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A l’Opéra Bastille : un Faust en devenir ?

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 28-IX-2011. Charles Gounod (1818-1893) Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty. Décor : Johan Engels. Costumes : Yan Tax. Lumières : Fabrice Kebour. Avec : Roberto Alagna, Faust ; Paul Gay, Méphistophélès ; Inva Mula, Marguerite ; Tassis Christoyannis, Valentin ; Angélique Noldus, Siebel ; Marie-Ange Todorovitch, Dame Marthe ; Alexandre Duhamel, Wagner ; Rémy Corrazza, Faust II. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert). Direction musicale : Alain Altinoglu

Paris aime Faust, et Paris aime . Pour Nicolas Joël, c’était donc à la fois créer l’événement et s’exposer à de dangereuses comparaisons avec la production chérie de – qui, reconnaissons le, commençait fortement à sentir le kitsch des seventies – que d’en proposer une nouvelle mise en scène, ce dont joue admirablement l’excellent programme de salle.
Effectivement, les places se sont très vite arrachées, et probablement vendues au marché noir à des prix astronomiques ; il était impossible aux abonnés d’échanger leur date, faute de possibilités de repli.

Comme pour tous les évènements souhaités, rêvés, attendus avec ferveur, rien ne s’est passé comme il le devait : défection du chef Alain Lombard quelques jours avant le début des représentations, polémiques dans les journaux, grève le jour de la première, finalement donnée en version de concert. De quoi alimenter bien des potins et des colonnes de quotidiens ! Mais le mélomane, en cette soirée de quasi-première, puisque que la mise en scène y a été vue pour la première fois, y trouve-t-il son compte ?

La réponse est un ni-oui-ni-non diplomatique. On ressent une tension palpable sur le plateau, qui empêche chacun de donner le meilleur de lui-même, et on perçoit en même temps la promesse de ce qui aurait pu être, ou sera, après l’accalmie. Les techniciens s’engueulent très fort pour un problème de changement de décor, et le bruit de leur dispute couvre la musique même au fin-fond de la salle. Le chœur est indigne, accumulant approximations et faux-départs. La direction d’, qui a accepté de reprendre in extremis cette production, manque de relief, et étire les tempi au point de provoquer l’ennui lors de la sérénade de Méphistophélès ou du « Salut demeure chaste et pure ». L’orchestre sonne mou, pâteux et sans motivation. Tous nous ont habitués à mieux. Il est à noter que la production offre la scène de Walpurgis, très souvent coupée, mais sans les ballets.

semble le plus souffrir de cette ambiance délétère. Son Faust est pourtant irréprochable, frais de timbre, vaillant d’aigus, merveilleux de ligne et de diction, mais l’investissement dramatique, la poésie, n’y sont pas. Les dames semblent mieux en condition. est une bonne Marguerite, à défaut d’anthologique, solide, nuancée, colorée, mais incapable du moindre trille ou de la plus petite fioriture. est une dame Marthe d’exception.

L’autre pari de Nicolas Joël était de proposer, à côté d’une star et de sa cantatrice fétiche, une distribution renouvelée, d’offrir des voix inédites à un public trop habitué à entendre toujours les mêmes vedettes de l’art lyrique. Là encore, le pari est à demi-réussi. En Valentin, débite « Avant de quitter ces lieux » court de souffle et inintéressant de timbre, avant de se rattraper avec une mort époustouflante. en Siebel est ravissante, avec toutefois un vibrato vraiment dérangeant. , acclamé partout sauf en la capitale de son pays natal, est un fantastique Méphistophélès, beau de timbre, de présence et de diction. Le meilleur est qu’à son âge, il a tout le temps de mûrir encore son personnage, et peut-être d’en devenir la référence de son époque.

La mise en scène est professionnelle, intelligente, et la plupart du temps pertinente, hélas entachée de fautes de goût rédhibitoires. Les décors sont beaux, la direction d’acteur précise, la gestion des masses sans faute, mais à force de vouloir trop en faire, frise le ridicule. On citera entre autres un abominable squelette enveloppé de bandes de plastique coloré qui ressemblent à du papier tue-mouche, un bras vert émergeant d’un buisson pour effeuiller des marguerites, qui tue net la poésie de la scène du jardin, l’insistance malsaine sur le sang de la défloration, et surtout la scène finale de la montée à l’échafaud de Marguerite, qui a fait crouler la salle de rire. Si le metteur en scène acceptait de revoir sa copie et d’en retirer les éléments superfétatoires, peut-être Nicolas Joël tiendrait-il ce qu’il n’a pas réussi avec son Ring : une bonne production de répertoire, reprenable indéfiniment.

Crédit photographique : © Opéra national de Paris/ Charles Duprat

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