Lea Desandre et Thomas Dunford : amours, délices et théorbe à Aix

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Aix-en-Provence. Hôtel Maynier d’Oppède. 8-VII-2019. Œuvres de Michel Lambert (1610-1695), Robert de Visée (1650-1725), Gabriel Fauré (1845-1924), Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Sébastien Le Camus (env.1610-1677), Déodat de Séverac (1872-1921), Honoré d’Ambruis, Claude Debussy (1862-1918), André Messager (1853-1929), Reynaldo Hahn (1874-1947). Lea Desandre, mezzo-soprano ; Thomas Dunford, théorbe

LDEntente cordiale entre le mezzo gracieux de et le théorbe malicieux de , le temps suspendu d’une étouffante soirée d’été dans la cour de l’Hôtel Maynier d’Oppède.

Elle arrive presque en courant. Une longue jupe d’un soyeux vert émeraude surmontée d’un petit haut couleur paille. La grâce incarnée. Lui suit, naturel et mutin. Lorsqu’ils entonnent avec humour le tube de Lambert Ma bergère est fidèle (elle, appuyant le frustre de « troupeau », « houlette » et « chien », lui aux aboiements), c’est un vent de fraîcheur juvénile et joueuse qui s’installe dans la canicule estivale. À peine 50 ans à eux deux. Lui, déjà fondateur de l’Ensemble Jupiter. Elle, éclose dans le Jardin des Voix 2015, lauréate HSBC 2016 de l’Académie du festival d’Aix, révélation des Victoires de la musique 2017,  fait montre d’une aisance tranquille qu’on n’avait pas encore su discerner sous le vernis sage et diaphane.

ne se démonte pas au cours de l’interruption momentanée du son qui surgit, au mitant de la soirée, lorsque une corde vient à manquer. Pas à elle, comme la chanteuse le souligne avec humour au fil de cette très longue pause impromptue, mais au théorbe de son alter ego instrumental, les doublures de la corde manquante se révélant à leur tour des plus rétives (la chaleur, probablement). « Une première après une cinquantaine de concerts », assure la chanteuse abandonnée qui se met à faire la conversation, et même à satisfaire une demande venue de l’assistance : parler les textes qu’elle a prévu de chanter ensuite. Demande bien étrange car, jusque là, sa diction aura été d’une clarté n’appelant aucune réserve. Son beau mezzo passe ainsi avec bonheur de Charpentier (la merveille Sans frayeur dans ce bois) à l’infinie profondeur des Berceaux fauréens, au chic du A Chloris de , de Debussy (Mes longs cheveux en bande-annonce d’une bien prometteuse Mélisande) et la gouaille distanciée de Messager dont le J’ai deux amants vient faire contrepoint au plaintif des amours malheureux de rigueur, avant de revenir au lancinant Vos mépris de Lambert.

Le programme fait alterner 14 pièces vocales et 6 instrumentaux. Le théorbe de , d’un abord plus confidentiel que celui de l’autre théorbiste français du moment, Bruno Helstroffer (que nous avons eu la chance d’entendre un an plus tôt à l’épreuve du plein air) est, à l’image de celle qu’il accompagne, la délicatesse même. On n’adressera à Thomas Dunford qu’un seul grief, mais quel ! La déprogrammation sans crier gare des sublimes Barricades mystérieuses de Couperin, un des nombreux sommets annoncés prévu en plein cœur d’une programmation enchantée.

La réussite de ces pièces vocales (« les tubes pop de leur époque », ainsi que le rappelle Lea Desandre) repose pour une bonne part sur un art consommé de l’articulation. C’est donc en toute logique qu’après avoir traversé trois siècles de musique, les deux artistes referment la soirée sur une très contemporaine merveille de diction : le Dis, quand reviendras-tu de Barbara.

Crédits photographiques : © Thomas Dunford

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