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Affrontements de ténors pour Rossini

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Lausanne. Métropole. 24-II-2010. Gioachino Rossini (1792-1868) : Otello, tragédie lyrique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Berio. Mise en scène : Giancarlo del Monaco. Décors : Carlo Centolavigna. Costumes : Maria Filippi. Lumières : Wolfgang von Zoubek. Avec : John Osborn, Otello ; Olga Peretyatko, Desdemona ; Maxim Mironov, Rodrigo ; Giovanni Furlanetto, Elmiro ; Yijie Shi, Iago/Gondoliere ; Isabelle Henriquez, Emilia ; Rémy Corazza, Doge ; Sébastien Eyssette, Lucio. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Corrado Rovaris.

Otello

Incontestablement, l’Otello de n’a pas l’intensité dramatique de l’opéra éponyme de Giuseppe Verdi. Si la trame reste essentiellement la même, la musique de Rossini, souvent sautillante et enjouée, ne plonge guère le spectateur dans la noirceur de l’intrigue shakespearienne. Il semble que l’intérêt souvent avancé pour présenter l’œuvre de Rossini soit la présence d’au moins quatre ténors s’affrontant dans les rôles principaux.

L’Opéra de Lausanne ne manque pas à cet évènement lyrique en offrant cette rareté coproduite avec le Festival Rossini de Pesaro. La production de Pesaro de 2007 s’appuyait sur une distribution éclatante qui voyait Grégory Kunde dans le rôle-titre, Juan Diego Florez dans celui de Rodrigo et dans celui de Iago. Avec eux pouvait compter sur des chanteurs-acteurs très expérimentés de la scène. Ne rêvons pas, avec les cachets astronomiques de telles vedettes, Lausanne ne pouvait rivaliser.

Dans le décor ingénieux d’une plage de l’Adriatique au bleu d’azur estival, neuf portes percées dans cet horizon s’ouvrent ou sortent de leurs gonds pour modifier les espaces resserrant peu à peu l’intrigue autour de la mort des amants. Sur deux grands balcons, le chœur de rouge sang vêtu assiste, immobile, indifférent et impuissant, au déroulement du drame. Si les premiers mouvements de ces décors apportent une lecture parfois judicieuse des situations, comme ces multiples Iago l’oreille collée à l’huis pour surprendre les conversations, ces continuels déplacements deviennent finalement lassants même si les très beaux éclairages (Wolfgang von Zoubek) veulent en varier les ambiances.

Avec cette nudité de décor, on s’attend à ce que la part du théâtre habite les lieux. , souvent si habile à diriger ses acteurs (comme il l’a récemment prouvé à Avenches ne semble pas s’être suffisamment investi pour caractériser et diriger ses acteurs. Avec les fréquentes reprises da capo de l’Otello de Rossini et la répétition des derniers mots des airs, ses protagonistes se retrouvent souvent «en carafe». Aussi voit-on une Desdémone (pourtant seule rescapée de la distribution originale de Pesaro) faisant interminablement de grands moulinets de ses bras pour tenter de séparer Rodrigo de son bouillant Otello qui tournent autour d’elle en un ridicule carrousel avant de se séparer sans s’être affrontés. Une Desdémone () à la voix parfaitement maîtrisée, aux aigus magnifiques, au physique des plus agréables mais dont le discours théâtral est inexistant.

Sur le plateau, chaque chanteur donne très honnêtement ce qu’il a de meilleur mais les exigences de cet opéra sont malheureusement souvent au-dessus de leurs moyens vocaux. Seul Maxime Mironov (Rodrigo) possède l’esprit du chant rossinien. Admirablement phrasée, l’exemple de sa romance amoureuse «Ah ! Come mai non senti pietà!» reste un modèle du charme avec lequel le chant rossinien doit compter. Sans pour autant tomber dans une vocalité mielleuse de mauvais aloi, le ténor russe offre des moments parmi les plus agréables de cette soirée. Doté d’un registre vocal sans faille, le ténor (Iago) s’avère excellent technicien, quand bien même l’agilité limitée de ses vocalises le projette vers une interprétation plus vériste que belcantiste. Dans le rôle-titre, (Otello) aborde courageusement une partition réputée meurtrière dont il ne possède regrettablement ni l’étendue vocale ni l’agilité. Contraignant son instrument dans un registre grave qu’il maîtrise mal, chantant constamment en force, il ne contrôle plus ni les aigus, ni la ligne de chant, ni le legato. A ses côtés, hormis la plus qu’honnête prestation de la soprano suisse Isabelle Henriquez (Emilia), les autres protagonistes déçoivent, à l’image de la basse (Elmiro) dont le chant à la limite de la justesse s’avère frustre et souvent approximatif.

Même si la direction de de l’ projette l’ensemble dans une dureté sonore inhabituelle, la beauté esthétique de cette production et certaines prestations vocales des protagonistes ont enchanté le public.

Crédit photographique : (Rodrigo), (Desdemona) ©Marc van Appelghem

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Lausanne. Métropole. 24-II-2010. Gioachino Rossini (1792-1868) : Otello, tragédie lyrique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Berio. Mise en scène : Giancarlo del Monaco. Décors : Carlo Centolavigna. Costumes : Maria Filippi. Lumières : Wolfgang von Zoubek. Avec : John Osborn, Otello ; Olga Peretyatko, Desdemona ; Maxim Mironov, Rodrigo ; Giovanni Furlanetto, Elmiro ; Yijie Shi, Iago/Gondoliere ; Isabelle Henriquez, Emilia ; Rémy Corazza, Doge ; Sébastien Eyssette, Lucio. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Corrado Rovaris.

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