L’ensemble La Chimera magnifie le premier baroque italien à Montpellier
La treizième édition du festival Musiques Anciennes en Pic-Saint-Loup, Gorges de l’Hérault et Pays de Montpellier invite à une itinérance musicale à travers les lieux de patrimoine de la campagne montpelliéraine. En ouverture, carte blanche est donnée au luthiste argentin Eduardo Egüez pour trois concerts intimistes, dont le premier nous permet de découvrir la talentueuse soprano Jiayu Jin.
C’est à l’Italie du début du XVIIe siècle que l’on doit la naissance de la musique baroque, qui place la parole au premier plan pour traduire les émotions (prima le parole). Selon Monteverdi, le maître de cette révolution, la musique est au service du texte pour traduire la force des sentiments. Dans son sillage, les compositeurs italiens écrivent des madrigaux que l’on pourrait considérer comme une musique expérimentale de l’époque, où les affects sont soulignés par des chromatismes poignants et des dissonances inédites. C’est de ce répertoire jouant sur les contrastes que s’empare l’ensemble La Chimera, dans un programme qui fait la part belle aux tourments amoureux, comme l’explique Eduardo Egüez dans une présentation très judicieuse.
Lauréate de plusieurs concours internationaux (Cremone, Naples, Innsbruck), la jeune soprano chinoise Jiayu Jin collabore pour la première fois avec La Chimera pour ce programme d’Amor io canto. Dès les premières notes d’un madrigal de Benedetto Ferrari, nous sommes saisis par la pureté de sa voix : sa belle expressivité et sa très grande souplesse vocale confèrent aux diminutions une incroyable liberté. Elle épouse naturellement le mouvement du discours; le texte est parfaitement lisible et les affects sont ciselés par la ligne vocale. Dans l’air Perfido che chiamare de Domenico Mazzocchi, l’interprétation se fait véhémente pour exprimer la trahison et la douleur, dans un discours tout en contrastes où alternent l’espoir et la désillusion. En fin de programme, l’Ericlito amoroso de Barbara Strozzi est une véritable cantate en miniature où la plainte amoureuse fait entendre sanglots et soupirs, jusqu’à une note finale impressionnante dans le grave de la tessiture.
Dans ce concert riche en émotions, les instrumentistes ne sont pas en reste et méritent d’être nommés : Carlotta Pupulin-Egüez à la harpe, Carolina Egüez à la basse de viole et Eduardo Egüez au théorbe et à la guitare, qui dirige l’ensemble La Chimera (depuis la formation familiale de base jusqu’à un effectif plus étoffé selon les répertoires). Ses diminutions sur le thème du Passamezzo, jouées en trio, offrent un moment de détente dans ce programme de tourments amoureux, chaque instrumentiste se passant le relais dans une joute thématique parfaitement rôdée. Même chose dans la Susanna passegiata de B. de Selva y Salaverde, où les diminutions virtuoses réalisées à la viole par Carolina Egüez sont particulièrement remarquées. Le public enthousiaste est gratifié d’un bis qui conclut le programme avec un célèbre air de Monteverdi, Quel sguardo sdegnosetto, où la soprano offre une véritable explosion d’expressivité. Une magnifique découverte !










