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Rigoletto à Metz dans une mise en scène de Paul-Émile Fourny

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 1-X-2019. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en trois actes et quatre tableaux sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après Le roi s’amuse de Victor Hugo. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Décors : Poppi Ranchetti. Costumes : Giovanna Fiorentini. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Pierre-Yves Pruvot, Rigoletto ; Thomas Bettinger, Le Duc de Mantoue ; Oriana Favaro, Gilda ; Mischa Schelomianski, Sparafucile ; Sarah Laulan, Maddalena ; Tadeusz Szczeblewsky, Borsa ; Jean-Fernand Setti, Monterone ; Julien Belle, Marullo ; Benjamin Mayenobe, Le Comte Ceprano ; Sylvie Bichebois, Giovanna ; Déborah Salazar, la Comtesse Ceprano ; Hadhoum Tunc, un Page. Chœur d’Hommes de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Orchestre de l’Opéra de Reims, direction : Cyril Englebert

Beau début de saison à Metz, avec une production marquée par un bel équilibre scénique et vocal. Triomphe personnel pour , qui s’affirme dans un grand rôle verdien du répertoire.

Rigoletto 2 © Christian Brémont - Opéra-Théâtre de Metz Métropole (bis)
Comme souvent pour les mises en scène de , c’est le travail d’équipe qui ressort d’une proposition forte et percutante, laquelle bouscule la routine sans pour autant chercher à tout prix à révolutionner le chef d’œuvre de Verdi. La scénographie révèle ainsi, par un plateau tournant habilement agencé, quatre lieux emblématiques de l’opéra : une rue, le palais du duc, la maison de Rigoletto, celle de Sparafucile. Ce décor pourrait presque évoquer des vues de la ville de Mantoue, comme par exemple les fresques du palais du duc qui ne sont pas sans rapport avec celles du Palazzo Te. Les beaux costumes de Giovanna Fiorentini tirent l’action vers la Renaissance, même si le plateau est traversé de créatures à l’allure intemporelle, qui comme souvent dans les mises en scène de Fourny, semblent sorties tout droit de l’univers de Tim Burton. On n’oubliera pas de sitôt ces courtisans gantés de rouge qui, à la fin de l’acte 1, escaladent tels des araignées les murs de la maison de Rigoletto.

La direction d’acteurs, particulièrement soignée, chouchoute les comprimarii, dont l’individualité ressort comme rarement. Elle n’en néglige pas pour autant la caractérisation en profondeur et en subtilité des protagonistes. Gilda, notamment, apparaît comme une jeune femme volontaire et presque rebelle, qui assume pleinement sa part de responsabilité dans le drame de sa vie. Les allées et venues de l’acte 3 rendent justice, pour une fois, à l’incroyable théâtralité d’un opéra dont on mesure à nouveau l’étonnante modernité. Tout ce travail sur un ouvrage que l’on croyait connaître de fond en comble produit ici et là des images d’une rare beauté, comme par exemple la scène du deuxième acte au cours de laquelle les courtisans, armés de leurs épées, barrent la route à Rigoletto. On pense également aux superbes tableaux vivants de la fin du troisième acte, qui défilent derrière un Rigoletto exsangue étreignant le corps de sa fille au moment où cette dernière est en train de rendre l’âme. Les superbes éclairages de Patrick Méëus contribuent très largement à l’esthétisme revendiqué de toutes ces scènes.

Autant vocalement que dramatiquement, le plateau est dominé par la présence presque écrasante de . Sans être véritablement doté d’un véritable baryton-Verdi, le chanteur colore admirablement sa voix et, perfide et odieux dans les saillies du bouffon, il sait trouver les accents de la plus grande sincérité pour les parties intimes du drame. Le jeu, excessif et outrancier à la cour du duc, devient sobre et mesuré dès lors que le personnage se terre au sein de la sphère privée. Visiblement gêné par la tessiture élevée du duc de Mantoue, qui du coup prive les aigus attendus de leur éclat, trouve de jolies demi-teintes pour son air du deuxième acte, celui où le personnage se montre sous un jour un peu plus attachant. Oriana Favaro, quant à elle, est clairement en-deçà des attentes d’un rôle comme celui de Gilda. Dénuée de graves, limitée dans les aigus, la voix accuse quelques stridences, ce qui n’empêche pas la jeune chanteuse d’être parfaitement crédible sur le plan scénique. On en dira tout autant de , Maddalena très présente sur le plateau mais vocalement un peu faible. On ne se plaindra pas en revanche des rôles dits secondaires, dont certains d’ailleurs sont issus des chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métrople. Mention spéciale, donc, à , , , et tous particulièrement accomplis dans leur emploi. Et on aura gardé pour la bonne bouche les superbes basses de , impressionnant Sparafucile, ainsi que , qui parvient à donner à la malédiction de Monterone un relief inhabituel.

Le Chœur d’Hommes de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole, à l’effectif vraisemblablement renforcé, a donné toute la mesure de son engagement théâtral et musical. L’Orchestre de l’Opéra de Reims, sous la baguette attentive de , a su lui aussi souligner les beautés de la partition tout en veillant à l’équilibre dramatique des troupes en présence. Beau coup d’envoi d’une saison qui annonce deux autres opéras de Verdi, ainsi qu’une thématique consacrée aux violences faites aux femmes.

Crédit photographique : Pierre-Yves Pruvot © Christian Brémont – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 1-X-2019. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en trois actes et quatre tableaux sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après Le roi s’amuse de Victor Hugo. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Décors : Poppi Ranchetti. Costumes : Giovanna Fiorentini. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Pierre-Yves Pruvot, Rigoletto ; Thomas Bettinger, Le Duc de Mantoue ; Oriana Favaro, Gilda ; Mischa Schelomianski, Sparafucile ; Sarah Laulan, Maddalena ; Tadeusz Szczeblewsky, Borsa ; Jean-Fernand Setti, Monterone ; Julien Belle, Marullo ; Benjamin Mayenobe, Le Comte Ceprano ; Sylvie Bichebois, Giovanna ; Déborah Salazar, la Comtesse Ceprano ; Hadhoum Tunc, un Page. Chœur d’Hommes de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Orchestre de l’Opéra de Reims, direction : Cyril Englebert

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