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Katharina Wagner à Bayreuth, coup d’essai, coup de maître(s) ?

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Bayreuth, Festspielhaus, 4-VIII-2008. Richard Wagner (1813-1883), Die Meistersinger von Nürnberg, Mise en scène : Katharina Wagner ; décors : Tilo Steffens ; costumes Michaela Barth et Tilo Steffens ; lumière : Andreas Grüter ; dramaturgie : Robert Sollich. Avec : Franz Hawlata, Hans Sachs ; Artur Korn, Veit Pogner ; Charles Reid, Kunz Vogelgesang ; Rainer Zaun, Konrad Nachtigall ; Michael Volle, Sixtus Beckmesser ; Markus Eiche, Fritz Kothner ; Edward Randall, Balthasar Zorn ; Stefan Heibach, Augustin Moser ; Martin Snell, Hermann Ortel ; Andreas Macco, Hans Schwartz ; Diogenes Randes, Hans Folz ; Klaus Florian Vogt, Walther von Stolzing ; Norbert Ernst, David ; Michaela Kaune, Eva ; Carola Guber, Magdalena ; Friedemann Röhling, Ein Nachtwächter : Kurt Moll. Chœur du festival de Bayreuth, direction : Eberhard Friedrich ; Orchestre du festival de Bayreuth, direction : Sebastian Weigle

Festival de Bayreuth 2008

Montée en 2007 cette production des Maîtres chanteurs caractérisait les débuts de la jeune en tant que scénographe au festival de Bayreuth dirigé (jusqu’à cette année) par son vieux père Wolfgang Wagner. Incontestablement ce travail secoue les habitudes et provoque, lors des derniers accords, une véritable bronca du public d’où l’on peine à entendre quelques timides «bravos».

Pourtant, cette mise en scène est une incontestable réussite. Les Maîtres chanteurs, outre de redoutables difficultés à distribuer, restent une véritable gageure à mettre en scène tant l’œuvre est attachée à une certaine «germanité» qu’il semble impossible de représenter, de nos jours, de manière littérale avec son décor de ruelles bavaroises et une véritable échoppe de cordonnier pour Hans Sachs ; sans oublier la difficulté dramaturgique à régler les soliloques de Hans Sachs où les défilés de masse de l’acte III. s’appuie donc sur une lecture précise et follement ironique du livret. Forcément, on se situe dans la droite ligne des mises en scènes «modernes» à l’allemande à savoir une intense radiographie «intello» du texte avec parfois des tics un peu faciles comme ce «Nachtwächter» technicien de surface que ne renierait pas un Marthaler…Mais, la vision de la jeune scénographe n’est nullement contradictoire avec le livret et insiste sur l’humour et la critique des personnages avec un regard bienveillant vers Sixtus Beckmesser qui s’impose au final comme un véritable «artiste» moderne face à Walther von Stolzing. Le dernier acte est une incroyable réussite avec une danse des apprentis proprement décapante où des grandes figures de la culture artistique allemande (Schiller, Gœthe, Bach, Wagner, Lessing, Knobelsdorff, Kleist, Schinkel, Dürer, Beethoven, Hölderlin, Schadow) arrachent tout sur leur passage par leur irrévérence et leurs instincts plus que primaires.

Musicalement, la distribution bute sur le Hans Sachs de . On comprend évidement qu’un tel rôle attire les barytons, cependant ce chanteur est largement dépassé par la tessiture et fâché, plus d’une fois, avec la justesse ! Mais cette décevante prestation est rachetée (et comment !) par le Walther de . La beauté juvénile du timbre s’avère absolument grandiose avec une variété de nuances des plus sublimes. est une personnalité charismatique qui emporte Beckmesser dans un tourbillon d’engagement scénique et de maîtrise vocale. possède les caractéristiques du rôle d’Eva mais elle manque de charisme et son chant est un peu dur. Le reste de la distribution est épatant avec de jeunes chanteurs en devenir comme .

Comme dans Parsifal, le chœur du festival de Bayreuth en met plein les oreilles avec un festival de puissance et de souplesse et par la variété infinie de ses couleurs. Dès lors, l’acte III où il est largement sollicité, est un festin vocal.

Chef essentiellement lyrique à Barcelone et bientôt à Francfort, est un solide musicien de fosse dans la droite ligne de Wolfgang Sawallisch. Compétence et musicalité sont les maîtres mots de sa direction à la fois souple et attentive au chant. Les grands wagnériens du passé pouvaient, sans doute, aller plus loin dans l’exploitation du texte, mais s’affirme comme un chef d’envergure parmi la jeune génération. Comme Daniele Gatti la veille, il parvient à tirer de sublimes couleurs de son orchestre.

Malgré un Hans Sachs assez égaré, ce spectacle est, avec le Tristan et Isolde de Marthaler, la meilleure production actuelle visible à Bayreuth et incontestablement une réussite scénique d’envergure dans l’histoire de cette difficile partition. Filmé lors de la première 2008, il sera disponible à l’automne en DVD.

Crédit photographique : photo 1 © Iphigenio; photo 2 © Josef Lehmkuhl

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Bayreuth, Festspielhaus, 4-VIII-2008. Richard Wagner (1813-1883), Die Meistersinger von Nürnberg, Mise en scène : Katharina Wagner ; décors : Tilo Steffens ; costumes Michaela Barth et Tilo Steffens ; lumière : Andreas Grüter ; dramaturgie : Robert Sollich. Avec : Franz Hawlata, Hans Sachs ; Artur Korn, Veit Pogner ; Charles Reid, Kunz Vogelgesang ; Rainer Zaun, Konrad Nachtigall ; Michael Volle, Sixtus Beckmesser ; Markus Eiche, Fritz Kothner ; Edward Randall, Balthasar Zorn ; Stefan Heibach, Augustin Moser ; Martin Snell, Hermann Ortel ; Andreas Macco, Hans Schwartz ; Diogenes Randes, Hans Folz ; Klaus Florian Vogt, Walther von Stolzing ; Norbert Ernst, David ; Michaela Kaune, Eva ; Carola Guber, Magdalena ; Friedemann Röhling, Ein Nachtwächter : Kurt Moll. Chœur du festival de Bayreuth, direction : Eberhard Friedrich ; Orchestre du festival de Bayreuth, direction : Sebastian Weigle

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