Ballets Russes : Messieurs, mesdames, applaudissez !

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Paris. Opéra Garnier. 15-XII-2009. Ballet de l’Opéra national de Paris : Ballets Russes Fokine/Nijinski/Massine. Le spectre de la rose : Chorégraphie : Michel Fokine. Musique : Carl Maria von Weber, L’invitation à la valse, orchestrée par Hector Berlioz. Décors et costumes : Léon Bakst. L’après-midi d’un faune : Chorégraphie : Vaslav Nijinski. Musique : Claude Debussy. Décors et costumes : Léon Bakst. Le Tricorne : Chorégraphie : Léonide Massine. Décors et costumes : Pablo Picasso. Pétrouchka : Chorégraphie : Michel Fokine. Musique : Igor Stravinsky. Décors et costumes : Alexandre Benois. Andrea Hill, mezzo-soprano. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Vello Pähn. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Paris

Une salle cacochyme accueille sans chaleur cette remarquable soirée en hommage aux Ballets Russes, créés il y a cent ans par Serge de Diaghilev.

Pour le centenaire des Ballets Russes, l’Opéra National de Paris se devait de nous concocter une soirée patrimoniale, mais vivante, dont il a le secret ! C’est donc à un beau programme de répertoire que les spectateurs cacochymes de l’Opéra Garnier ont eu le droit en ce froid mardi d’hiver. Est-ce la captation audiovisuelle (la soirée sera diffusée dans les salles de cinéma le 22 décembre et sur France 3 le 1er janvier 2010) qui ôtait toute chaleur à la salle, ou la rendait en tout cas indifférente aux deux premiers ballets ? Dans le brouhaha de l’orchestre, qui accordait irrespectueusement ses instruments, les danseurs ont à peine eu l’occasion de saluer. Près d’un siècle après leur création, il semble que la féminité du spectre ou la jouissance du faune ne fassent plus vraiment scandale…

Nombreux sont les songes inscrits au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Le spectre de la rose, créé d’après un poème de Théophile Gautier, est l’un des plus fugaces qui soit. Une jeune fille rentrant du bal laisse choir la rose qui ornait son corsage. Les deux étoiles nouvellement nommées de la compagnie, et , s’y illustrent avec grâce et légèreté. Bondissant, féminin, est un spectre gracile et enveloppant. Sa partenaire, dont les pommettes hautes, les yeux en amande et les cheveux d’ébène font penser aux portraits de Tamara Karsavina, la créatrice du rôle, est une jeune fille très présente. Un superbe duo rafraîchissant pour cette nouvelle distribution.

L’après-midi d’un faune succède à ce court ballet. La puissance virile de , qui danse ce rôle pour la première fois (!), fait merveille dans ce haut relief animé, où toute perspective est bannie – comme dans les vases grecs dans lesquelles dominent les motifs géométriques et les silhouettes de profil. Prodigieux dans les frémissements de son désir, tel un animal en chaleur, il joue avec rage l’extase finale sur le voile laissé par la grande nymphe, incarnée par Emilie Cozette. Plus d’approximation, en revanche, du côté des nymphes, dont les ports de tête sont hésitants. Là encore, les danseurs recueillent peu d’applaudissements, tandis que les musiciens répètent déjà les premiers accords du Tricorne.

Dans les sobres et simplissimes décors de Picasso, cette histoire de convoitise est intemporelle, bien que l’action se situe au XVIIIème siècle. , en meunier ombrageux est sec et nerveux. , qui incarne sa femme, n’en rajoute pas du côté des espagnolades et colle davantage à une esthétique des années 1930, très seyante. Heureux choix que celui de Fabrice Bourgeois pour le rôle du Corregidor ! En gouverneur amoureux, il est savoureux, épatant… Après la jota et les sévillanes, tout à fait charmants, dans son solo possède l’âpreté et la fièvre d’un danseur de flamenco. Il atteint presque dans son interprétation l’intensité du Boléro de Béjart. Dans un feu d’artifice de couleurs, grâce aux costumes graphiques et éclatants signés Picasso, ce ballet de Massine, d’une grande modernité, déroule un fil narratif dont la technique sera reprise par , à la fin des années quarante.

La soirée se termine par Petrouchka, un ballet haut en couleurs au cœur de la Russie éternelle. La foule grouillante et bruyante des foires trépigne d’impatience devant le petit théâtre ambulant. Soudain, le magicien tire le rideau, dévoilant les trois marionnettes : la poupée aux joues rouges (), le maure () et Petrouchka (), désarticulé à souhait. Quelques roulements de tambours plus tard, celui-ci, remarquablement interprété, se retrouve seul dans une chambre obscure, désespéré d’amour pour la poupée et cherchant à fuir. Dans une autre chambre, au décor luxuriant, c’est le maure qui se repose et reçoit la visite de la poupée, effarouchée avec ses yeux ronds. Avant le tragique finale qui verra Petrouchka mourir sous l’épée du maure, les truculents tableaux villageois justifient l’excellent travail de danse de caractère enseigné depuis des générations par l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris. C’est un véritable régal !

Crédit photographique : Emilie Cozette et dans L’après-midi d’un faune ; , Claremarie Osta et dans Petrouchka © Sébastien Mathé/Opéra National de Paris

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