Le Requiem revisité par des Scandinaves

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Dossier inédit que « La série des Danois » qui met en lumière des musiciens souvent méconnus du public français. Rédiger par notre spécialiste de la musique nord-européenne, cette série d’articles va de découverte en découverte. Pour accéder au dossier : La série des Danois

 

1. Présentation générale du requiem catholique

La douleur insupportable engendrée par la disparition d’un être cher a poussé presque chaque humain terrassé par la peine à manifester et parfois concrétiser ses sentiments dans telle ou telle réalisation à ambition artistique ou littéraire sensée survivre à cette disparition irréversible.

Le Requiem ou Messe de Requiem vient du latin requies, le repos. Il accepte encore d’autres synonymes latins comme Missa pro defunctis ou encore Missa defunctorum (Messe pour les défunts). Il appartient au service liturgique de l’Eglise catholique romaine. Il s’agit donc d’une messe, d’une prière pour les âmes de défunts, se déroulant soit avant l’enterrement, soit lors de cérémonies commémoratives. Signalons dès à présent que si le Requiem est principalement catholique, les églises anglicanes et orthodoxes sont loin de l’ignorer totalement.

Les premiers mots de cette messe sont : Requiem æternam dona ei, Domine, et lux perpetua luceat ei / Seigneur, donne-lui le repos éternel, et que la lumière perpétuelle luise pour lui.

Ultérieurement d’autres œuvres données en concert reçoivent ce titre sortant ainsi du strict cadre du service funèbre.

A l’origine, le Requiem est essentiellement confié au seul chœur. L’adjonction de chanteurs solistes, puis d’instrumentistes solistes et d’orchestres entiers en a profondément modifié les canons historiques.

Dans la liturgie catholique traditionnelle les parties constitutives du Requiem sont les suivantes : Introït (Introitus) ; Kyrie eleison (le Kyrie de la messe ordinaire) avec « Seigneur, ayez pitié. Christ ayez pitié. Seigneur, ayez pitié. » ; Graduel (Graduale) avec « Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière éternelle les illumine… » ; Trait (Tractus) avec « Absous, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts de tout lien de péché… » ; Séquence (Sequentia) : Dies iræ, dies illa, avec sa structure de répons ; Sanctus (Sanctus de la Messe ordinaire) avec Sanctus, Sanctus, Sanctus (Saint, saint, saint le Seigneur, dieu des forces célestes) ; Agnus Dei (Agnus Dei de la Messe ordinaire mais où le miserere nobis est remplacé par dona eis requiem et le dona nobis pacem devient dona eis requiem sempiternam ; Communion (Communio) structure de répons. « Que la lumière éternelle luise pour eux, Seigneur…).

A ces parties, certains ont ajouté des textes issus de la liturgie des défunts comme Pie Jesu, Libera me et In paradisium…

Très longtemps chanté en grégorien des versions polyphoniques sont apparues ensuite avec Johannes Ockeghem vers 1460… Longtemps joué lors des services funèbres certains compositeurs l’ont porté dans le cadre du concert.

Les spécialistes du sujet estiment que largement plus de 2000 Requiem ont été composés (1).

Signalons enfin qu’il existe des Requiem non catholiques qui sont le plus souvent des adaptations protestantes (luthériennes en Allemagne ou anglicanes en Angleterre) ou orthodoxes (Parastas et Panikhida), voire hébreux (Kaddish) du Requiem catholique.

Avec le 20e siècle apparaissent des Requiem de guerre, non liturgiques, profanes

2. De quelques requiem nordiques présentés par ordre chronologique de composition

1775. Requiem de Joseph Martin Kraus

Requiem VB 1 en ré mineur pour soprano, alto, ténor, chœur, 2 cors, cordes et basse continue. Durée 25 minutes environ. Composé de onze sections : Requiem (chœur), Te decet hymnus (soprano), Kyrie (chœur), Dies irae (chœur), Lacrymosa (alto), Huic ergo (chœur), Domine Jesus (chœur), Quam olim Abrahae (chœur), Sanctus (chœur), Benedictus (soprano, alto), Agnus Dei (basse, chœur). Texte : latin.

Joseph Martin Kraus (1756-1792), quasi exact contemporain de (1756-1791), remarqué par Gluck et Joseph Haydn, se range parmi les plus intéressants créateurs du 18e siècle que l’on redécouvre depuis relativement peu de temps. Ce n’est que justice car sa musique possède de puissantes qualités justifiant totalement la renaissance dont elle jouit à présent.
Vers la toute fin de son existence Kraus traduisit sa peine sincère, secondaire à la mort de son roi, Gustav III, assassiné, avec une sorte de requiem qui n’en porte pas le nom, sous forme de Symphonie funèbre (1792) et de la même année d’une cantate intitulée Begravningskantata (Cantate funèbre)
Mais le Requiem qui retient notre attention s’avère être une œuvre de jeunesse puisque élaborée en 1775 par un musicien de 19 ans seulement. Mozart, lui, composera son propre Requiem à la toute fin de sa vie, soit en 1791.

La composition du Requiem en ré mineur se situerait au moment de l’arrivée de Kraus à Buchen (Rhénanie) au mois de novembre 1775. Les spécialistes ne sont pas parvenus à déterminer pour quel défunt précis le Requiem avait été engagé. Par contre, ils déduisent de sa structure même qu’il était conforme à la tradition en vigueur à cette époque tout en exprimant des sentiments assez personnels et sincères en aménageant quelque peu certaines lignes du texte et en adjoignant des passages légèrement dissonants. Ce jeune artiste influencé par le courant « Sturm und Drang » s’était bien mis en tête de bousculer une certaine tradition. Raisonnablement évidemment. Mais se permettant au passage d’égratigner dans son traité Quelque chose de et sur la musique pour l’année 1777, des prédécesseurs de la trempe de Kircher, Fux, Rameau, Kirnberger, Marburg… leur reprochant d’écrire davantage pour la tête que pour le cœur.

L’écoute de son Requiem révèle un créateur aux lignes musicales précises, claires, parfois émouvantes. En dépit de quelques faiblesses ponctuelles de débutant, son écriture ne manque pas de tenue et ne dépare pas vraiment avec les productions courantes du genre en Allemagne. Le style est proche de celui du haut classicisme viennois et sans doute est-il possible d’entr’apercevoir des signes avant-coureurs du mouvement romantique en gestation. S’agissant d’une musique écrite alors qu’il était encore étudiant à Erfurt ne laisse pas d’étonner sur les potentialités déjà exprimées du jeune homme. Son expression dans le registre dramatique en atteste incontestablement.
Le Dies irae emprunte un thème au second mouvement du Quatuor à cordes n° 2 en ut majeur, op. 20, de Haydn, tout à fait dans l’esprit du Sturm und Drang (Tempête et Elan), ce mouvement littéraire apparu en Allemagne vers 1770 en opposition au rationalisme et au classicisme, représenté principalement par Goethe, Schiller, Herder…

Notons que Kraus écrira un second Requiem lors de la mort de Joseph II de Habsbourg. Cette œuvre ne semble pas avoir été enregistrée.

1886-1887. Requiem de Asger Hamerik

Le Requiem pour orchestre, chœur et contralto, op. 34, en la majeur, date des années 1886-1887 et se compose des parties suivantes : Requiem et Kyrie ; Dies irae ; Offertorium ; Sanctus ; Agnus Dei. Il dure environ 43 minutes.

A l’occasion des cérémonies organisées en l’honneur du 100e anniversaire du fondateur du conservatoire de Baltimore (USA) en 1895, il fut décidé de donner la création du Requiem d’Hamerik composé un peu moins de dix ans auparavant à une époque où il avait séjourné dans un petit village de pêcheurs de Chester, sur la côte atlantique du Nova Scotia (Canada) exactement. Hamerik de confession luthérienne avait longtemps discuté avec un prêtre catholique de Chester mais aussi avec le cardinal Gibbons à Baltimore. Ces confrontations théologiques sans doute intéressantes ont laissé des traces dans l’œuvre mais l’influence principale provient du Requiem qu’Hector Berlioz avait composé une cinquantaine d’années plus tôt.

A l’image de son ami français, Hamerik combine en un seul mouvement les deux parties : Requiem Aeternam et Kyrie Eleison. Pour le Dies irae suivant il commence par citer le début de la mélodie grégorienne en lien avec le Jugement dernier, un peu à la manière de ce que réalisa encore Berlioz dans sa Symphonie fantastique (dans la Ronde de Sabbat : Poco meno mosso du cinquième et dernier mouvement).

Avec le Tuba mirum on ne peut manquer d’évoquer encore, et sans doute possible, Hector Berlioz, avec ses impressionnantes fanfares de cuivres (andante maestoso). On retrouvera des sursauts de cette fanfare dans le Sanctus (qui n’existent pas chez le Français). Moment de ferveur remarquée dans l’Offertorio qui sépare les deux sections précédentes laissant s’exprimer un solo d’alto très recueilli. L’alto, le chœur et l’orchestre se regroupent à l’occasion de la dernière section Agnus Dei confirmant la structure cyclique du Requiem.
Le mouvement suivant Offertorium offre à la chanteuse une belle partie.
Dans son ensemble ce Requiem danois affiche moins de théâtralité que celui du Français.
Asger Hamerik présenta une œuvre de haute tenue que le public et la critique apprécièrent les 5 et 6 avril 1895. Le chœur comptait 300 chanteurs et il fallut une soixantaine de répétitions pour parachever la mise en place. On avait fait appel à une contralto de New York nommée Julie Wynan. Le compositeur avoua sincèrement qu’à ses yeux le Requiem était sa meilleure composition.
On le donna encore avec succès quelques années plus tard à Copenhague en novembre et décembre 1908 (il semble que l’on en proposa seulement des extraits au printemps de cette même année sous la direction du chef et compositeur Victor Bendix). La seconde fois sous sa propre direction. Il l’entendra une ultime fois lors d’un concert à Copenhague en 1921. Parmi les chanteurs se trouvait sa fille Valdis.

1901-1903. Requiem de Otto Olsson

Le Requiem en sol mineur, op. 13, bien que composé en 1901-1903 ne fut redécouvert qu’en 1971 dans les papiers du compositeur décédé en 1964. La création se déroula à Stockholm en 1976 dans le cadre du 75e anniversaire de la Société des musiciens d’église de Stockholm.

Basée sur les mots traditionnels de la messe des morts, catholique bien sûr, c’est surtout une œuvre chorale de grande importance où Olsson affiche une splendide maîtrise des lignes mélodiques non dénuées d’une chaleur toute méditerranéenne mais en rien exubérante.

Elle se compose des dix sections suivantes : Requiem ; Kyrie ; Dies irae ; Rex tremendae majestatis ; Recordare Jesu pie ; Confutatis maledictis ; Domine Jesu ; Hostias ; Sanctus ; Agnus Dei. Durée : environ 36’

Il est possible, mais sans certitude, que le jeune Olsson, à peine âgé de vingt-deux ans, tout juste sorti du conservatoire, se soit lancé dans la confection d’un requiem après le décès de son père survenu en novembre 1900. Des commentateurs s’accordent pour y percevoir, sinon la marque, du moins des influences provenant des Requiem de Brahms et de Verdi que les habitants de la capitale, Stockholm, avaient pu entendre en avril 1900 et décembre 1901, donc très peu de temps avant que lui-même ne commence le sien.
On sait qu’il soumit son manuscrit lorsqu’il fit la demande d’une bourse d’Etat en 1904. Le manuscrit retourné, il ne parvint pas à le faire jouer et alla rejoindre plusieurs partitions dans ses dossiers. Il semble que pour autant il ne l’oublia jamais, le mentionnant à plusieurs reprises dans la liste de ses œuvres. Il ne sera joué pour la première fois que presque trois-quart de siècle après sa conception.

La maturité du Requiem impressionna et impressionne encore les auditeurs par la beauté de ses mélodies, par l’habileté de son contrepoint et par son sens développé de l’architecture musicale. Traits incontestables mais étonnants quand même chez un si jeune créateur. Il ménage avec réussite certains passages pessimistes mais infiltre sa partition d’espoir, de lumière et de foi reliés à l’esprit de la vie éternelle propre à l’esprit chrétien. On n’y retrouve pas les effets spectaculaires et théâtraux du Requiem de Verdi ni le pessimisme profond de celui de Brahms. Peut-être existe-t-il des influences partielles venues du Requiem de . Otto Olsson transcende le message catholique en un sermon convenant parfaitement à la foi luthérienne.

1920-1923. Requiem d’Oskar Lindberg

Requiem, op. 21, pour solistes vocaux (soprano, alto, ténor, basse), chœur, orchestre et orgue. Six parties : Requiem et Kyrie, Dies irae, Offertorium, Domine Jesu, Sanctus et Agnus Dei. Durée : 39 minutes environ.

Pour beaucoup et à juste titre, le Requiem op. 21 appartient au meilleur de la production musicale d’Oscar Lindberg qui y travailla chaque été pendant quatre années, près de sa ville natale de Insjö (Suède). S’il ne manque pas de sérieux et de recueillement ce Requiem diffuse une atmosphère lumineuse et ne sombre pas dans les pleurs excessifs. Dès la première section Lindberg propose un thème que l’on retrouvera ultérieurement à plusieurs reprises et encore à la toute fin de l’Agnus Dei. Il dose habilement et avec goût les interventions solistes, les chœurs, les courtes parties instrumentales solistes par ailleurs très réussies. Les élans généreux en imposent, situés dans la descendance des grandes formations romantiques que le créateur maîtrise parfaitement, toujours attentif à donner du beau, du grand et du conforme à cette tradition respectée et aimée du monde catholique.

1935-1936. Requiem op. 42 de Sigurd Islandsmoen

L’opus 42 du Norvégien Sigurd Islandmoen se compose de 16 sections : Canto funèbre, Introitus, Graduale, Dies irae, Kyrie eleison, Recordare, Preces meae, Confutatis, Oro supplex, Lacrymosa, Domine, Jesu Christe, Sanctus, Benedictus/Sanctus, Pie Jesu et Agnus Dei. Durée : 51 minutes environ.

Composé au cours des années 1935-1936 il devra attendre l’année 1943 avant de voir le jour. Du vivant du compositeur le Requiem fut donné plusieurs fois au cours des années 1940 et 1950 en Norvège et à l’étranger aussi, avant de disparaître ensuite. Il sera retransmis par la radio NRK lors d’un concert donné à Bergen en 1949.

Bien que n’ayant pas de place dans la liturgie protestante ni au sein de l’église norvégienne, Islandsmoen s’appuie sur le texte latin traditionnel, sans doute en ayant eu connaissance des grandes et célèbres réalisations antérieures. Ici, il adopte pratiquement tous les textes utilisés par Mozart dans son propre Requiem.

Très noble premier numéro de grande hauteur de ton, d’une structure très retenue et fortement inspirée. Les numéros suivants très réussis appartiennent par l’esprit et par la forme au siècle passé, montrant quelque indifférence à la modernité. Le Requiem abrite un certain nombre de thèmes et motifs populaires de la région de Valdres. Cette association confère à l’œuvre une réelle beauté et un abord aisé. La maîtrise et la variété compositionnelles paraissent évidentes avec des passages homophoniques et d’autres polyphoniques, avec des fugues bien conduites, avec un attachement sensible au rendu des émotions, avec une connaissance fine du passé, avec des traits montrant sa proximité avec le legs musical folklorique.

1947. Requiem de Jon Leifs

Le Requiem op. 33b pour chœur mixte a cappella repose sur un texte poétique populaire islandais et sur des mots de Jónas Hallgrimsson. Durée moyenne : autour de 5’

Un événement des plus douloureux conduisit Jón Leifs anéanti par la douleur à composer ce bouleversant et intime Requiem sans lien avec les structures académiques du genre, excepté bien sûr l’affliction commune ressentie lors de la disparition d’un être cher. Le 12 juillet 1947 sa fille Liv âgée de dix-huit ans se noya lors de sa baignade quotidienne en mer le long des côtes suédoises. Le choc fut terrible et le père chercha à trouver la paix en se réfugiant dans la composition. Quatre partitions seront dédiées à la mémoire de sa fille disparue : Torrek, op. 33a, pour voix et piano, Requiem pour chœur mixte, op. 33b, Erjiljóð, op. 35 pour chœur d’hommes et un quatuor à cordes baptisé Vita et Mors, op. 36.

Le corps de Liv fut envoyé en Islande où elle devait être enterrée. Sa mère et sa sœur étaient du voyage. Leifs acheva son court Requiem le 31 juillet 1947. Comme suggéré supra, le compositeur n’utilisa pas le latin mais un collage personnel des deux sources indiquées, soit des fragments de poésie populaire islandaise et quelques vers de Magnūsarkviða, texte de Jónas Hallgrímsson datant de 1842.

Le Requiem à n’en point douter est l’une des œuvres les plus profondes et sincères du compositeur, un authentique bijou, largement apprécié par tous ceux qui entendent cette berceuse aussi simple qu’émouvante. Il fut créé en juin 1948 par le chœur de la Société de musique islandaise placé sous la direction de Victor Urbancic lors d’un festival de musique nordique à Copenhague.

L’impact émotionnel se trouve majoré par l’utilisation itérative d’une quinte à vide tout au long de sa durée que viennent enrichir des tierces majeures ou mineures et des changements de hauteur autour de ce cri : « Dors, ma chère fille ».

1953. Requiem in Our Time de Rautavaara

A Requiem in Our Time, pour ensemble de cuivres, se présente en quatre sections : Hymnus, Credo et dubito, Dies Irae et Lacrymosa. Il requiert 13 cuivres (4 trompettes, 4 cors, 3 trombones, cor baryton, tuba) et des percussions (2 joueurs). Dure autour de 10 minutes. Dédié à la mémoire de la mère du compositeur morte durant la guerre.

A l’évidence le jeune créateur a choisi de marquer son originalité en abandonnant l’emploi des voix pour écrire l’œuvre qui lui fit quitter l’anonymat et avec laquelle il reporta le premier prix du Concours Thor Johnson de Cincinnati en 1954. A cette époque Rautavaara étudiait encore avec Aare Merikanto à l’Académie Sibelius. L’œuvre s’inscrit dans un courant post-sibélien modernisant et a souvent été jouée. Requiem in Our Time fut créé le 10 mai 1954 à Cincinnati par le Cincinnati Brass Choir placé sous la direction de Ernst N. Glover.

Il commence par un Hymnus solennel ; la seconde partie s’appuie sur le contraste saisissant des deux sections ; Dies Irae représente le point culminant de la partition, commençant par une lamentation, puis section rythmique rappelant le Sacre du printemps de Stravinsky, une marche grotesque ; le Lacrymosa apaisé termine cette musique avec un beau chant introspectif confié notamment au cor baryton solo. Rautavaara « parvient à créer une atmosphère fervente et captivante à la fois, fort différente des modèles de la musique de l’immédiat après-guerre. Sur le plan de la qualification esthétique elle se range dans une expression néoclassique. » (Caron) Musique à la fois contemporaine et colorée dans une certaine mesure par la musique folklorique et religieuse finlandaise.

1963-1964. Requiem pour Nietzsche de Vagn Holmboe

Le Requiem pour Nietzsche pour baryton solo, ténor solo, chœur et grand orchestre, op. 84, offre une structure originale en cinq parties, chacune divisée en une, deux ou trois sections. Partie 1 : Forspil i Ørknen (Prélude dans le désert) et Basel (Bâle); partie 2 : Vennerne (Les amis), Sils Maria et Den Tredie Fristelse (La troisième tentation) ; partie 3 : Øjeblikket (L’instant), Gondolsang (Chanson de la gondole) et Jena ; partie 4 : Ecce Homo et Weimar ; partie 5 : Asgaardsreien. Durée : 52 minutes.

Holmboe composa plusieurs œuvres majeures à l’époque de l’achèvement de son Requiem que l’on situe en juillet 1964. Le texte choisi est emprunté au poète danois Thorkild Bjørnvig (1918-2004) qui avait publié un cycle de onze sonnets regroupés sous le titre de « Nietzsche » en 1959 et dans lequel il exprime son originalité et sa fantaisie autour de la vie et de l’œuvre du philosophe allemand Friedrich Nietzsche (1844-1900), options qui enchantèrent le musicien qui trouva l’inspiration pour embrayer musicalement dans la même veine. C’est souligner combien, une fois encore son imagination se trouve mobilisée avec un traitement assez contemporain du chœur et des deux solistes vocaux. Nous sommes bien loin des canons traditionnels du requiem, la douleur indicible est oubliée, les épisodes concernant le philosophe se refusent toute vérité historique, la libre invention bât son plein dans une création symbolique libre et flirte avec une certaine avant-garde de cette époque. Seul le mouvement conclusif abrite un retour assez traditionnel vraiment réussi par son aspect méditatif et son souffle inspiré. Une expérience intéressante et indépendante à mettre au crédit conjoint de Bjørnvig et Holmboe.

1968. Requiem for large church organ de

Il est rare qu’un très jeune compositeur de vingt ans prenne la décision d’écrire un requiem. C’est pourtant ce que fit en élaborant non pas un requiem comme perçu traditionnellement mais moins ambitieusement sous forme d’une partition de moins de cinq minutes destinée à un grand orgue d’église. Durée : environ 5’

« Œuvre de protestation », cette pièce pour orgue traduit à sa manière les réactions d’un tout novice Ruders opposé aux injustices du monde (nous sommes en pleine guerre du Vietnam), tout comme un an plus tôt son premier opus pour piano intitulé Trois Lettres du soldat inconnu.

Le bref Requiem oppose un bourdonnement grave et sourd, menaçant, presque invariable, aux cris d’alarme et de protestation de la partie aiguë du registre. L’influence de l’Ecole polonaise de cette époque (années 1960) est manifeste mais le refus de concession caractérise bien ce jeune créateur en devenir certes, mais encore inconnu, et alors peu soucieux de renoncer à exposer ses idées humanistes fort honorables évidemment.

1977-1978. Requiem per soli ed orchestra de Hans Eklund

Requiem pour 2 solistes, chœur et orchestre, créé à Stockholm le 24 novembre 1979. Comprend : Requiem-Kyrie, Dies irae, Offertorium, Sanctus-Benedictus, Agnus Dei et Lux aeterna. Durée : 52’ environ.

Musique personnelle et intime utilisant le texte de la Messe (latin) avec un langage tonal assez conventionnel mais non dénué de qualités où la méditation s’exprime simplement par le biais de grands unissons des chœurs, de passages homophoniques et souvent homo-rythmiques. Le chœur, sans grandiloquence, joue une rôle majeur secondé par des sections très expressives confiées à l’orchestre. Le climat est sérieux et ne manque pas de solennité tout en affichant des sentiments intimes.

1979. Requiem pour les soldats tombés d’

Requiem pour les soldats tombés, pour alto, chœur d’hommes, trompette, percussion et orgue. En cinq parties : 1. Sois salué bien haut. Andante ; 2. Les funérailles d’un soldat. Allegro ; 3. La Mère du soldat. Molto lento ; 4. Lilas. Lento marciale ; 5. Largo. Durée : 33 minutes. Les mouvements 1, 2, 4 et 5 sont dus à l’écrivain Henrik Visnapu (1890-1951) et le mouvement 3 revient à Marie Under (1883-1980).

Commencé en 1950 le travail sur ce Requiem s’arrêta au milieu du second mouvement, le compositeur n’y revenant qu’une vingtaine d’années plus tard et mettant le point final à sa partition le 17 août 1979. La création se déroula à Stockholm le 17 mai 1981 à l’église Hedvig Eleonora sous la direction du compositeur à la tête du Chœur d’hommes estonien. Ce fut la dernière fois que Tubin dirigea.

Le poème « Salut » sur lequel repose le premier mouvement date de l’époque de la guerre d’indépendance de l’Estonie en 1919. L’orgue et les timbales mettent en place une musique noire avant que le chœur n’entonne une phrase glorifiant le fait de mourir jeune lorsque cet héroïsme permet aux survivants de connaître la liberté. Ce premier mouvement correspond au Requiem aeterna traditionnel.
« L’Enterrement du soldat », texte de 1944 alors que l’Estonie a perdu sa liberté. Le climat n’est pas sans correspondre à un Dies irae. La section suivante « La mère du soldat », proposée à l’alto solo, s’appuie sur un texte écrit en 1942 et dégage une atmosphère plus recueillie et intime. Visnapuu élabora son poème « Lilas » en 1919 et établit une correspondance métaphorique entre les branches de lilas et le fusil des guerriers.
Le cinquième et dernier mouvement débute par un long solo de trompette tandis que le chœur reprend le texte de l’ouverture du Requiem en le variant musicalement. La toute fin autorise la trompette à évoquer une chanson populaire estonienne « Sous le grenier du sage. »
Si d’évidents parallèles ont été dressés avec le Requiem traditionnel, la forme générale de celui-ci en diffère sensiblement, ce qui n’ôte en rien la douleur laïque et profonde face à la mort aussi inutile que brutale, aussi radicale qu’indispensable face au risque de voir disparaître une nation et sa culture. Le climat lourd et noir, oppressant souvent, figurant la déréliction aussi bien que la violence des faits, infiltre toute la partition construite sur l’injustice de l’homme envers ses semblables.

1979. Requiem de Sven-David Sandström

Sous titre : De ur alla minnen fallna (Silence, les souvenirs endeuillés parlent), pour 4 solistes, chœur mixte, chœur d’enfants, orchestre et bande magnétique.
Requiem, à la mémoire des enfants victimes de la guerre et du racisme. Se compose de textes en suédois et en anglais du poète suédois Tobias Berggren (né en 1940). Musique et texte s’avèrent résolument contemporains n’hésitant pas à manifester des pages agressives, à accoupler des mots et des idées contradictoires, à faire usage de textes pornographiques, sadiques et provocateurs. Cette œuvre se rapproche parfois aussi du théâtre expérimental. On y recense de nombreux traits communs avec la musique et la pensée modernes du temps. La création se déroule à Stockholm le 19 février 1982.
Comprend les parties suivantes : Prolog ; Introitus ; Dies irae ; Offertorium ; Libera me ; Communio ; Agnus dei/De Profundis ; Credo & Resurrectio Animarum. Durée : 99’23

Après la diffusion de l’œuvre (et même avant) les réactions furent vives et parfois très violentes du fait de la conduite clairement provocatrice du compositeur suédois. La controverse fit rage dans les médias nationaux. Pour autant, dans cette longue partition, il donne à écouter une musique variée, tendue, souvent inventive, sincère probablement, mais sans doute n’ayant rien de comparable avec l’immense majorité des milliers de Requiem composés au cours des siècles. Les meurtres d’enfants pendant l’Holocauste et l’oubli coupable de la société ayant engendré ces horreurs nécessitait un traitement contemporain mais inoublieux de racines romantiques métamorphosées que Sandström excelle à imposer à ces auditeurs dans une acception tout à fait moderne. Deux exemples parmi d’autres, dans l’Agnus Dei il fait chanter au chœur d’enfants : « Marie était un petit agneau »… et un peu plus loin : « Marie était une petite putain ». L’autre exemple typique étant la description précise de certaines atrocités dans le Dies Irae .

1981. Requiem de Joonas Kokkonen

Requiem pour soprano, baryton, chœur, mixte et orchestre. Sous-titré In memoriam Maija Kokkonen (la femme défunte du compositeur). Neuf parties le constituent : Kyrie aeternam, Kyrie eleison, Tractus, Domine Jesu Christe, Hostians et preces, Sanctus et Benedictus, Agnus Dei, In Paradisium et Lux aeterna. Durée du Requiem : environ 38 minutes. La création du Requiem a lieu le 17 septembre 1981 sous la direction de Ulf Söderblom.

Kokkonen, un des compositeurs finlandais les plus saillants de son temps (de l’après-Sibelius) s’est fait admirer par ses œuvres instrumentales principalement … mais son Requiem dicté par des circonstances personnelles douloureuses a imposé son nom dans ce genre visité par les plus grands. A la suite d’un des plus grands succès musicaux de Kokkonen, l’opéra Les Dernières tentations, le chef Ulf Söderblom, directeur du chœur mixte Akateeminen Laulu commanda une œuvre chorale. Sans tarder Kokkonen envisagea d’abord de composer une messe oecuménique mais modifia son projet lorsque sa femme tomba malade et finit par décéder.

Comme à son habitude, le créateur dote sa musique d’une grande hauteur, n’esquive pas de la douleur, pas plus que les phrases aux mélodies figurant le paradis ou le souvenir ému. Sa rigueur dynamique et rythmique partage la vedette avec le sérieux de son propos qui à aucun moment ne verse dans le grandiloquent ou le démonstratif. Son Requiem plonge sans faux-semblant dans la grande tradition du genre et ne manque pas d’impressionner l’auditeur attentif.

1992. Requiem pour piano d’Anders Brødsgaard

Le Danois Anders Brødsgaard a confié au piano seul ce singulier Requiem. Commandé par Louise Lerche, il sera créé le 25 juillet 1992 au Festival Lerchenborg sous les doigts de Rosalind Bevan qui en reçu la dédicace avec maintenant la mention « K.B. in memoriam ». Pas de texte donc. Durée : 7’40

L’œuvre, écrite à la mémoire du père du compositeur, se divise en une série de courts passages rythmiques différents autour des séries harmoniques de sol dièse. Elle appartient à une période, située dans les années 1990, au cours de laquelle le compositeur invente des pièces brèves, virtuoses, au climat dramatique très marqué au plan du rythme et non dépourvues d’une certaine rudesse, voire agressivité. Néanmoins ce Requiem singulier, profondément revisité, emploie des traits contemporains et participe à redéfinir avec les mots de son temps les traces d’une douleur ou d’un sérieux respectables à n’en point douter.

1993. Requiem de Nils Lindberg

La création du Requiem de Nils Lindberg se déroula à l’église Sainte Clara de Stockholm le 18 avril 1993 obtenant un grand succès populaire. De nombreuses exécutions suivirent (l’auteur précisant une cinquantaine d’exécutions en Suède et à l’étranger en une dizaine d’années).

Les douze sections du Requiem sont : Introitus, Kyrie, Dies Irae, Tuba Mirum, Recordare, Lacrymosa, Hemlig stod jag en morgon, Interludium, Offertorium, Sanctus et Agnus Dei. Durée : environ 45 minutes. Une section abandonne le texte latin médiéval de la Messe pour le suédois dans le n° 7 « Hemlig stod jag en morgon » d’après une mélodie traditionnelle de la région de Mora.

Si relativement peu de protestants suédois se sont confrontés à ce genre, ici, Nils Lindberg fait montre d’une parfaite compréhension de cette messe des morts essentiellement catholique en ayant à l’esprit la personne de son oncle Oskar, organiste et pédagogue. Il raconte lui-même que l’idée de cette réalisation lui vint en Espagne durant les vacances de Noël 1990. Cet oncle Oskar n’est autre que l’excellent compositeur suédois dont il est question dans cet article et qui avait lui-même composé un magnifique Requiem au tout début des années 1920. Le neveu se posa la question et se demanda pourquoi ne pas tenter à son tour de se lancer dans cette aventure mais sans penser pour autant agir comme plagiaire. Il précise : « Après tout, le jazz faisait partie de la musique jouée aux funérailles à la Nouvelle-Orléans ». Et comme l’on pouvait raisonnablement s’y attendre lorsque l’on connaît les autres musiques de Nils Lindberg il allait s’engager dans cette voie. On se rappellera que le premier il avait introduit le cor français dans une formation de jazz. Il renouvelle l’essai dans son Requiem en réclamant un orchestre jazz renforcé par deux cors français, deux flûtes (piccolos), quatre percussionnistes et un piano (tenu par Lindberg), ainsi que par un chœur et trois solistes (sans alto soliste) dont un baryton et deux sopranos.
L’Introitus initial est un authentique et très réussi morceau de jazz avec saxophone prédominant, le second (Kyrie) fait la part belle aux voix solistes avec un solo confié à la clarinette. Le recueillement ne fait pas défaut même s’il se trouve décliné de manière jazzy et avec une efficacité confondante que ne gène nullement l’emploi occasionnel de dissonances ou de sonorités en apparence disgracieuses. Le court Dies Irae légèrement orientalisant dans ses premières mesures s’engage sans tarder dans une haletante marche en avant que conclut la clarinette solo. Pour le Tuba Mirum il fallait éviter le piège du brillant passé berliozien et c’est ce que fait Lindberg en ne s’éloignant pas de la musique qu’il excelle à composer, directement inspirée par le jazz avec la place qui revient au royal saxophone, puis aux merveilleuses voix gardées à distance de l’académisme accolé au genre. La suite s’avère être du même acabit, inventive, jamais sirupeuse, toujours cohérente et en vérité très vite attachante. Une expérience d’écoute très gratifiante à inscrire dans la rubrique encore trop dégarnie : jazz et requiem. Musique dérivée du jazz de la Nouvelle-Orléans, du chant grégorien, des modes ecclésiastiques, du legs populaire provincial conférant en fin de compte un caractère sacré très singulier et en même temps remarquable.

1994-1995. Requiem de Ragnar Grippe

Partition écrite entre octobre 1994 et mars 1995. La succession des treize mouvements de ce Requiem électro-acoustique est la suivante : Requiem aeternam I ; Lux aeterna ; Santus ; Confutatis maledictis ; Dies I ; Dies irae I ; Requiem ; Dies II ; Libera me ; Dis irae II ; Agnus Dei ; Dimine Jesu ; Requiem aeternam II. Durée : 49’

“Pourquoi composer un Requiem ? » interroge justement Ragnar Grippe qui reconnaît avoir longtemps songé aux options à retenir pour se lancer dans l’aventure. Mais il semble que la disparition de plusieurs de ses amis ait enclenché la décision. Il décide de réutiliser une œuvre antérieure destinée au cinéma mais écartée, en lui adjoignant une voix soliste. Sa collaboration avec Madeleine Kristoffersson, soprano au timbre magnifique, aboutit à l’élaboration d’une partition originale, proche du cross-over certes, mais emplie de qualités immédiates la rendant très intéressante et mélodiquement riche. Notons qu’il ose préciser avoir composé là des « chansons ». Et, de fait, nous voici aux limites de l’easy-music et du New Age et des réminiscences, d’un très riche héritage du genre requiem. Un grand moment d’écoute décomplexée et immédiatement appréciable.

1995. Requiem de Jon Nordal

Ce Requiem a cappella pour soprano, baryton et chœur mixte a été écrit à la mémoire des parents de Jon Nordal ; il repose sur un court texte latin dont la première strophe est : « Seigneur, donne-leur la paix éternelle ». Durée : environ 16 minutes.

Nordal propose une pièce d’une grande beauté, d’une réelle profondeur, tantôt euphonique (et là son Requiem rappelle parfois celui de Leifs élaboré 48 ans
plus tôt), tantôt plus abrupte et dissonant, sans quitter son climat de douleur et d’espoir en la paix éternelle comme le répète le texte.

1998/2004. Sommerfugledalen. Et Requiem. For 12 solosangere de Svend Nielsen

Ce Requiem sous-titre de « La vallée des papillons » pour 12 chanteurs solistes, d’un genre particulier, repose sur un texte de l’écrivain danois Inger Christensen (1935-2009) qui commence un de ses poèmes par cette belle ligne : « Je m’appuie tendrement contre la nuit. ». Svend Nielsen l’a conçu pour douze voix solistes a cappella (mais aussi plus tard pour grand chœur et grand orchestre symphonique) tout en demeurant proche du texte de celle qui renforce l’impact de ses textes par un art de la répétition, par « un perpétuel mouvement entre la vie et la mort », par un sens délicat de la métaphore, par un intérêt certain au monde concret qui nous entoure. Occasion pour le compositeur danois de varier finement autour de ces poèmes. « C’est la mort qu’examine rapidement ses propres yeux ». Il se compose de quinze sections, d’une durée globale de 62 minutes environ et explore de multiples possibilités liées à la voix et à l’expression. Svend Nielsen passa plusieurs années sur cette partition qui fut créée en 2003 (première partie pour voix seules) et 2004 (seconde version pour orchestre).

1994-2000. Requiem de Szymon Kuran

Requiem pour voix d’enfant solo, violon solo, flûte, guitare, trois chœurs (garçons, femmes et hommes), orchestre à cordes et percussion. Dédié à la mémoire de Brynhildur Sigurbardóttir, décédée du cancer en 1994. Création islandaise : 29 avril 2001 à l’église du Christ de Reykjavik ; première polonaise : donnée après la mort du compositeur, le 12 avril 2006 en l’église de Tous les saints de Cracovie. Il repose sur le texte latin de la messe à l’exception d’une prière chantée en polonais (n° 11, Oratio). Structure du Requiem : Requiem, Kyrie, Dies irae, Oratio I, Rex tremandae, Confutatis, Lacrimosa, Offertorium, Sanctus-Benedictus, Agnus Dei, Oratio II et Lux aeterna-Communio. Durée : 36 minutes environ.

Magnifique œuvre tonale proche de l’esprit d’Arvo Pärt et de Gorecki, emplie d’humilité et d’humanité, rêveuse parfois, où l’émotion et la rage impuissante explosent par moment, en sections virulentes et rebelles marquant une incompréhension cependant vite submergée par l’exposition de sentiments simples et profonds. La beauté thématique et la rythmique modifiée par un cursus psychologique délicat amènent à la résignation. Un des requiem les plus remarquables et sincères de notre époque. On remarquera la profondeur de la voix de fille soliste de Oratio II et le solo éthéré de violon de la toute fin de l’œuvre.

2004. Requiem for the victims of Nazi persecution de Ståle Kleiberg

Ce Requiem pour les victimes des persécutions nazis, pour soprano, mezzo-soprano, baryton, chœur et orchestre, résulte d’une commande de 2001 de la cathédrale de Trondheim. Le créateur avait à l’esprit les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, le drame du 11 septembre à New York, la guerre en Afghanistan, le conflit en Yougoslavie…
Il se compose de dix parties basées sur des textes latins (Requiem aeternam, Dies irae, Kyrie, Agnus Dei, Psaumes 13, Libera me et In paradisium) hormis trois textes chantés en anglais positionnés en 3, 5 et 7 intitulés respectivement : Le triangle jaune : les Juifs ; Le triangle brun : les gitans ; Le triangle rose : les homosexuels. Durée : 50 minutes environ. Les textes additionnels non religieux chantés en anglais reviennent au poète et dramaturge écossais Edwin Morgan (1920-2010).
Le Requiem résulte d’une commande de la cathédrale de Nidaros ; il constitue la dernière partie de sa trilogie dite de guerre.
Cette vaste partition qui occupe une place majeure dans son catalogue est manifestement influencée et stimulée par le fameux War-Requiem de .

Le futur directeur de la musique de la cathédrale de Washington, Michael McCarthy présent lors de la création décida de faire jouer ce Requiem en Amérique. L’exécution se déroula le 11 septembre 2004 en la cathédrale de Washington en commémoration pour les victimes du 11 septembre. Elle fut radiodiffusée et enregistrée (on la retrouve sur le CD retenu ici) et déclencha de puissantes et positives réactions.
Kleiberg (et les textes chantés) explorent davantage la réalité, presque comme une chronique, plutôt que de s’orienter vers un sentimentalisme refusé. Il choisit de décliner la colère, l’incompréhension, la sauvagerie par un exposé vif, parfois explosif, véritable et rude condamnation des meurtres, de l’extermination, de la disparition soudaine et intraitable du respect de la vie. L’émotion retenue ne déserte jamais. Son langage se rapproche d’un expressionnisme de bon aloi, adopte des traits contemporains plus que véritablement modernes ou avant-gardistes.

3. Discographie des requiem présentés

Anders Brødsgaard

= Requiem pour piano. Enregistré à l’Académie de Musique , Odense, le 17 août 1998. Johannes Søe Hansen (piano). In Dreamfragments. ClassicO ClassicCD 321. Avec Dreamfragment, Joker, Trio avec piano, Traumfunken, Hymne I, Praeludium, Hymne II. Durée du Requiem : 7’42

Hans Eklund

= Requiem per soli ed orchestra. Marianne Mellnäs (soprano), Rolf Leanderson (baryton), Orchestre symphonique de Norrköping, Stockholms Motettkör, Storkyrkans Kör, dir. Gustaf Sjökvist. Enregistré à Hörsalen, Norrköping le 25 novembre 1983. Phono Suecia PSCD 18 09B07 (autrefois commercialisé sur LP). Durée : 52’17

Ragnar Grippe

= Madeleine Kristoffersson (soprano), Ragnar Grippe (synthétiseurs). Enregistré au Studio de Ragnar Grippe, 1996. BIS-CD-820. Durée : 49’02. Avec Shifting Spirits.

Asger Hamerich

= Requiem. Orchestre national de la Radio danoise & Choeur. Minna Nyhus (soprano), dir. Ole Schmidt. 2 CD Kontrapunkt 32074/75. Enregistrement de 1991. Durée : 47’07. Avec Quintette op. 6 ; Concert-Romance op. 27 ; Symphonie spirituelle op. 38.

= Requiem. Orchestre symphonique et Chœur national de la Radio danoise, dir. Thomas Dausgaard. Randi Stene (mezzo-soprano). 1 CD Dacapo 8.226033. Enregistrement salle de concert de la Radio danoise, les 6 et 7 septembre 2002. Durée : 43’33. Avec la Symphonie chorale n° 7, op. 40.

Vagn Holmboe

= Requiem for Nietzshe. Helge Rønning (ténor), (baryton), Chœur et Orchestre symphonique de la Radio danoise, dir. Michael Schønwandt. Enregistrement : salle de concert de la Radio danoise, 29-31 août 2001. Dacapo 8.224207. Durée : 51’44

Sigurd Islandsmoen

= Requiem. Hilde Haraldsen Sveen (soprano), Marianne Beate Kielland (alto), Ulf Øien (ténor), Trond Halstein Moe (basse). Det Norske Soliskor. Kristiansand Symfoniorkester, dir. Terje Boye Hansen. Enregistré en la cathédrale de Kristiansand en mars 2006. 2L 36. Durée : 51’05

Stale Kleiberg

= Requiem for the victims of Nazi persecution. Noémi Kiss (soprano), Catherine King (mezzo-soprano), Christian Hilz (baryton). The Choirs of Washington National Cathedral, Washington National Cathedral Chamber Orchestra, dir. Michael McCarthy. Enregistré au National Cathedral, Washington DC, 14-18 juin 2004 et Chaptel of New College, Oxford, 22-24 juin 2004. Simax Classics PSC 1257. Durée du Requiem : 50’20

Joonas Kokkonen

= Requiem. Satu Vihavainen (soprano), Jorma Hynninen (baryton), chœur de la Société académique (Akatteminen Laulu), Orchestre philharmonique d’Helsinki, dir. Ulf Söderblom. Enregistré à Helsinki, Kulttuuritalo Concert Hall, les 8-10 janvier 1985. Finlandia Records FAD 353. Durée : 36’10

= Requiem. Soile Isokoski (soprano), Walton Grönroos (baryton), Chœur du Festival d’opéra de Savonlinna, Orchestre symphonique de Lahti, dir. Ulf Söderblom. Enregistré en l’église de la croix (Ristinkirkko), Lahti (Finlande) en mai 1991. BIS-CD-508 (avec Symphonie n° 3 ; Opus sonorum). Durée du Requiem : 38’04

Joseph Martin Kraus

= Requiem. Noémi Kiss (soprano), Judit Németh (alto), István Kovács et Pál Benkó (basses). Orfeo Orchestra, Purcell Choir, dir. György Vashegyi. Enregistrement réalisé à l’Institut italien, Budapest, les 2-4 février 1998. Hungaroton Classic HCD 31782. Avec la Missa dedicata al patriarcha Santo Benedetto de Benedek Istvánffy (1733-1778). Durée du Requiem : 26’23

= Requiem. Annemei Blessing-Leyhausen (soprano), Paul Gerhard Adam, Carmen Schüller (altos), Julian Prégardien (ténor), Ekkehard Abele (basse), La Stagione Frankfurt, Deutscher Kammerkor, dir. Michael Schneider. Enregistré les 19 et 20 avril 2008, salle de musique de chambre de la Radio allemande. CPO 777 409-2. Avec le Miserere et Stella coeli. Durée du Requiem : 24’39

Szymon Kuran

= Maïa Frankowski (soprano), chœur de garçons Laugarnes, chœur de femmes de Reykjavik, chœur d’hommes de Reykjavik, Szymon Kuran (violon), Martial Nardeau (flûte), Hafdis Bjarndottir (guitare), Orchestre de chambre de Reykjavik, dir. Szymon Kuran. Enregistré à la Domkirke Krists Konnungs et à Bruxelles. Durée du Requiem : 36’19. OMI Klassik 001. Avec Post Mortem.

= il existe une version publiée par Acte Préalable APO 161 que nous n’avons pas entendue.

Jon Leifs

= The Hamrahlid Choir, dir. Thorgerdur Ingolfsdottir. Enregistrements 1981-1988. ITM 6.01. Avec des œuvres de Jón Nordal, Thorkell Sigurbjörnsson, Hjálmar H. Ragnarsson et Atli Heimir Sveinsson. In Icelandic Choral Music. Durée du Requiem : 5’52

On retrouve cette version sur le CD de l’enregistrement musical (paru en 1995) du film Tears of Stone. ITM 6-05.

= Kór Langholtskirkju, dir. Jón Stefánsson. Enregistrement réalisé en avril 1983. BIS-CD-329. In Anthology of Icelandic Music Choir (avec des musiques d’autres compositeurs islandais). Durée du Requiem : 5’18

= Motet Choir of the Hallgrim’s Church (Reykjavik), dir. Hödour Askelsson.
CD enregistré en septembre 1998 et février 1999. BIS-CD-1030. Durée du Requiem : 4’55

Nils Lindberg

= Lena Willemark (soprano), Margareta Jalkéus (soprano), Olle Persson (baryton), The Swedish Radio Choir, Nils Lindberg Big Band, dir. Gustaf Sjökvist. Enregistré en live à la Radio suédoise, le 8 avril 1993. Phono Suecia PSCD 78. Durée du Requiem : 45’30. Avec Ljus och mörker.

Oscar Lindberg

= Iwa Sörenson (soprano), Edith Thallaug (alto), Christer Solén (ténor), Erik Sædén (basse), Olle Johansson (orgue), Oratory Choir of Engelbrekt Church, Stockholm, Orchestra of the Stockholm University College of Music, dir. Hans Kyhle. Enregistré le 2 novembre 1980 en l’église Engelbrekt de Stockholm. Sterling CDS-1013-2 (anciennement en LP Uriel 2-3). Avec Quatre Pièces chorales a cappella et Florez et Blanzeflor. Durée du Requiem : 38’50

Svend Nielsen

= Somefugledalen. Et Requiem. For 12 solasangere. Ars Nova Copenhagen, dir. Tamas Vetö. Enregistré Mariendal Kirke, juin 2006. Dacapo 8.224706. Durée : 62’35

Jón Nordal

= Hallveig Rúnarsdóttir (soprano), Olafur Rúnarsson (baryton), The Motet Choir of Hallgrims Church, The Hjlómeyki Chamber Choir, dir. Bernhaður Wilkinson
Enregistré Safnadarheimili Vidalinskirku, Gardoabae, 30 novembre et 1er décembre 1996. ITM 7-09. In Musica Sacra (religions music for choir) + Addasöngur, Ottusöngvar ávori. Durée du Requiem : 16’04

Otto Olsson

= Mari Anne Häggander (soprano), Else Paaske (alto), Anders Andersson (ténor), Lage Wedin (baryton). Choeur philharmonique de Stockholm. Orchestre philharmonique de Stockholm, dir. Anders Öhrwall. Enregistré en mars 1984. Caprice CAP 296. Durée : 67’38

= Sylvia Lindenstrand (soprano), Inger Blom (alto), Björn Haugan (ténor), Olle Sköld (basse). Gustaf Vasa Oratorio Choir, Royal Opera Orchestra, dir. Anders Ohlson. Proprius PRCD 9086. Enregistré le 16 mai 1993 à l’église Gustaf Vasa de Stockholm. Durée : 57’22

Einojuhani Rautavaara

= Orchestre philharmonique d’Helsinki, dir. Jorma Panula. Finlandia 5509-99969-2/Finlandia FACD 009/ Finlandia FA 313. Enregistrement 1968. Durée : 9’27

= Musikhögskolans Stora Brassensemble, dir. John Eriksson. Enregistrement : 1984. Uriel LP 7.

= The Finnish Brass Ensemble, dir. Jukka-Pekka Saraste. Enregistrement : 1993. Marquis Classics ERAD 207 (ou Alba ABCD 102).

= Brass Partout, dir. Herman Bäumer. Enregistrement : 1990. BIS-CD-1054. In Play grounds for Angels. Durée : 10’11. Autres oeuvres : Sibelius, Grieg, Nystedt.

Poul Ruders

= Requiem for large church organ. Ulrik Spang-Hanssen (orgue). Enregistré Markus Kirke, Aarhus, 1994. Paula PACD 87. In Embedsmandsduoen (The Civil Service Duo). Avec des oeuvres de Bernhard Christensen, Bent Sørensen, Bent Lorentzen et Niels Marthisen. Durée du Requiem : 4’43

Sven-David Sandstrom

= Requiem. Marianne Mellnäs (soprano), Birgitta Svendén (alto), Esaias Tewolde-Berhan (ténor), Mikael Samuelson (baryton), Orchestre symphonique de la Radio suédoise, Chœur de la Radio suédoise, Chœur de chambre de Stockholm, dir. Leif Segerstam. Enregistré Berwald Hall, Stockholm, les 19 et 20 février 1982. 2 CD Caprice CAP 22027. Durée : 92’23

= Requiem pour les soldats tombés. Kerstin Lundin (alto), Ronald Rydell (baryton), Helmut Sitar (timbales), Peter Wallin (tambours), Håkan Hardenberger (trompette), Folke Bohlin (maître de chœur) , Société chorale des étudiants de Lund, Janåke Larson (orgue), dir. Neeme Järvi. Enregistrement réalisé à l’église Allhelgona, Suède, le 11 mai 1985. BIS-CD-297. Durée du Requiem : 33’25

= Requiem pour les soldats tombés. Urve Tauts (mezzo-soprano), Talevaldis Deksnis (orgue), Urmas Leiten (trompette), Rein Tiido (timbales), Rein Roos (tambour). Chœur d’hommes national estonien, dir. Eri Klas. Enregistré salle philharmonique de Tallin, mai 1990. Ondine ODE 783-2D. Avec The Parson of Reigi. Durée du Requiem : 33’43

4. Présentation des compositeurs retenus

Anders Brødsgaard. Né en 1955 il a commencé ses études de piano à l’Académie de musique d’Odense (avec la pianiste Rosalind Bevan) avant de fréquenter l’Académie royale de Copenhague (piano avec Elisabeth Klein et Anker Blyme). Parmi ses maîtres on citera encore et Orla Vinther. Il se rend aux cours d’été de Darmstadt en 1978 et 1982 (Herbert Henck) et participe aussi à des cours de maître en compagnie de Sven-David Sanström et Edison Denissov. Il enseigne un temps son instrument mais entreprend des études de composition avec Karl Aage Rasmussen à l’Académie d’Århus entre 1986 et 1992. Il enseigne la théorie musicale et le rythme au Conservatoire de Copenhague. Il joue surtout la musique du 20e siècle tandis que son esthétique se souvient de l’Europe Centrale (les 12 tons de Schoenberg, le sérialisme strict dans les années 1950, Stockhausen…) et diverses expérimentations, sans refuser une certaine tradition

Hans Eklund (Sandviken, 1et juillet 1927- 8 mars 1999). Il faut espérer qu’un jour prochain l’on redécouvre la puissante musique de Hans Eklund, compositeur et pédagogue suédois formé à l’Académie royale de musique de Stockholm (avec Lars-Erik Larsson). Son catalogue le montre bien ancré dans la tradition post-romantique et néo-classique comme le prouve sa formidable et puissante Symphonie n° 6 (Sinfonia senza speranza) de 1983 mais sans doute également les onze autres symphonies composées entre 1958 et 1998, à découvrir, ses concertos dont celui pour cor… Il opère sa percée avec sa Musique pour orchestre de 1960 où il est possible de repérer des influences venues de Brahms, Hindemith et Chostakovitch.

Ragnar Grippe (né en 1951). Ce compositeur né à Stockholm a d’abord effectué des études de violoncelle au Conservatoire royal de musique de Stockholm (il a pour maître Bengt Hambraeus) mais aussi d’histoire de l’architecture à l’Université d’Aix-en-Provence avant de regagner l’Université de Stockholm afin d’y étudier la musicologie. Ses pas le mènent ensuite au GRM (Groupe de Recherches Musicales) de Paris. Ses études achevées en 1974, il se perfectionne auprès du compositeur français Luc Ferrari et à l’Université McGill (Montréal) où il développe son intérêt pour les musiques électro-acoustiques et extra-européennes. Il est invité à composer pour des ballets à l’Opéra royal de Stockholm, au Théâtre de la ville de Paris, pour le bicentenaire de La Scala de Milan, pour le cinéma et la télévision. La majorité de sa production intéresse la musique électro-acoustique mais pas uniquement (musiques pour orgue, musique de chambre, Les Voyages d’Orphée et d’Ulysse pour solistes, chœur et orchestre, concerto pour piano…).

Asger Hamerik (Frederiksborg, 8 avril 1843-Frederiksborg, 13 juillet 1923). De son vrai nom Hammerich qui sera modifié après la guerre de 1864 afin de sonner moins germanique et davantage danois. En dépit de l’opposition de son père, un professeur de théologie, le Danois Hamerik s’engage dans la carrière musicale en étudiant avec et J.P.E. Hartmann à Copenhague et avec Hans von Bülow à Berlin. Ils resteront amis. C’est à Paris en 1864 (il quitte l’Allemagne suite à la guerre de 1864 opposant la Prusse et le Danemark) qu’il rencontre et se rapproche de Berlioz (avec une lettre de recommandation de von Bülow) qui semble fortement l’apprécier et le perfectionne en orchestration. Il accompagne ce dernier lors de son voyage à Vienne en 1866. Lors du Concours de l’Exposition Universelle de Paris il reçoit une médaille d’or pour son Hymne de la paix. Quelques temps après la mort de Berlioz, il part s’installer durablement en Amérique du Nord où il devient le directeur du Conservatoire Peabody à Baltimore. Il y restera plus d’un quart de siècle ne retournant au Danemark qu’en 1898 période à laquelle la notoriété du jeune croit chaque jour davantage. Outre le Requiem, Hamerik laisse une série de sept symphonies dont la dernière accepte un chœur et une mezzo-soprano, op. 40, datée de 1906. On compte encore 5 Suites nordiques (1872-1877), un opéra baptisé Den Rejsende (1871). Ce long séjour états-unien avait fait durablement oublier l’homme et sa musique et ce n’est que relativement récemment que son histoire et son œuvre ont retrouvé un début de notoriété. Une chose paraît néanmoins certaine c’est que sa réputation de son vivant et avant son exil volontaire dépassait celle de tous ces contemporains en dehors de (son aîné de vingt-six ans) sans doute. Rappelons qu’il fut membre de plusieurs jury (lors de l’Exposition de Paris en 1867 dont les présidents se nommaient Auber et Rossini ; du jury américain de Cincinnati ; du jury du concours de composition Rubinstein en 1890 en remplacement de Gade ; du jury international de Milan…).

Vagn Holmboe Compositeur danois (Horsen, Jutland, 20 décembre 1909 – 1er septembre 1996) fêté depuis assez longtemps par l’enregistrement discographique qui a largement diffusé une bonne proportion de son immense catalogue caractérisé par une aisance d’écriture exceptionnelle et une esthétique que l’on pourrait grossièrement situer dans la descendance du néo-classicisme institué par le dernier Carl Nielsen et répandu dans une large partie du monde musical. A ses débuts il a étudié dans les années 1927-1929 avec le théoricien de la renaissance Knud Jeppesen et le compositeur Finn Høffding au Conservatoire royal de musique de Copenhague. Il poursuit sa formation en Allemagne (il fréquente quelques temps Ernst Toch, compositeur autrichien) et en Transylvanie où il se rapproche de la musique populaire des Balkans et nourrit une passion pour l’œuvre de Bartók (et celle de Stravinsky). Il enseigne ensuite à l’Institut royal danois pour aveugles (1940-1949), devient critique musical pour Politiken (1947-1955) et enseigne au Conservatoire de Copenhague (1950-1965). Il est considéré comme l’un des plus intéressants successeurs de Nielsen et applique une technique appelée « métamorphose thématique ».

Sigurd Islandsmoen (27 août 1881-1er juillet 1964)
Il reçoit sa formation supérieure au Conservatoire de musique d’Oslo puis à celui de Leipzig où il a pour maître le grand Max Reger. Là, il entre en contact avec la musique germanique post-romantique qui laissera sa marque sur l’ensemble de sa production. Organiste à Moss, ville du sud d’Oslo, pendant de nombreuses années (1916-1961) il se mêle néanmoins activement à la vie musicale de la capitale. Il fonde les Sociétés chorale et orchestrale de Moss parvenant à proposer une cinquantaine d’oratorios. On peut citer Eliah de Mendelssohn, le Messie et Juda Maccabée de Haendel, Das Lied von des Glocke de Max Bruch, le Requiem de Cherubini, Les Saisons de Haydn.
Comme créateur il livre surtout de grandes œuvres chorales sacrées avec entre autres deux oratorios, le Requiem, une Missa solemnis, un opéra (Gudrun Laugar) mais encore deux symphonies, de la musique de chambre, des pièces pour piano et pour orgue. Sa musique porte les traces de son intérêt pour les airs populaires dont il collecta certains dans la région de Valdres.

Ståle Kleiberg. Né à Stavanger (Norvège) en 1958 Ståle Kleiberg suit ses études à l’Université d’Oslo (musicologie) puis à l’Académie de musique de Norvège (composition) et enfin en Angleterre. Il est actif en tant que compositeur depuis 1981 date de sa première commande. Professeur associé au département musique de l’Université de Trondheim en 1986 puis professeur à l’Université des sciences et technologies norvégiennes en 2008. Il reçoit régulièrement des commandes et sa musique est souvent jouée et appréciée pour ses traits expressionnistes emprunts de puissance et de virtuosité. Nombre de ses musiques ont une source littéraire. Il a notamment composé pour l’Orchestre symphonique de Trondheim auprès duquel il fut compositeur en résidence pendant la saison 2000-2001. Parmi ses musiques citons Dopo pour violoncelle et orchestre à cordes, la symphonie Klolleskjæret (The Bell Reef), Lamento : Cissi Klien in memoriam, Rosevinduet (The Rose Window) pour narrateur et orchestre de chambre… En tant que soliste il donne les premières islandaises des premiers concertos pour violon de Panufnik et Szymanowski.

Joonas Kokkonen (Iisalmi, 13 novembre 1921- 2 octobre 1996) s’est hissé au sommet de la création musicale dans sa Finlande natale avec un petit nombre de partitions caractérisées par un sens rigoureux de la forme, un sérieux et une hauteur de vue rares. Au cours de ses études à l’Académie Sibelius d’Helsinki il a pour professeurs des maîtres de l’importance de Selim Palmgren, Ranta et Hannikainen. A l’Université de cette ville, il travaille la musicologie avec le réputé Ilmari Krohn. Ses diplômes en poche (1948, 1949), il enseigne à son tour à l’Académie Sibelius à partir de 1950 et y devient professeur de composition entre 1959 et 1963 puis président du département de composition entre 1965 et 1970. Prix Sibelius en 1973. Influencé par Sibelius il s’éloigne ensuite de la tradition finlandaise et sculpte un style personnel (chromatisme individuel, contrepoint compliqué, dissonance abondante) ; après avoir flirté avec le dodécaphonisme, il s’inspire de l’art contrapuntique de Bach et Bartók. Il laisse un opéra renommé Les Dernières tentations (1975), 4 solides symphonies (1960, 1961, 1967, 1970), des œuvres pour orchestre…

Joseph Martin Kraus (Miltenberg-am-Main, 20 juin 1756- Stockholm, 15 décembre 1792). Depuis quelques années la vie et surtout l’œuvre de Joseph Martin Kraus, compositeur de naissance allemande mais tôt installé en Suède, ont gagné la renommée qui leur revient de droit. Après des études chez les jésuites à Mannheim, il fait son droit dans les Universités de Mayence (1773-1774), de Erfurt (1775-1776) et de Göttingen (1777-1778) et décide de tenter sa chance en Suède en 1778. Il s’ installe dans la capitale Stockholm. Il est élu deux ans plus tard au poste de chef-adjoint de l’orchestre de la cour grâce sans doute à l’intérêt qu’il porte à la musique de son pays d’accueil. Cette attention conduit le roi Gustav III à l’envoyer se perfectionner entre 1782 et 1787 en Allemagne, Autriche, Italie, France et Angleterre. Ces séjours lui permettent d’entrer en contact avec les grandes figures de Gluck et Haydn qui ne cachent pas l’intérêt qu’ils portent à sa musique. On a avancé qu’il avait peut-être rencontré Salieri et Mozart lui-même. Haydn ne manquera pas de souligner le talent de son jeune confrère. Il dirigera la Symphonie en ut mineur que lui a dédiée Kraus. Après son retour il est nommé Hovkapellmästare à Stockholm, poste qu’il conserve jusqu’au moment de sa mort quatre ans plus tard. La tuberculose en est la cause.
Le catalogue de Kraus, vaste et varié, comprend des opéras (dont Dido et Aeneas), des cantates, de la musique de chambre (9 quatuors à cordes, 4 sonates pour violon et piano), des symphonies (dont la Symphonie funèbre, écrite après l’assassinat de Gustav III)…
Notons que Kraus brillait également dans le domaine de la philosophie, de l’histoire, des langues anciennes, de la poésie germanique. Deux personnalités musicales exacerbèrent son intérêt pour la musique lorsqu’il fréquenta l’université d’Erfurt : Georg Peter Weimar, cantor et élève de Carl Pilipp Emanuel Bach et Johann Christian Kittel, organiste et un des derniers élèves de Jean-Sébastien Bach.

Szymon Kuran. Né le 16 décembre 1955 en Pologne et décédé le 7 août 2005 à Reykjavik à l’âge de 50 ans, le violoniste, musicien de jazz et compositeur d’origine polonaise s’est installé en Islande en 1984. Après de solides études musicales, il est premier violon de l’Orchestre philharmonique de la Baltique (1981-1983) puis devient second premier violon de l’Orchestre symphonique d’Islande à Reykjavik (1984-2000). Il fonde un quatuor de jazz et le Swing Quartet Kuran. Il devient l’un des musiciens les plus populaires de son pays d’adoption dont il prend la citoyenneté en 1991. Trois ans plus tard il est nommé artiste de l’année à Reykjavik (1994). Parmi ses compositions, on citera Sinfonia Concertante, D. Chostakovitch in memorian, 1977 ; Nocturne pour piano, 1978 ; Post mortem pour cordes, 1981 ; Elégies pour cordes, 1982 ; Dans la lumière de l’éternité, messe jazz, 1975 ; Um nottina (Une nuit) pour violon solo, chœur de femmes et cordes ; La création du Créateur pour chœur, cordes, percussion et électronique, 2002 : Veni Creator, pour solistes, chœur et orchestre…

Jón Leifs. Trop peu médiatisée, sans doute en raison d’une écriture assez spécifique et pas facilement abordable, l’œuvre de l’Islandais Jón Leifs (Sólheimar, 1er mai 1899-Reykjavik, 30 juillet 1968) contient d’authentiques joyaux à côté d’immenses et massives partitions reliées à la culture et à l’histoire de son Islande natale. Ses études primaires à Reykjavik achevées, il s’installe en Allemagne, au Conservatoire de Leipzig, puis travaille comme chef d’orchestre à l’issue de son cursus. Il emmène l’Orchestre philharmonique de Hambourg en Islande lors d’une mémorable tournée en 1926. Entre 1934 et 1937 il est nommé directeur musical de la Radio islandaise et président du Conseil des compositeurs nordiques (1951). Sa vie compliquée dans l’Allemagne nazie (il a épousé une pianiste juive) lui sera longtemps reprochée. Après 1939 sa musique ne fut que rarement jouée. Toujours est-il qu’il parvient à fuir avec sa femme Annie et leurs deux filles, Snót et Lif, en 1944 en passant par la Suède. Arrivé à Stockholm il divorça sans tarder. L’année suivante il regagna l’Islande tandis que le reste de la famille resta sur place.

Leifs est un post-romantique inspiré par la musique germanique et également par des mélodies et des rythmes islandais. Deux labels nordiques, ITM et BIS, ont largement enregistré une bonne partie de son catalogue.

Nils Lindberg. Compositeur suédois né en 1933, neveu d’Oskar Lindberg, dont la réputation repose sur des musiques sans lien marqué avec l’esprit d’un requiem traditionnel. Son œuvre reçoit l’influence de la musique folklorique de sa région natale, la Dalécarlie ; elle demande souvent un chœur, un jazz band, un orchestre. Elle a rencontré de forts succès à domicile mais aussi à l’étranger lors de tournées en Europe, au Brésil et aux Etats-Unis. Il a réalisé des arrangements et des compositions entre autres pour Alice Babs, Duke Ellington. De tout cela ressort une œuvre personnelle venant d’influences issues du jazz, des grands classiques et de la musique populaire. Il sera venu dans les années 1950 étudier à l’Académie royale de musique de Stockholm en espérant fermement devenir un compositeur de grandes formes, symphoniques notamment, mais les circonstances le poussèrent rapidement en direction du jazz lui qui était un brillant pianiste. Ses études se déroulèrent avec des maîtres comme Lars-Erik Larsson et Karl Birger Blomdahl.

Oscar Lindberg (Gagnef, 23 février 1887- Stockholm, 10 avril 1955). Compositeur et organiste suédois ayant étudié au Conservatoire de Stockholm avec deux maîtres importants : Andreas Hallén et Ernst Ellberg, avant de devenir organiste à Stockholm durant de longues années (1906-1955). Lindberg enseigne et est nommé professeur d’harmonie au Conservatoire de Stockholm en 1919. Oscar Lindberg a joui d’une belle réputation et d’une grande popularité de son vivant en Suède. Il laisse un opéra, Fredlös, des œuvres chorales, une symphonie (1909), des poèmes symphoniques, des ouvertures et des suites pour orchestre, le Requiem, des mélodies, un poème symphonique Florez et Blanzeflor (1913) d’après le poète Oscar Levertin… Sa musique est souvent colorée par le legs populaire de sa province de Dalécarlie, elle ne s’éloigne guère des canons du romantisme dominés par ses modèles révérés que furent et Serge Rachmaninov.

Svend Nielsen (1937). Formé au Danemark avec des maîtres de l’importance de Vagn Holmboe, Finn Høffding et , Sven Nielsen ne demeure pas indifférent aux voix de la modernité ambiante (Anton Webern) sans rejeter, au contraire, une sorte d’impressionnisme raffiné mais en rien nostalgique et un afflux d’influences diverses et variées passées au crible de sa démarche créatrice. Il a enseigné à l’Académie d’Aarhus. Parmi ses principales œuvres citons Nuages, pour orchestre ; Symphonie, pour orchestre ; Concerto pour violon ; Metamorphosis, pour 12 cordes solistes, Cantate de chambre, pour mezzo-soprano et ensemble de chambre ; Carillons pour Sinfonietta ; Nightfall pour orchestre de chambre…

Jon Nordal (Reykjavik, 6 mars 1926-). Compositeur, pianiste et pédagogue islandais formé au Collège de musique de Reykjavik et venu parfaire ses études à Zürich avec Willy Burkhard (1949-1951), puis à Paris, Rome et Darmstadt (1957). Il revient enseigner au collège de musique de Reykjavik et en deviendra le directeur de 1959 à 1992. Il appartient à Musica Nova, groupe moderne dont il est l’un des fondateurs et le premier directeur en 1959. Admis à l’Académie royale de Suède en 1968. A joué un rôle important au plan administratif et a reçu de nombreuses distinctions.
Il adopte d’abord un style proche du néoclassicisme, puis produit une musique coloriste marquée par l’impressionnisme français. Il explore diverses voies esthétiques tout en écrivant une musique personnelle. Il aura apporté un courant moderniste à la musique islandaise jusque-là surtout placée sous influence germanique. Il laisse surtout des œuvres pour orchestre et de la musique de chambre.

Otto Olsson. Né et mort à Stockholm les 19 décembre 1879 et 1er septembre 1964, ce compositeur suédois, élève du conservatoire de la capitale (1897-1901), reviendra y enseigner à son tour pendant de nombreuses années (1908-1945). Il joua de l’orgue à l’église Gustav Vasa de Stockholm de 1908 à 1956 et fut nommé membre de l’Académie royale de musique en 1915. Ses premières oeuvres se ressentent de l’influence du célèbre Emil Sjögren puis il gagne en individualité avec sa Symphonie (1902) et son Requiem, restés méconnus à l’époque de leur conception. Il compose beaucoup pour son instrument où l’on peut percevoir des marques de la musique française (Guilmant, Widor). Sa partition la plus connue de son vivant, jouée plus d’une centaine de fois, fut son Te Deum (1910). Avec le temps son écriture devint plus austère (Mélodies grégoriennes pour orgue ; Six Hymnes latins pour chœur). Sa Seconde Symphonie pour orgue (1918) a beaucoup fait pour sa réputation.
Otto Olsson jouissait de son vivant d’une belle réputation comme compositeur de musique pour orgue mais aussi comme compositeur de chorals. Créateur romantique confortablement installé dans cet académisme et dans le même temps compositeur de talent, massif, doué au plan de la mélodie et sculpteur d’une sonorité plutôt réservée et sévère il se tint proche des romantiques français (César Franck, Charles-Marie Widor, Louis Vierne).

Rautavaara aura marqué la musique finlandaise pendant plusieurs décennies à travers un catalogue très riche, très varié et d’une formidable qualité créatrice. Aujourd’hui encore, âgé de 84 ans, il continue de composer avec talent et passion, enrichissant son remarquable corpus qui aura abordé successivement de nombreuses esthétiques. Né à Helsinki le 9 octobre 1928, il reçoit l’enseignement de Aare Merikanto, celui de Copland et Sessions à la Juilliard School of Music de New York en 1955-56 et plus tard celui de Rudolf Petzold à Cologne et enfin de Wladimir Vogel à Ascona (1957). Bibliothécaire (Orchestre philharmonique d’Helsinki), conférencier puis professeur (Académie Sibelius) il se consacre ensuite à plein temps à la composition. Son œuvre est bien servie par l’enregistrement, ce qui permet de découvrir un créateur éclectique, au sens le plus noble du terme (grégorien, romantisme, néoclassicisme, dodécaphonisme, musique aléatoire, néo-subjectivisme…). Très tôt le vieux Sibelius avait rapidement noté le potentiel de ce jeune artiste et avait écrit en sa faveur des lettres de recommandations appuyées.

Poul Ruders. Né à Ringsted au Danemark un 27 mars 1949 Poul Ruders doit être considéré comme l’un des principaux compositeurs nationaux de sa génération ainsi qu’ en témoigne aisément la fréquentation des principales œuvres de son vaste catalogue. Sa renommée, hors les frontières du royaume, demeure fort modeste en dépit du fait que sa musique apparaisse non rarement dans certains programmes de concerts de par le monde. Son temps viendra sûrement un jour. Ses études au Conservatoire royal de musique de Copenhague intéressent surtout l’orgue (Finn Reiff) et la composition (Ib Nørholm). Il est ensuite organiste. Sa musique parfois qualifiée de néo-baroque a en fait exploré de nombreuses pistes dont il parvient le plus souvent à extraire un langage assez personnel et intéressant. L’enregistrement l’a plutôt bien servi.

Sven-David Sandstrom, né à Borensberg (Suède), le 30 octobre 1942, a étudié l’histoire de l’art et la musicologie à l’Université de Stockholm (1963-1967) avant de gagner la classe de composition de Lidholm (1968-1972) et de se perfectionner auprès de Nørgård et de Ligeti. Il enseigne ensuite au Collège de musique d’Etat de Stockholm à partir de 1981. En tant que compositeur il est marqué par le sérialisme, par les fractionnements du son, par la musique aléatoire. L’œuvre qui le fait connaître est Through and through pour orchestre de 1972. Parmi un imposant catalogue il a laissé de grandes œuvres chorales très modernes de ton comme le Requiem, la Grande Messe, Messiah, la Passion selon Saint Mathieu…

Eduard Tubin (Kallaste, près de Tartu, 18 juin 1905- Stockholm, 17 novembre 1982). Né en Estonie, formé au Conservatoire de Tartu (il a pour professeur A. Kapp) puis à Budapest avec Kodaly, avant de diriger l’Orchestre du Théâtre Vanemuine de Tartu entre 1931 et 1944. Eduard Tubin fuit le régime soviétique et s’envole pour la Suède (1944) où il vivra jusqu’à sa mort trente-huit ans plus tard. Il prendra la nationalité suédoise en 1961 et sera élu à l’Académie royale suédoise de musique en 1982. Il laisse 11 symphonies (la dernière restée inachevée), 2 opéras, de la musique de chambre et des œuvres vocales. Bien que relativement peu connu, même dans son pays d’adoption, Tubin compose une très belle musique, notamment lorsqu’il réutilise des thèmes populaires des pays baltes. Ses possibilités de mélodiste semblent inépuisables.

5. Le requiem nordique : une démarche œcuménique ?

Au cours de l’histoire de la musique en Occident de très nombreux requiem ont été composés par des Nordiques. Impossible bien sûr de les citer tous dans le cadre de cette simple présentation, mais il y a fort à parier que certains réserves aussi bien des surprises. Nos choix ont été principalement guidés par l’existence d’enregistrements commerciaux assez aisément disponibles sur le marché. (2)

Si certains compositeurs ne se sont pas sensiblement éloignés des canons traditionnels de la Messe des Morts tels qu’élaborés par la tradition catholique, plus nombreux sont ceux qui ont apporté leur touche personnelle. Ils ont traduit en musique la peine et la douleur qu’ils voulaient transmettre au monde sans se soucier outre mesure d’obéir strictement aux normes du genre. En ce sens on affirmera que la tristesse et l’impuissance face à la mort ne connaissent nulle restriction religieuse et qu’en l’espèce ils ont effectué une démarche et un travail œcuménique salutaires.

 

NOTES

(1). On ne fera que citer, car notre propos est légèrement décalé, les œuvres impérissables de (1580), Eustache de Caurroy (1590), Giovanni Pierluigi da Palestrina ((1591), Tomas Luis de Victoria (1605), Heinrich Ignaz Franz Biber (1687), Jean Gilles (1705), (1723), Antonio Lotti (1730), François-Joseph Gossec (1760), Johann Adolph Hasse (1763 et deux autres encore), (1787), Wolfgang Amedeus Mozart (1791), (1817), Gaetano Donizetti (1835), Hector Berlioz (1803-1869), (Requiem op. 148 de 1852 ; Requiem für Mignon op. 98b), (Ein deutsche Requiem/Un Requiem allemand, 1869), (1875), (1877-1899, en trois versions), Antonin Dvořák (1890), Charles Gounod (1893), (Requiem pour la Paix, 1944), (1947/1961), (War-Requiem, 1962), György Ligeti (1963-1965), Jean Daetwyler (Requiem pour les temps atomiques, 1974), Krzysztof Penderecki (Requiem polonais, 1980-1993), Volker David Kirchner (Requiem « Messa di Pace », 1988), , Mikis Theodorakis (1984), Andrew Llyod Webber (1984), (Requiem for my friend, 1977, rév.1997), Silvestrov (Requiem for Larissa, 1997-1999), Christian Favre (2008)…

On n’oubliera pas les partitions fort recommandables de Guillaume Dufay, Orlando de Lassus, Christobal de Morales, Marc-Antoine Charpentier, Johann Josepf Fux, Jean Gilles, Jean-Baptiste Lully, Heinrich Schütz, Jan Dismas Zelenka.
Et pour la période romantique Anton Bruckner, Carl Czerny, Theodor Gouvy, Franz Liszt, Max Reger, Camille Saint-Saëns, Franz Schubert, Franz von Suppé, Charles Villiers Stanford, Richard Wetz.
Et issues de la pensée du 20e siècle les réalisations de Vyacheslav Artyomov, Pascal Dusapin, Paul Hindemith, Dmitri Kabalevski, Frank Martin, John Rutter, Igor Stravinski, Tore Takemitsu, John Tavener, Erkki-Sven Tüür, Kurt Weill, Bernd Alois Zimmermann.

Bien que très longue cette énumération est loin de prétendre à l’exhaustivité mais elle contient des sommets de l’expression de la souffrance humaine face à la mort.

(2). Parmi ceux qui originaires des pays nordiques ont donné des Requiem nous indiquerons très brièvement les principaux.

C.E.F. Weyse (1928), Jacob Axel Josephson (vers 1870), Carl Alfred Berg (1898), Johan Andreas Hallén (1910), Kurt Attererg (1914), Edvin Kallstenius (1919), Knut Hakanson (1927), tous suédois.
Pour la période allant de 1950 à 1999. Torsten Stenius (1918-1964), Finlandias, Svenskt Requiem (1950) ; Bengt Hambraeus (1928-2000), Suédois, Cantata pro Defunctis (1951) ; Herman David Koppel (1908-1998), Danois, Requiem (1966) ; Pall Pampichler Palsson (1928-), Islandais, Requiem-Kyrie-Dies irae (1968) ; Bjørn Wilho Hallerg (1938-), Missa pro Defunctis (1969), Erkki Salmenhaara (1941-2002), Finlandais, Requiem profanum (1969) ; Erik Bergman (1911-2006), Finlandais, Requiem över en död diktare (Requiem pour un poète mort), 1970 ; Tauno Marttinen (1912-2008), Finlandais, Requiem (1973) ; Karl-Erik Welin (1934-1992), Suédois, Ett Svensk Requiem (1975) ; Knut Nystedt (1915- ), Norvégien, Dies Irae (1977) ; Erling D. Bjerno (1929-), Danois, Requiem for All Saints (1978) ; Ralf Gothoni (1946-), Finlandais, Requiem (1978) ; Terje Bjørn Lerstad (1956), Norvégien, Requiem (1978) ; Aulis Sallinen (1935-), Finlandais, Dies Irae (1978) ; Dror Feiler (1951-), Israëlo-suédois, Döds mössa över 70-talet (Requiem pour les années 70)(1980) ; Sven-Erik Tarp (1908-1994), Danois, Requiem (1980) ; Bernhard Lewkovitch (1927-), Danois, Requiem (1981) ; Niels Jørgen La Cour (1944-), Danois, Requiem Cantata (1982) ; Henning Wellejus (1919-2002), Danois, A Danish Requiem (1987) ; Jan Carlstedt (1926-2004), Suédois, Requiem-Lacrymosa (1989) ; Jouni Kaipainen (1956-), Finlandais, Lacrymosa (1989) ; Bent Sørensen (1958-), Danois, Fragments de Missa de Profunctis (1989) ; Oli Koskelin (1956), Finlandais, Lacrymosa (1990) ; Kjell Mørk Karlsen (1947-), Norvégien, Sinfonia da Requiem (1995) ; Arne Nordheim (1931-2010, Norvégien, Requiem of Reconciliation-Confutatis (1995) ; Jørund Fluge Samvelsen (1972-), Norvégien, Requiem (1996) ; Kyösti Haatanen (1947-), Finlandais, Requiem (1997) ; Jaako Mantijarvi (1963-), Finlandais, Canticum calamitatis maritimae (1997) ; Ib Nørholm (1931-), Danois, Måske et Requiem (Maybe a Requiem) (1997) ; JoukoLinjama (1934-), Finlandais, Suomalainen Sielunmessu (Requiem finlandais, op. 100a) (1996) ; Jovanka Trojevic, (1963-), Montenegro/Finlandaise, Gille’s Requiem (1999).

Au 21e siècle. Terje Bjorklund (1945, Norvégien), Requiem pour 2 solistes (SS), chœur (SATB), 2 trompettes, 2 trombones, percussions, orgue et orchestre à cordes, 2001 ; Rolf Nyhus (1938-2001, Norvégien), Requiem à la mémoire des 19 victimes d’un accident de train (04 janvier 2000) ; Jens Viggo Fjord (1960, Danois), Requiem flamenco, 2002, en latin et espagnol, pour groupe flamenco, soprano solo, chanteur flamenco, guitare, percussion et chœur ; Anders Hultqvist (1955, Suède), Tiden far i träden-ett requiem, 2003, pour chœur et orchestre à cordes ; Iver Kleive (1949, Norvégien), Requiem in memory Alexander, victims of 11-09 et tous les soldats tués, pour chœur mixte et orchestre, 2003 ; Sven Fredrik Johannes Sixteen (1962, Suédois), Requiem pour orchestre à cordes, 2 cors, timbales, chœur et 2 solistes (soprano et basse), 2007 ; Mattias Skold (1976, Suédois), Requiem, pour soprano, chœur, cordes et synthétiseur, 2007 ; Karin Rehnquist (1957, Suédoise), Requiem aeternam, pour 2 sopranos, chœur, percussion et orchestre, 2008 ; Heikki Sarmanto (1939, Finlandais), Requiem for the Fallen of the Winter War, 2009 ; Patrik Vidjeskog (1964, Finlandais), Requiem, pour soprano solo, chœur mixte, 13 cuivres, orgue et timbales, 2009.

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