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Happy birthday Mister Bruckner

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Mort il y a cent trente ans, Anton Bruckner laisse derrière lui un corpus d’œuvres dominé par ses onze symphonies dont chefs et musicologues continuent d’explorer les infinies richesses, y compris par le biais de leurs nombreuses variantes.

Le 11 octobre 1896, Anton Bruckner rendait l’âme dans l’appartement situé dans les communs du Haut Belvédère de Vienne que l’Empereur François Joseph avait mis à sa disposition. Il laissait derrière lui un corpus de cent vingt quatre œuvres d’après le catalogue dressé par ses élèves Auer et Göllerich. Mais de cette production apparemment abondante, ne se détachent que quelques très grandes œuvres, à côté desquelles de nombreuses piécettes notamment pour piano ou pour chœur ne retiennent plus guère l’intérêt.

Onze symphonies qui ont marqué le cours de l’histoire de la musique, et dont la dernière demeure inachevée ; il travailla au final jusqu’à son dernier souffle et la coda de ce mouvement, qui aurait dû former l’apothéose de son œuvre symphonique ne nous est pas parvenue, même si des sources concordantes laissent penser qu’il l’avait élaborée et jouée au piano. Plusieurs messes dont les trois qu’il numérota figurent parmi les plus belles pages de musique sacrée du XIXe siècle, un Te Deum inspiré ainsi que deux chœurs avec orchestre composés à la toute fin de sa vie (le Psaume 150 et Helgoland), un quatuor et un quintette à cordes et de nombreux motets a capella ou avec quelques instruments se détachent de cette production.

Quasiment pas d’œuvres pour orgue alors que Bruckner fut l’un des plus grands organistes de son siècle ; mais il préférait improviser, utilisant son instrument comme un instrument de laboratoire pour élaborer ses futures symphonies. Aucune partition lyrique non plus de ce grand admirateur de Wagner, ce qui lui valut la haine féroce de Brahms et de son suppôt, le triste Edouard Hanslick.

Et cependant, en une vingtaine de partitions majeures, Bruckner prend place parmi les plus grands compositeurs du XIX° siècle. Elargissant la symphonie à des dimensions jusque là inconnues, poursuivant et approfondissant le chemin tracé dans les années 1820 par Beethoven et Schubert, intégrant la science orchestrale de Wagner et de Liszt, il écrit des œuvres dont la profondeur et la richesse vont se révéler au fur et à mesure après sa mort. Ecrite par un fervent catholique, son œuvre rejette la subjectivité romantique pour n’être qu’un immense acte de foi. Ce n’est pas un hasard si les deux plus grands symphonistes du début du XX° siècle, Gustav Mahler et Jean Sibelius, ont été les élèves de ce grand professeur tellement aimé de ses étudiants.

Il aura fallu du temps pour que la musique de Bruckner soit reconnue à sa juste valeur. D’abord parce que certains de ses élèves, animés d’intentions plus ou moins pures, ont tenté d’imposer leurs propres révisions dans lesquelles coupures et réorchestrations altéraient fortement les œuvres elles-mêmes, ensuite parce que les audaces notamment harmoniques des dernières symphonies ont, en plus des dimensions imposantes de ces oeuvres, pu effrayer certains auditeurs. Aujourd’hui les symphonies de Bruckner ont largement acquis droit de cité dans les programmes et ne sont plus l’apanage des chefs germaniques. Une nouvelle génération d’interprètes se passionne pour l’exploration des différentes versions successives de chaque symphonie (une particularité notable du mode de composition brucknérien en effet est sa remise sur le métier des partitions achevées, ce qui amène à disposer parfois de quatre versions authentiques mais différentes d’un même mouvement, voire d’une même symphonie) tandis que les musicologues continuent de travailler sur le final de la Neuvième symphonie, cet opus magnum inachevé que Bruckner voulait ériger « ad majorem Dei gloriam ». Cent trente ans après la mort du compositeur, la musique de Bruckner parle plus que jamais aux cœurs des mélomanes.

Crédits photographiques : Portrait d’Anton Bruckner par Josef Büche (1848-1917) © Image libre de droit

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