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Iolanta et Casse-noisette, la formidable réussite de Tcherniakov

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Iolanta, opéra en un acte / Casse-Noisette, ballet en trois actes. Mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov. Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui, Édouard Lock, Arthur Pita. Costumes : Elena Zaitseva. Lumières : Gleb Filshtinsky. Vidéo : Andrey Zelenin. Avec : Sonya Yoncheva, Iolanta ; Arnold Rutkowski, Vaudémont ; Andrej Zhilikovsky, Robert ; Alexander Tsymbalyuk, le Roi René ; Vito Priante, Ibn-Hakia ; Elena Zaremba, Marta ; Roman Shulakov, Alméric ; Gennady Bezzubenkov ; Anna Patalong, Brigitta ; Paola Gardina, Laura. Marion Barbeau, Marie ; Stéphane Bullion, Vaudémont ; Nicolas Paul, Drosselmeyer ; Alice Renavand, la Mère ; Aurélien Houette, le Père ; Takeru Coste, Robert ; Caroline Bance, la Sœur. Corps de Ballet du Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris (chef des chœurs : Alessandro di Stefano), direction : Alain Altinoglu. Réalisation : Andy Sommer. 2 DVD BelAir Classiques. Enregistré à l’Opéra national de Paris (Palais Garnier) en mars 2016. Notice en anglais, français, allemand. Sous-titres : allemand, anglais, français, espagnol, coréen et japonais. Durée : 188 minutes (bonus : 52 minutes)

 

bac145-cover-iolantacassenoisetterectoBelAir classiques publie ce qui restera comme une des productions les plus marquantes de l’ère Lissner. Pour le diptyque testamentaire de Tchaïkovski, l’Opéra de Paris a mis ses talents entre les mains du metteur en scène .

Iolanta et Casse-noisette ont été composés et créés en même temps, et ce DVD restitue les représentations à Garnier du printemps 2016. Si Tchaïkovski a d’abord douté du second avant de finir par douter du premier, le doute n’est plus permis avec Tcherniakov, qui donne aux deux chefs-d’œuvre une unité que leur première, en 1892 à Saint-Pétersbourg, devait être loin de posséder. Iolanta raconte le parcours de l’ombre à la lumière d’une jeune fille rendue inconsciente de sa cécité par la volonté surprotectrice d’un père. Dans le scénario écrit par Tcherniakov pour Casse-noisette, plus proche du conte d’Hoffmann originel que de l’adaptation édulcorée de Dumas élue en son temps par Marius Petipa (et par le kitsch de tant de productions), Marie délaisse l’anniversaire concocté par une famille sur-aimante (on comprend après-coup que la représentation de Iolanta en était la pièce maîtresse) pour une quête sensuelle qui scellera sa prise de conscience d’un corps en devenir. Le bilan final sera des plus mitigés, Tcherniakov renvoyant là à un Tchaïkovski qui savait de quoi il parlait, lui que le tourment amoureux agita jusqu’à la dépression deux ans avant sa mort.

Tcherniakov joue des correspondances entre les deux femmes (dès le début, Marie s’immisce avec empathie dans l’action de Iolanta) jusqu’aux saluts où il continue de tenir la bride de sa conception en faisant entrer par couples chanteurs et danseurs. Jusque là, la réalisation scénique aura été magistrale. Ré-inventant constamment l’espace de jeu, elle est une des plus spectaculaires du grand metteur en scène russe, capable parfois de spectacles beaucoup plus radicaux (son Trouvère à Bruxelles). Le spectateur est à la fête. Une fête aux effets de salle obscure quand le cadre étroit de la bonbonnière blanche de Iolanta s’élargit comme dans Mommy de Xavier Dolan pour faire apparaître le grand salon de Casse-noisette. Quand une déflagration soufflante propulse Marie dans l’apocalypse d’un monde de gravats et de cendres à la recherche du jeune homme que sa famille trop aimante a rejeté. Quand la jeune fille atteint une forêt kaléidoscopique avec loup obligé et sol mouvant. Quand elle erre au sein du concentré d’enfance d’une ménagerie de jouets grandeur nature. Quand, de la nuit étoilée, comme dans Melancholia de Lars von Trier, un astre s’approche de la Terre jusqu’à l’implosion. Comment dire mieux la prime déferlante sensuelle du corps adolescent.

L’idée pouvait paraître saugrenue sur le papier, mais le choix de trois chorégraphes différents s’impose comme une autre évidence. À échoit la partie la plus traditionnelle, à même d’assurer la délicate transition entre les deux œuvres : sa très ludique chorégraphie de l’anniversaire (il y a beaucoup à voir) permet de cerner les relations entre les personnages. s’empare avec fougue des grands effets romantiques : on n’oubliera pas de sitôt les jaillissement et les affaissements de ses corps cassés, ni l’humour paisible de la célèbre Valse des fleurs confiée à des couples qui vieillissent à vue. Le style surprenant d’, cassant, répétitif et frénétique, dit parfaitement la naissance des pulsions.

L’entreprise, monumentale, est très bien rendue par la caméra d’Andy Sommer (notons que le DVD, rétablit l’unité d’un spectacle fracturé à Paris par un entracte juste après le grand duo Iolanta/Vaudémont). Bien que l’on eût rêvé, pour les merveilles orchestrales du ballet, d’un aussi analyste que le fut un Michael Tilson Thomas dans son remarquable enregistrement Sony, on n’aura que des satisfactions avec les chanteurs, que le metteur en scène guide par-delà l’émotion, sanglots compris : , , , Andrei Zhilikovsky, , tous d’une attention chaleureuse autour d’une opulente et lumineuse de bout en bout. On en dira autant du Corps de ballet dont se détachent la mère magnétique d’, le séduisant Vaudémont de autour de la merveilleuse Marie de . Autre choix heureux de Tcherniakov (les deux femmes font vraiment jeu égal), la jeune fille, qui quitte son enfance sous nos yeux, joue sa vie en même temps que la nôtre.

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Iolanta, opéra en un acte / Casse-Noisette, ballet en trois actes. Mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov. Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui, Édouard Lock, Arthur Pita. Costumes : Elena Zaitseva. Lumières : Gleb Filshtinsky. Vidéo : Andrey Zelenin. Avec : Sonya Yoncheva, Iolanta ; Arnold Rutkowski, Vaudémont ; Andrej Zhilikovsky, Robert ; Alexander Tsymbalyuk, le Roi René ; Vito Priante, Ibn-Hakia ; Elena Zaremba, Marta ; Roman Shulakov, Alméric ; Gennady Bezzubenkov ; Anna Patalong, Brigitta ; Paola Gardina, Laura. Marion Barbeau, Marie ; Stéphane Bullion, Vaudémont ; Nicolas Paul, Drosselmeyer ; Alice Renavand, la Mère ; Aurélien Houette, le Père ; Takeru Coste, Robert ; Caroline Bance, la Sœur. Corps de Ballet du Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris (chef des chœurs : Alessandro di Stefano), direction : Alain Altinoglu. Réalisation : Andy Sommer. 2 DVD BelAir Classiques. Enregistré à l’Opéra national de Paris (Palais Garnier) en mars 2016. Notice en anglais, français, allemand. Sous-titres : allemand, anglais, français, espagnol, coréen et japonais. Durée : 188 minutes (bonus : 52 minutes)

 
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  • HELENE ADAM

    Quelle bonne nouvelle que la sortie inespérée de ce DVD, ce spectacle est un très grand souvenir personnel (et familial !)

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