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Jonglerie musicale sur le plateau du Centre Pompidou

Concerts, La Scène, Spectacles divers

Paris. Centre Pompidou, Grande salle. 12-XII-2016. Gérard Grisey (1946-1998) : Stèle pour deux grosses caisses; Henry Fourès (né en 1948) : Dels dos Principis in memoriam Patrick Millet, pour septuor avec jongleur et électronique ; Jérôme Thomas, jongleur ; Ensemble Instant donné ; Augustin Muller, réalisation informatique musicale ; Frédéric Bevilacqua, Norbert Schnell, conseiller scientifique (Ircam-STMS) ; Emmanuel Fléty, Alain Terrier, conception et construction des balles augmentées Ircam-STMS. Bernard Revel, création lumières.
Feathers pour 2 manipulateurs d’objets, Ria Rehfuss, Jérôme Thomas, jongleurs; Musique de Moondog; PLAK, pour un manipulateur d’objets; partie électronique de Guillaume Tiger (né en 1983), Ria Rehfuss, jongleuse; Elastic pour 4 manipulateurs d’objets; partie électronique de Stanislav Makovsky (né en 1988), Viola Ferraris, Florence Huet, Chloé Mazet, Ria Rehfluss, jongleuses. Jérôme Thomas, conception; Bernard Revel, création lumières; Emmanuelle Grobet, costumes et accessoires.

jonglerie-musicaleLe titre de « jonglerie musicale » pour ce spectacle donné sur le plateau du Centre Pompidou dit assez bien le croisement opéré dans les œuvres du programme entre le geste, le mouvement dans l’espace et le son. Ce sont des balles « augmentées » et manipulées par le jongleur qui constituent l’interface dans Dels dos Principis d’. Dans Feathers, PLAK et Elastic, trois numéros pour manipulateurs d’objets conçus par , espaces électroacoustique et scénographique interagissent de manière virtuose et spectaculaire.

Stèle, la pièce de pour deux grosses caisses – aux baguettes Caroline Cren et Maxime Echardour – constitue une entrée en matière monochrome et ritualisante évoluant « da niente a niente ». « Stèle funéraire », la partition a été écrite en 1995 à la mémoire de Dominique Troncin.

Quelques instants plus tard, les six musiciens de l’Instant Donné sont sur scène et rejoints par Jérôme Thomas dans Dels dos Principis d’. Actif dans les deux domaines, tant écrit qu’improvisé, Fourès aime travailler « en atelier », là où se rencontrent et dialoguent des expressions et des traditions plurielles. Sa collaboration de longue date avec le jongleur Jérôme Thomas se poursuit aujourd’hui via les nouvelles technologies (STMS/IRCAM) appliquées ici à l’interaction Son, Musique, Mouvement. Les trois balles dans les mains du jongleur sont en effet munies de capteurs. Elles vont générer du son via leur manipulation et déclencher des séquences électroacoustiques qui relaient ou interpénètrent la source instrumentale et ouvrent un autre espace d’écoute. Ces balles « augmentées », nous dit le compositeur, assurent « une circulation d’énergie du geste au son ». L’écriture instrumentale savamment pulsée draine une matière sonore richement colorée – comme celle des percussions très sophistiquées – dans des temporalités et des climats qui se modifient à mesure. On se laisse porter par le flux sonore aussi étrange qu’envoûtant où vient s’inscrire le geste du jongleur – sobre mais non moins intrigant Jérôme Thomas – qui en règle la dramaturgie et maintient en alerte à la fois l’œil et l’oreille. Et c’est aux musiciens de l’Instant Donné, complices autant que réactifs, que l’on doit la patine du son et cette manière aussi souple que précise de cerner la trajectoire sonore et d’en modeler les reliefs.

La seconde partie de la soirée donne également à voir et à entendre. Dans le duo Feathers, Jérôme Thomas et Ria Rehfuss jonglent avec des plumes sur la scansion lapidaire de Ask me de Moondog. Jérôme Thomas troque ensuite ses plumes contre un vulgaire sac de plastique vert (sorti de sa bouche!) dans une manipulation très drôle et silencieuse qui rejoint la prestidigitation. Les parties sonores des deux autres tableaux, PLAK et Elastic ont été conçues par les deux jeunes compositeurs et au cours de l’atelier in Vivo Electro de l’académie Manifeste-2016 que Jérôme Thomas supervisait. C’est sur une trame à évolution lente jouant jusqu’à saturation sur la friction métallique de matériaux (Némésis de Tiger) qu’évolue Ria Rehfuss dans PLAK. Aussi élégante que virtuose, la jongleuse y manipule une large plaque blanche. Plus impressionnant encore, le dernier numéro,

Elastic, mobilise quatre jongleuses et autant d’élastiques qui tombent des cintres. Rivés aux pieds ou aux mains des protagonistes, ils tissent un réseau de figures géométriques dans l’espace. La chorégraphie est impeccablement réglée et l’énergie du geste sidérante. La toile sonore presque minimale de crée un juste équilibre entre les espaces sonore et visuel. L’arrivée du compositeur/performer costumé, qui manipule un karlax (instrument midi réagissant au geste de l’instrumentiste), boucle cette « odyssée de l’espace » de manière très théâtrale.

Crédit photographique : Jérôme Thomas © Christophe Raynaud de Lage

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