À Genève, Marianne Crebassa enchante Les Nuits d’été
Avec ce concert inaugural de sa nouvelle saison, l’Orchestre de la Suisse Romande a fait le plein en affichant la mezzo-soprano Marianne Crebassa dans les sublimes Nuits d’été d’Hector Berlioz.

En ouverture de concert, la frêle Elim Chan impose son extrême finesse dans la direction précise et inspirée de cette Swaddling Silk and Gossamer Rain de la compositrice japonaise Noriko Koide. Une musique qu’on devine plus qu’on ne l’entend tant les pianissimo sont impalpables. C’est plus le geste de la jeune cheffe de Hong Kong qui focalise le regard vers les pupitres qu’elle indique qui, à leur tour font entendre le murmure de leurs instruments. Une musique dont les ambiances de bruissements de feuillages, d’écoulement de l’eau d’un ruisseau, superbement suggérés, n’est pas sans rappeler les œuvres si particulières du compositeur chinois Tan Dun. Un plaisir musical certain, peut-être peu adapté à une aussi grande salle comme le Victoria Hall pour qu’on puisse goûter pleinement des subtilités de cette belle musique.
En septembre 1963, dans cette même salle du Victoria Hall, Ernest Ansermet à la tête de l’OSR enregistrait Les Nuits d’été de Berlioz avec la soprano Régine Crespin. Disque de légende, version de référence de l’œuvre, nul doute que des spectateurs se sont pressés au concert pour espérer assister à un nouveau miracle musical. Ils n’ont pas été déçus. La prestation de Marianne Crebassa est admirable et la direction d’orchestre de Elim Chan tout aussi inspirée et d’une rare musicalité. Dans Villanelle, la discrétion appuyée avec laquelle la cheffe implique le staccato des bois confère une légèreté à la mélodie sur laquelle la mezzo-soprano vogue avec joie et sourire. Le Spectre de la rose capte l’inspiration de Marianne Crebassa dans un déploiement vocal d’une très grande beauté. On apprécie la grandeur avec laquelle elle s’empare de la dernière strophe, laissant au temps l’espace des respirations de son «ci-gît une rose que tous les rois vont jalouser». Peut-être moins inspirée par le lamento Sur les lagunes, elle privilégie la beauté de sa voix, sa ligne de chant au détriment d’une diction jusqu’ici impeccable. Avec Absence, la communion entre la mezzo et l’orchestre, peut-être un peu perdue dans le poème précédent, retrouve ici toute son intensité ; son ultime reprise du refrain «Reviens, reviens, ma bien-aimée !» la voit, tragédienne, ralentir les mots jusqu’au bout de son souffle, vivant en elle-même le déchirement de cette absence. Avec une voix chaude et une ligne de chant toujours sans faille, elle aborde Au cimetière dans un esprit un peu moins impliqué, le regard rivé sur son lutrin. Avec L’Ile inconnue, Marianne Crebassa termine ce cycle de Berlioz en beauté, avec un Orchestre de la Suisse Romande en belle forme qui, sous la direction extrêmement fine et musicale de Elim Chan, démontre d’étonnantes qualités d’interprétation chambriste.
Après l’entracte, Béla Bartók est à l’honneur avec son Concerto pour orchestre. Si la direction d’orchestre de Elim Chan nous avait convaincus dans toute la première partie de la soirée, elle ne nous enchante pas autant dans cette œuvre. Certes, la précision avec laquelle la cheffe tient son orchestre reste remarquable, toutefois son extrême rigueur musicale nuit quelque peu à l’émotion artistique. S’ensuit une interprétation sans surprise, parfois même analytique, manquant d’éclat, en tous cas d’un intérêt moindre que ce qu’elle nous a réservé jusqu’ici.












