tous les dossiers(1)

Soirée Bertaud/Valastro/Bouché/Paul à Garnier

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Garnier. 13-VI-2017. Renaissance. Chorégraphie et scénographie : Sébastien Bertaud. Musique : Félix Mendelssohn-Bartoldy, Concerto pour violon n°2 op. 64. Costumes : Balmain, dessinés par Olivier Rousteing. The Little Match girl passion. Chorégraphie et décors : Simon Valastro. Musique : David Lang, The Little Match Girl Passion (2007). Costumes : Dominique Gay. Chanteurs : Adriana Gonzalez, Farrah El Dibany, Juan de Dios Mateos, Vladimir Kapshuk. Undoing World. Chorégraphie : Bruno Bouché. Musique : Nicolas Words (création), The Klezmatics, adaptation Nicolas Worms. Extraits du cours de Gilles Deleuze « Spinoza : immortalité et éternité ». Scénographie : Agathe Poupeney. Costumes : Xavier Ronze. Sept mètres et demi au-dessus des montagnes. Chorégraphie : Nicolas Paul. Musique : Josquin Desprez. Costumes : Bernard Connan. Film : Jean-Christophe Guerri et Nicolas Paul. Lumières : Madjid Hakimi. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris.

Renaissance cJulien Benhamou ONPProgrammée par dans le cadre de l’Académie chorégraphique, la soirée Bertaud/Valastro/Bouché/Paul présente les créations de ces quatre danseurs chorégraphes. Leurs propositions nous emmènent dans des univers très différents, dont on retiendra plus particulièrement le brillant Renaissance de . Quand l’Opéra fait naître des talents de chorégraphes…

En 2015, inaugure son Académie chorégraphique, placée sous le patronage de . Quatre danseurs de l’Opéra, , , Bruno Bouché et participent à l’aventure et bénéficient des conseils et de l’expérience du grand « Bill ».

Ces quatre-là n’en sont pas à leur première chorégraphie. Bruno Bouché a fondé sa propre compagnie, Incidence chorégraphique, avec des danseurs de l’Opéra comme , et . Sébastien Bertaud, qui a créé sa première chorégraphie en 2003 à l’Amphithéâtre Bastille, est choisi par comme assistant chorégraphe pour la recréation d’Approximate Sonata à Garnier. commence son parcours de chorégraphe en 2001. Passionné par le Moyen Âge et le baroque, il a collaboré avec pour le Tricentenaire de l’École de danse. , peut-être le moins expérimenté des quatre, chorégraphie depuis 2007, où il crée Opus, sa première pièce.

La soirée s’ouvre avec Renaissance de Sébastien Bertaud. D’emblée, la magnificence éclate et étonne. Le rideau s’ouvre sur les époustouflants costumes scintillants signés Olivier Rousteing de la maison Balmain. La salle de l’Opéra se reflète dans un grand miroir baroque. Avec finalement peu de moyens, Bertaud nous plonge dans une évocation moderne de la Renaissance. Le concerto pour violon n°2 de Mendelssohn entraine les danseurs dans une danse vive et gaie, où l’élégance et la galanterie sont de mise. Le style est résolument néoclassique, avec des idées intéressantes, comme le jeu sur les lignes courbes. Soutenue par son partenaire , pivote sur elle-même, une jambe enroulée autour de l’autre et les hanches décalées, rappelant les colonnes torses des palais renaissance. Brillante, enlevée, la chorégraphie alterne ensembles où la complicité du groupe de danseurs est palpable, solos et duos avec les trois couples formés par /, /, /. , resplendissante, éclipse les deux étoiles, et . Tout en grâce, en précision, avec une aisance technique remarquable, Hannah O’Neill emplit la scène de sa présence altière. Bertaud a le don de mettre en valeur ses danseurs et de faire ressortir le potentiel de jeunes talents. Confiant un long solo à , il permet au jeune coryphée de démontrer son charisme et sa belle précision technique.
On peut dire que Sébastien Bertaud a réussi son pari de composer un « ballet classique d’aujourd’hui » et signe une chorégraphie de haute volée, à la hauteur du potentiel des danseurs.

Little match girl passionAvec The Little Match girl passion, Simon Valastro nous emmène dans un univers contemplatif et mystique. À partir de la musique de , Valastro reprend le conte d’Andersen en établissant un parallèle avec la Passion du Christ. La création tient de l’opéra dansé, tant les chanteurs font partie intégrante du spectacle. Ils chantent l’histoire tragique de la petite fille aux allumettes, avec une diction lente, scandée qui rappelle les chœurs religieux. Dans une atmosphère sombre, les danseurs, barbus, vêtus de gris comme des ramoneurs du Londres du XIXe siècle, forment un groupe homogène. Incarnée par Eléonora Abbagnato, la petite fille, vêtue d’une robe blanche, est l’image de l’innocence bafouée, de l’injustice et de la cruauté humaine. Malgré l’authenticité de l’interprétation d’Abbagnato, le déroulé des souffrances de cette pauvre enfant nous fait basculer dans le registre du mélodrame. L’inconvénient du mélange de l’opéra et de la danse, c’est que l’œil du spectateur est mobilisé par les surtitres et a du mal à être attentif en même temps aux danseurs. Plus on avance vers l’issue fatale pour la petite fille, plus les allusions chrétiennes se multiplient : Christ transformé en sapin de Noël, halos de lumière tombés du ciel. À la frontière entre les genres, l’ensemble est beau et émouvant, malgré la logique très narrative et un excès de pathos.

Après l’entracte, les deux dernières pièces, d’un style résolument contemporain, se succèdent avec moins de relief que les deux premières.

Bruno Bouché s’inscrit d’emblée dans une logique plus engagée, évoquant notamment le drame des réfugiés. Il assume aussi un côté « intello » en diffusant des extraits d’un cours de Gilles Deleuze sur Spinoza. et sont les pivots de cet « undoing world », ce monde qui se défait. D’où un décalage entre la beauté classique de leur danse et les errements des autres danseurs qui brandissent des couvertures de survie dorées et argentées. L’once de prétention dans le discours nuit à l’émotion d’une pièce à laquelle on reste extérieur.

Enfin, Sept mètres et demi au-dessus des montagnes de Nicolas Paul s’inscrit dans une tradition chrétienne et médiévale, sur des musiques du compositeur de la fin du XVe siècle, Josquin Desprez. La chorégraphie, contemporaine, et les costumes de tous les jours, n’évoquent pas particulièrement cette période de la fin du Moyen Âge. Des photos des danseurs projetées sur un écran se brouillent comme dissoutes dans l’eau. Le groupe des danseurs, composé de différentes personnalités comme , Ida Viikinkoski, Roxane Stojanov, , et fonctionne bien. imprime son style dans une chorégraphie qui met en valeur le groupe plutôt que les individualités.

Cette soirée intéressante et rafraichissante permet de montrer que l’Opéra de Paris fait émerger différents profils de danseurs et de vrais talents de chorégraphe. Ce qui nous fait regretter qu’ ait décidé de mettre un terme à l’Académie.

À lire en lien avec cet article: la présentation de la première programmation de Bruno Bouché en tant que directeur du CCN/Ballet de l’Opéra du Rhin et notre interview de Bruno Bouché en novembre 2016 sur son projet pour le Ballet.

Crédits photographiques: © Julien Benhamou, ONP.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.