en 1975.
* Deutsche Kammerakademie Neuss, dir. Johannes Goritzki. CPO 999 225-2 (2CD/1994). Enregistré en 1992.

* Orchestre de chambre Musica Vitae, dir. Petter Sundkvist. Caprice CAP 21 739. Enregistré en 2006.
* Orchestre de chambre nordique, dir. Christian Lindberg. BIS-CD-1690. Enregistré en 2007.

Westerberg s’impose dans la défense et l’illustration de la musique de Pettersson. De plus, Goretzki, Sundkvist et Lindberg en offrent également de formidables lectures. Christian Lindberg, connu comme virtuose du trombone, trouve dans ces trois concertos pour orchestre à cordes une remarquable opportunité de révéler ses authentiques qualités de chef d’orchestre.

••••• Concerto n°2 pour orchestre à cordes. 1956. 27’

Exécutée en création à Stockholm le 1er décembre 1968 par l’Orchestre symphonique de la Radio suédoise sous la baguette de Stig Westerberg, cette partition est dédiée à l’Union des ouvriers du bâtiment. Le bref second mouvement lent en dépit de sa courte durée (5’) ne manque pas de douceur tandis que les mouvements extrêmes eux affichent une grande nervosité et une fougue affirmée. L’ensemble annonce le concerto pour cordes suivant composé dans la foulée.

* Deutsche Kammerakademie Neuss, dir. Johannes Goritzki. CPO 999 225-2 (2CD/1994). Enregistré en 1993.
* Orchestre de chambre Musica Vitae, dir. Petter Sundkvist. Caprice CAP 21 739. Enregistré en 2006.
* Orchestre de chambre nordique, dir. Christian Lindberg. BIS-CD-1690. Enregistré en 2007.

••••• Concerto n°3 pour orchestre à cordes. 1956-1957. 58’

Troisième volet très admiré par le jeune public lors de la création sous l’autorité de Tor Mann en 1958. Le public ne cacha pas l’impact puissant et profond provoqué sur lui par le fameux mouvement lent du concerto, Mesto, caractérisé par un bouleversant lyrisme et une intense méditation. Pettersson ne cacha pas lors d’une interview les fondements autobiographiques de ce mouvement.

* Deutsche Kammerakademie Neuss, dir. Johannes Goritzki. CPO 999 225-2 (2CD/1994). Enregistré en 1993.
* Orchestre de chambre nordique, dir. Christian Lindberg. BIS-CD-1590.  E= 2006.

Cette partition est surtout connue par son mouvement lent « Mesto » (cf. infra) mais l’ensemble du Troisième Concerto pour orchestre à cordes propose des traits tout à fait caractéristiques du savoir faire du compositeur vis-à-vis des cordes. Les deux versions en lice sont indispensables et du plus haut niveau. Goritzki s’appuie davantage sur le détail des plans sonores sans négliger le résultat d’ensemble, Lindberg magnifie la partition lui conférant plus de rondeur et de chaleur. Il souligne fort à propos l’imposante force émotionnelle de l’œuvre qui ne peut pas ne pas provoquer une réflexion bien au-delà de la simple écoute.

••••• Concerto n°1 pour violon et quatuor à cordes. 1949. 30’

Pettersson s’émancipe nettement de l’académisme dominant de ses premières partitions instrumentales, et provoque un commentaire admiratif d’un des compositeurs suédois les plus en vue du moment, Karl-Birger Blomdahl.

* Karl-Ove Mannberg (violon) , Freskkvartetten. Caprice 1166 (LP/1981). Enregistré en 1980.
* Ulf Hoelscher (violon), Mandelring Quartett. CPO 999 169-2 (CD/1995). Enregistré en 1993.

Cette composition à l’effectif plutôt inusité dispense un climat assez rude, Pettersson ignorant ostensiblement, comme à son habitude, le souhait de plaire et de faire beau et agréable. La version Caprice adhère pleinement à cette volonté. CPO en donne  une vision moins primitive et en arrondit en quelque sorte les angles. Deux options distinctes, deux choix justifiables pour l’une des œuvres les moins fréquentées du catalogue Pettersson. « J’ai écrit un Concerto pour violon qui, d’une façon bien symptomatique, est rempli de dissonances au point d’en éclater. » Aux interprètes d’en tenir compte…

••••• Concerto n°2 pour violon et orchestre. 1977-1978. 55’

Les créateurs de l’œuvre ont-ils eu le sentiment de proposer à la postérité un chef-d’œuvre authentique ? Probablement ! En tout cas ce travail symphonique passionnant éveillera l’émerveillement de tout auditeur qui s’imposera l’écoute du début à la fin. Nous le garantissons.

* Ida Haendel (violon), Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Herbert Blomstedt. Caprice CAP 1 200 (5LP/1980), CAP 21 359 (CD/1988). Enregistré en 1980.
* (violon), Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Thomas Dausgaard. CPO 777 199-2 (CD/2007). Enregistré en 1999. Version révisée de 1980.

Ida Haendel avait fait sensation en défendant ce Concerto n°2 pour violon et orchestre en 1980 et quelques observateurs l’avaient bien noté. Mais tout change avec la version d’ (1999), magnifique engagement rendant parfaitement justice à l’une des plus belles œuvres du compositeur suédois. La progression dramatique en impose et trouve son acmé dans l’apparition  de la section hautement lyrique, de toute beauté et bouleversante au plus haut degré. Deux revues musicales ne s’y sont pas trompées en attribuant à ce  scintillant CD leur plus haute distinctions (« Clef Resmusica »/Jean-Christophe Le Toquin et « 10 Classica-Répertoire »/Jean-Luc Caron).

••••• Concerto pour alto et orchestre. 1979. 29’

(alto), dir. Orchestre symphonique de Malmö, dir. . BIS-CD-480 (CD/1990). Enregistré en 1990.

Composé peu avant sa mort à l’insu de tous, ce concerto en a étonné plus lorsqu’il a été découvert dans les documents laissés par le compositeur. Belle interprétation de l’altiste , très bien accompagnée par des partenaires attentifs et inventifs. Mélancolie et errance se rangent derrière une ardeur dépassionnée. La générosité du créateur laisse s’exprimer un courant moins extrême, moins tourmenté. La pudeur exacerbée masque une introspection douloureuse, motivée par la certitude d’une mort prochaine.

Un cas particulier :  « Mesto »

Longtemps Mesto, second mouvement du Concerto n°3 pour orchestre à cordes a connu une existence indépendante du reste de cette œuvre et assurait à lui seul  la défense d’un compositeur largement ignoré et décrié. Ce mouvement d’une durée de  presque trente minutes constitue un bon moyen d’entrer dans l’univers petterssonien. Sa direction exige un savant mixte de violence et de lyrisme, de chaleur intense et de distance froide.

* Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Stig Westerberg. Swedish Society SLT 33 158 (LP/1962), SLT 33 203 (LP/1976), SCD 1012 (CD/1987). Enregistré en 1960.
* cf. supra à Concerto n°3 pour orchestre à cordes les versions de Goritzki (CPO) et Lindberg (BIS).

Le chef suédois Stig Westerberg, très connu et apprécié en Scandinavie, a beaucoup fait pour la musique suédoise et cette gravure de Mesto du début des années 1960 a beaucoup aidé pour le début de reconnaissance internationale du compositeur. Il en donne une lecture fine et pas trop oppressante, romantique comparée au travail davantage analytique de Goritzki où la rigueur et la poésie, idéalement dosées, ensorcèlent immanquablement l’auditeur. Christian Lindberg et son orchestre, très inspirés, post-expressionnistes, racés et sobres, en renouvellent l’approche et nous enchantent dès l’abord. Difficile donc de départager ces différentes propositions.

Au terme de cette revue des symphonies et concertos, nous proposons un ordre – certes subjectif – d’écoute dans le cadre de la découverte de ce catalogue fort singulier : Mesto, Symphonie n°7, Symphonie n°12, Concerto n°2 pour violon et orchestre.

 

La voix traitée par Pettersson

Pour chœur et orchestre, on retiendra la Symphonie n°12, l’œuvre chorale Vox Humana, quelques chansons pour voix soliste et orchestre. Et enfin deux séries irremplaçables pour voix soliste et piano : Les Six chansons et les Barfotasånger.

••••• Six Chansons (Sex Sänger). 1935. 15’

* Margot Rödin (mezzo-soprano), Arnold Östman (piano). Swedish Society Discophil SWS SLT 33 236 (LP/1975), SCD 1033 (CD/1988). Enregistré en 1974.
* Carl Johan Falkman (baryton), Carl Otto Erasmie (piano). Bluebell of Sweden 136 (LP/1982). Enregistré en 1981.
* (mezzo-soprano), Cord Garben (piano). CPO 999 499-2 (CD/1998). Enregistré en 1996.
* Torsten Mossberg (baryton), Anders Karqvist (piano) TM 9710-2.

Les textes retenus, distants et maussades, font appel à quelques auteurs suédois et finlandais mettant en vedette la solitude, l’absence chronique d’espoir  et de joie… états très proches de ceux vécus de l’intérieur par le jeune créateur de 24 ans. Deux mezzo-sopranos et deux barytons, pour quatre labels distincts,  incarnent parfaitement cet état de survie misérable sans ouverture possible vers un mieux être. A moins d’un hypothétique retournement de situation…

••••• 24 Barfotasånger (Chansons des va-nu-pieds). 1943-1945. 50’

Une musique grave brossant le destin d’une myriade d’individus touchés par l’adversité et assurés de n’en point s’en échapper, sauf bien improbable miracle ! Pettersson bâtit, ou plutôt reproduit un monde grisâtre et solitaire où règnent en maîtres dédaigneux et dépourvus de sentiments, la pauvreté honteuse, le froid mordant, la mort proche mais aussi à l’occasion l’ironie railleuse ou telle lueur fugace, blafarde certes, mais bienvenue. Les textes sont du compositeur, à l’évidence personnels, dissonants eux aussi, simples. Ils chantent l’aliénation portée au monde de l’enfance.

* 24 Barfotasånger. Margot Rödin (mezzo-soprano), Erik Saedén (baryton),  Arnold Östman (piano). SWS SLT 33 230 (LP/1974), SCD 1033 (CD/1988). Enregistré en 1974.
* 6 Barfotasånger. Karl Sjunnesson (baryton), Carl Rune Larsson (piano). Rikskonserter RIKS EP 3 (LP/1969), Caprice RIKS LP 28 (LP/1974),  Caprice CAP 1028 (LP/1980). Enregistré en 1968.
* 11 Barfotasånger. Carl Johan Falkman (baryton), Carl Otto Erasmie (piano). Bluebell BELL 136 (LP/1982). Enregistré en 1981.
*  24 Barfotasånger. (mezzo-soprano), Cord Garben (piano). CPO 999 499-2 (CD/1998). Enregistré en 1996.
* 6 Barfotasånger. Arrangement choral (chœur mixte) de Eskil Hemberg. Akademiska Kören (Chœur académique), dir. Eskil Hemberg. Caprice RIKS LP 28 (LP/1974), Caprice CAP 1028 (LP/1980), Caprice CAP 21 359 (CD/1988). Enregistré en 1971.
* 2 Barfotasånger. Arrangement choral Eskil Hemberg. Mixtus Cantus, dir. Mats Rydin. Mixtus Cantus MCAN 9 004 (CD/1996).
* 3 Barfotasånger. Arrangement choral de Gustav Sjökvist. Chœur de la cathédrale de Stockholm (Storkyskans kör), dir. Gustav Sjökvist. Philips 6316 043. Enregistré en 1974.
* 8 Barfotasånger. Arrangement pour voix et orchestre d’Antal Dorati.  Erik Saedén (baryton), Orchestre philharmonique de Stockholm, dir. Antal Dorati. Lyssna LY 74-4 (2 LP/1974), HNH 4003-4004) (2LP/1977). Enregistré en 1973.
* 11 Barfotasånger.  Olle Persson (baryton), Orchestre de chambre Musica Vitae, dir. Petter Sundkvist. Caprice CAP 21 739. Enregistré en 2006.
* 8 Barfotasånger. Arrangement pour voix et orchestre d’Antal Dorati. Anders Larsson (baryton). Orchestre de chambre nordique, dir. Christian Lindberg. BIS-CD-1690. Enregistré en 2007.
* 1 Barfotasånger. Arrangement instrumental de Gustav Sjökvist. Arne Domnérus (saxophone), orgue (Gustav Sjökvist). Proprius PRCD 9 110 (CD/1994). Enregistré en 1994.

Ce qui fascine dans ces Chansons des va-nu-pieds, c’est avant tout la beauté dénudée des textes autobiographiques, textes secs et générateurs de poésie concrète, mêlant désespérance utopique, constat pragmatique du déterminisme social, certitude de l’immuabilité et de l’injustice des choses. On sort très impressionné et troublé de cette lecture et de cette écoute où la musique sans fioritures renforce la puissance implacable des mots criants de vérité. La musique souligne et amplifie l’ardeur et la douleur du propos d’un être terrifié par tant d’infortune. Les différents chanteurs engagés défendent dignement cette musique-témoignage mais l’on préfèrera la voix de Monica Groop, pathétique mais non désespérée, profonde mais non pleureuse, fervente mais non religieuse, simple mais déchirante, troublée mais sans folie… pourtant fort menaçante.

Doráti ne s’est pas contenté de révéler Pettersson au monde musical en créant sa lyrique Symphonie n°7 en 1968, il suggéra au compositeur d’orchestrer certaines de ces Mélodies. Face au refus de Pettersson qui préférait se concentrer sur sa Symphonie n°8, le chef réalisa lui-même l’orchestration. Transformant ces pièces économes en superbes mélodies, il leur confère une coloration quasi-mahlérienne qui ne dénature pas la simplicité, la fraîcheur caractéristique de la musique scandinave. Il s’agit de la première publication en CD de ce très beau cycle, et c’est une réussite. Anders Larsson et le chef parviennent à transmettre la beauté grave de cette musique sans jamais la rendre pesante ou pathétique. A découvrir absolument pour les amateurs de mélodies avec orchestre.

••••• Vox Humana, pour 4 solistes vocaux, chœur mixte et orchestre à cordes. 1974. 50’

Dernière partition chorale, écrite juste après la Symphonie n°12, Vox Humana, cette « Voix de l’Humanité », s’en distingue par un choix  esthétique global  non symphonique au sein duquel la voix domine et offre son unité à l’ensemble.

* Marianne Mellnäs (soprano), Margot Rödin (contralto), Sven-Erik Alexandersson (ténor), Erland Hagegård (baryton), Chœur de la Radio et  Orchestre symphonique de la Radio suédoise, dir. Stig Westerberg. BIS-LP-55 (LP/1976),  HNH 4047 (LP/1978), BIS-CD-55 (CD/1994). Enregistré en 1976.

Une seule gravure, de qualité d’ailleurs, pour cette cantate inspirée par des textes d’Amérique latine ; elle date, comme son précédent opus,  de l’époque de la terrible dictature chilienne, junte  militaire anticommuniste.  Ses crimes nourrissaient les media du monde entier, impuissants à  empêcher le sanglant déroulement de faits d’une violence impensable pour beaucoup. Vox Humana exige beaucoup de l’auditeur…

 

La musique de chambre ou « Pettersson avant Pettersson »

 On serait bien en mal de débusquer « le » Pettersson de la maturité dans ces pièces de relative jeunesse (excepté les Sept Sonates pour 2 violons) qui, détachées du corpus orchestral à venir, n’auraient probablement pas marqué la postérité et l’histoire de la musique de chambre de la première moitié du 20e siècle.

Le peu d’artistes qui ont défendu ces pages à l’intérêt modeste, l’ont fait avec engagement et honnêteté, permettant aux labels discographiques de compléter notre connaissance du compositeur.

••••• Deux Elégies, pour violon et piano. 1934. 3’

* Isabelle van Keulen (violon), (piano). Koch Classics 3-1651-2. Enregistré en 1997. In Delft Chamber Music Festival.
* Martin Gelland (violon), Lennart Wallin (piano). BIS-CD-1028. Enregistré en 1999.

••••• Fantaisie, pour alto solo. 1936. 3’

* Michael Scheitzbach (alto). CPO 999 169-2 (CD/1995). Enregistré en 1993.

Pettersson était un virtuose de l’alto et cela apparaît nettement à l’écoute de cette Fantaisie qui cependant n’apporte pas  d’innovations patentes. Michael Scheitzbach la sert brillamment.

••••• Quatre Improvisations, pour violon, alto et violoncelle. 1936. 10’

* Ulf Hoelscher (violon), Michael Scheitzbach (alto), Bernhard Schmidt (violoncelle). CPO 999 169-2 (CD/1995). Enregistré en 1993.

Les interprètes illustrent honnêtement cette partition conforme à la fin de la période romantique européenne.

••••• Andante espressivo, pour violon et piano. 1938. 2’30

* Martin Gelland ( violon), Lennart Wallin (piano). BIS-CD-1028 (CD/2000). Enregistré en 1999.

••••• Romanza, pour violon et piano. 1942. 2’30

* Isabelle van Keulen (violon), (piano). Koch Classics 3-1651-2 (CD/1998). Enregistré en 1997. In Delft Chamber Music Festival.
* Martin Gelland (violon), Lennart Wallin (piano). BIS-CD-1028 (CD/2000). Enregistré en 1999.

Les deux versions disponibles, à égalité, servent équitablement une partition encore très conventionnelle.

••••• Lamento, pour piano. 1945. 3’

* Volker Banfield (piano). CPO 999 169-2 (CD/1995). Enregistré en 1994.
* Lennart Wallin (piano). BIS-CD-1028. Enregistré en 1999.

Seule œuvre du compositeur pour le piano, et presque sans intérêt.

••••• Fugue en mi majeur, pour hautbois, clarinette et basson. 1948. 14’

* Membres of the Albert Schweitzer Quintett : Christiane Dimigen (hautbois), Johannes Peitz (clarinette), Eckart Hübner (basson). CPO 999 169-2. Enregistré en 1994.

Une seule version de cette Fugue qui ne contient pas encore les audaces et le radicalisme à venir, donc largement académique et anecdotique.

••••• 7 Sonates pour 2 violons. 1951. 58’

* Sonates n°1, 2, 4, 5, 6. Josef Grünfarb et Karl-Ove Mannberg (violons). Caprice CAP 1138 (LP/1979). Enregistré en 1977-1978.
* Sonates n°3 et 7. Josef Grunfarb et Karl-Ove Mannberg (violons). CAP RIKS (LP21/1974), Caprice CAP 1028 (LP/1980). Enregistré en 1973.

Intégrale par les deux précédents : Caprice CAP 21 401 (CD/1990).

* Sonates n°1, 3, 6, 7. Erich Röhm et Bernhard Hamann (violons). SR RELP 1119 (LP/1971). Enregistré en 1961.
* Sonate n°5. Katharine Gowers et Vera Beths (violons). Koch Classics 3-1651-2 (CD/1998). Enregistré en 1997. In Delft Chamber Music Festival.
* Sonates n°1 à 7.  Duo Gelland. BIS-CD-1028 (CD/2000). Enregistré en 1999.

Les Sonates pour deux violons ne se laissent pas aborder aisément. Ce sont des pièces bourrues, sèches dont il faut patiemment chercher la poésie masquée afin d’en tirer une substantielle satisfaction. Entre les versions historiques, honnêtes mais pas toujours enthousiasmantes et la version plus récente et moderne du Duo Gelland, il convient de commencer par ces derniers artistes, très compréhensifs et en adéquation avec ces pages a priori ingrates. Sans fioriture, sans lyrisme hors de propos,  Martin et Cecilia Gelland proposent « la » version moderne, époustouflante, brûlante. Ils font vraiment merveille et leur rigueur rend le meilleur service possible à ces pièces petites par la taille mais essentielles pour la compréhension de la psychologie du compositeur.

 

Quel avenir pour la discographie de Pettersson ?

Les réalisations à notre disposition à ce jour affichent presque toutes un très haut niveau de compréhension artistique et de qualité technique. Les publications de ces dernières années renouvellent l’interprétation de cette musique, en recherchant un son plus lisse, donnant à vivre une expérience moins frontale de la musique de Pettersson.

En attendant que Christian Lindberg chez BIS vienne peut-être changer la donne, voici notre recommandation pour entrer dans l’œuvre de Pettersson :

Mesto – Westerberg (Swedish Society), Lindberg (BIS) ou Goritzki (CPO)
Symphonie n°7 – Comissiona (Swedish Society)
Symphonie n°12 – Rune Larsson (Caprice) ou Honeck (CPO)
Concerto n°2 pour violon – Ida Haendel/Herbert Blomstedt (Caprice) ou Isabelle van Keulen/Dausgaard (CPO)
Chansons des va-nu-pieds – Larsson/Lindberg (BIS)

Quoi qu’il en soit les passionnés comme les nouveaux venus ont dès à présent à leur disposition suffisamment de possibilités pour aborder et vibrer (ou non !) aux sonorités noires d’un langage très singulier tantôt illuminé par tel ou tel îlot lyrique très longtemps attendu… A l’image de la vie elle-même ? Sans doute !

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