Le Boston Ballet entre humour et méditation
Retour du Boston Ballet au Théâtre des Champs-Elysées avec un double programme composé de Cacti d’Alexander Ekman et de Vertical Road d’Akram Khan.
Alexander Ekman, dont on connait bien en France l’inoxydable Play, créé en 2017 pour le Ballet de l’Opéra de Paris et qui a chorégraphié il y a deux ans la cérémonie d’ouverture des jeux paralympiques de Paris, a depuis longtemps le goût du jeu. La preuve avec Cacti, pièce que le chorégraphe suédois a créé en 2010 pour le NDT 2 et qui est entrée en 2014 au répertoire du Boston Ballet. Pour Cacti, Alexander Ekman revisite l’unisson en l’éclatant en autant de danseurs juchés sur des socles blanc, piédestal de sculptures tels que l’on peut les croiser dans les musées d’art moderne. Quatorze danseurs affublés d’un bonnet de bain noir plongent carrément dans le grand bassin de l’art, thème principal du spectacle.
Si l’introduction, sur une improvisation d’après Schubert du Anduin Quartet, laisse perplexe, la partie centrale – plus chorégraphique – tient la distance, à condition de s’arrêter là. Le duo qui suit, dans lequel les danseurs font preuve d’un épatant volontarisme, ne donne pas vraiment crédit à la pièce et ses interprètes et n’en éclaire pas non plus les enjeux liés à la façon de voir ou de comprendre l’art contemporain.
En revanche Tom Visser, le talentueux éclairagiste de Crystal Pite, entre autres, s’en est donné à cœur joie dans les douches et les découpes lumineuses, sculptant avec délice sa vision de la monstration de l’art. Il manque cependant peut-être à cette pièce un commissaire d’exposition, car qui eut crû qu’un défilé de cactus pourrait faire œuvre ?
Changement d’atmosphère avec Akram Khan, chorégraphe britannique qui a « réimaginé » sa célèbre pièce Vertical Road pour les danseurs du Boston Ballet en 2023. Une pièce puissante qui conjugue des thèmes comme le divin et l’au-delà avec maestria. Trois solistes, une femme et deux hommes, occupent le devant de la scène, dont on comprend que l’un fait l’objet d’une volonté d’exclusion, de bannissement qui devient déchirante au fil du spectacle. Le corps de ballet, qui danse principalement à l’unisson, en fond de scène, est éclairé par un unique projecteur, ce qui donne à la scène une dimension sépulcrale et méditative.
La chorégraphie très inspirée conjugue élévation et spiritualité, dans des spirales qui prennent leur racine dans le sol, fondées sur la technique de danse indienne kathak. Les chignons perchés des danseuses et les longs drapés de leurs robes leur donne une allure de tanagra ou de vestale, renforcée par le travail remarquable d’ombres chinoises à la fin du spectacle. Un souffle de vie qui nous tient du début à l’issue fatale de la pièce, magistralement interprétée par les danseurs du Boston Ballet.











