Hawijch Elders, nouvelle diva du violon
La violoniste néerlandaise Hawijch Elders sort son premier album. Une « carte de visite » impressionnante qui révèle une future grande de demain.
Hawijch Elders, élève d’Ilya Grubert et d’Augustin Dumay à la Chapelle Reine Elisabeth, a été récompensée en 2025 du Premio Internationale Antonio Mormone de Milan. A 28 ans, la jeune soliste publie son premier album chez Decca Italy, « Visions for Violin« . On y découvre une musicalité, une justesse de ton, une palette de couleurs, et une assurance remarquable.
Pour ce premier album en forme de « carte de visite », Hawijch Elders a choisi un véritable programme de concours. Débuter par la monumentale Chaconne de la Partita n°2 de Jean-Sébastien Bach peut paraître un exercice obligé guère original. D’autant plus que la concurrence est rude pour cette page, que l’on aborde généralement quand on a atteint une certaine maturité. Mais Hawijch Elders déjoue tous les préjugés et retient l’attention d’entrée de jeu. L’énoncé du thème, qui sert de socle à la cathédrale sonore élevée par Bach, est un modèle de musicalité. Largeur du trait, puissance du son, justesse absolue, subtilité des diminuendo, lisibilité totale, le jeu d’Hawijch Elders est impressionnant de maturité. Le célèbre passage en arpège coule comme en un rêve, les aigus du Gennaro Gagliano de 1755 sur lequel joue la jeune violoniste sont d’une pureté absolue, la clarté polyphonique est totale, la construction de ce mouvement génial en forme de variations est irréprochablement mené, jusqu’à un final d’une grande sobriété.
Poursuivre par le 24e Caprice de Nicolo Paganini ne nous apparaît pas d’une grande originalité. D’autant plus qu’Hawijch Elders nous convainc moins dans cette pyrotechnie un peu trop soulignée.
Notre attention remonte avec la Sonate n°5 en sol majeur op.27 d’Eugène Ysaÿe. Le fantôme du grand violoniste belge a semble-t-il hanté la jeune artiste néerlandaise lorsqu’elle était en résidence à la Chapelle Reine Elisabeth dans la classe d’Augustin Dumay. Une fois de plus son jeu est époustouflant de lisibilité et de musicalité dans cette sonate en deux mouvements. Particulièrement dans le prodigieux premier mouvement « L’Aurore« , tour de force contrapuntique où deux violons semblent jouer en même temps cette lumineuse vision du lever du jour. Hawijch Elders n’abuse jamais du vibrato, restant toujours d’une clarté et d’une précision absolue.
La maîtrise est également au rendez-vous des deux pièces de virtuosité qui suivent, un peu plus anecdotiques de Fritz Kreisler (1875-1962) et Heinrich Wilhelm Ernst (1814-1865).
Hawijch Elders conclut son album avec le premier enregistrement mondial de la Sonatina V de Fabio Vacchi (né en 1949), pièce commandée pour le Premio Internationale Antonio Mormone qu’elle a remportée en 2025. La violoniste voit dans cette pièce tout un bestiaire imaginaire. Poissons, insectes, oiseaux sont en effet perceptibles dans cette œuvre prenante, pleine de couleurs, de mouvements, qu’Hawijch Elders maîtrise avec l’assurance de sa jeunesse.
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