La Scène, Opéra, Opéras

« Paris, Paris, splendeur de mes désirs »

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Paris, Opéra-Bastille. 20-VI-2008. Gustave Charpentier (1860-1956) : Louise, opéra en quatre actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : André Engel ; décors : Nicky Rieti ; costumes : Chantal de La Coste Messelière ; lumières : André Diot. Avec : Mireille Delunsch, Louise ; Gregory Kunde, Julien ; Jane Henschel, La mère ; Alain Vernhes, Le père ; Luca Lombardo, Le noctambule, le pape des fous, le marchand d’habits ; Marie-Paule Dotti, Irma ; René Schirrer, Un chiffonier. Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants et chœurs de l’Opéra national de Paris, direction : Alessandro di Stefano ; Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Patrick Davin.

Louise

Aujourd’hui disparue de notre paysage culturel, Louise fut un des piliers du répertoire d’opéra-comique dans la première moitié du XXe siècle où elle atteignit le millier de représentations. L’ouvrage, par-delà certains aspects datés, est particulièrement intéressant en ce qu’il illustre le naturalisme en musique. « C’est Zola en musique », résumait Paul Morand. L’argument était particulièrement audacieux pour l’époque (la jeune Louise et le poète Julien s’aiment sans la légitimation sociale du mariage) et l’écriture de Charpentier révélait l’un des premiers épigones de Wagner, avec l’abandon du découpage traditionnel en airs, duos, récitatifs, etc. (à l’exception de l’air de Louise, « Depuis le jour… ») ainsi que par l’utilisation des leitmotive.

Au sortir des représentations d’Iphigénie en Tauride au Palais Garnier, reprend le rôle de Louise, après la défection de , dans la production d’ qu’elle a créée la saison passée. Une brillante incarnation scénique vient chez cette artiste au secours d’une technique fruste. La soprano n’en compose pas moins un beau personnage, auquel le public croit et s’attache. Julien est incarné par qui n’a plus vraiment l’âge ni le physique de l’emploi. Après un premier acte poussif, il prend toutefois ses marques. Malgré leurs faiblesses, les deux chanteurs parviennent à captiver, en particulier dans l’acte III sur les toits de Paris, où ils invoquent la grande ville, « cité de force et de lumière ». Car comme dans Notre-Dame de Paris, la ville est ici un véritable personnage, protagoniste de l’action qui enlève les filles aux familles. L’histoire de Louise n’est pas un précédent, comme le rappelle le touchant personnage récurrent du chiffonnier qui a ainsi perdu ses trois filles. La ville attire irrésistiblement Louise au IV : lorsqu’elle ouvre la fenêtre, elle entend ses rythmes de valses qui l’appellent. , malgré une diction française peu orthodoxe et un trop large vibrato, réussit la composition de son personnage. n’appelle quant à lui que les éloges, chanteur et acteur irréprochable qui compose un père assez égoïste pour que l’on approuve Louise et assez torturé pour rester touchant. fait à ce père un parfait contrepoint, tout aussi bien chantant qu’un poétique et inspiré, vocalement surdimensionné pour ses petits rôles. Le ténor chantera le rôle de Julien lors de la dernière représentation.

sculpte avec délicatesse la masse orchestrale, fait ressortit rythmes de valses et motifs, mais se souvient plus volontiers de l’influence de Wagner que de celle de Massenet, au risque de parfois couvrir les voix des solistes. Celles des choristes, qui incarnent les « voix de Paris », sont même carrément inaudibles, surtout lorsqu’elles sont chantées à rideau fermé. Ces nombreux petits rôles sont tenus majoritairement par des choristes de l’Opéra de Paris, dont les dictions sont quelquefois trop exotiques.

transpose l’action de quelques décennies. Il orchestre avec art les scènes de groupe et avec psychologie les affrontements entre personnages. Cet homme de métier a su s’entourer d’une excellente équipe, à commencer par le décorateur . Car outre l’intérêt musicologique, les décors sont aussi l’une des meilleures raisons d’aller voir ce spectacle ! D’esthétique Hyperréaliste, réalisé avec brio, ils décrivent un Paris assez pittoresque pour illustrer l’argument et assez original pour évoquer la « féérie » – le mot revient souvent dans la bouche de Louise – de la grande ville. Il n’est que d’évoquer la station de métro entièrement reconstituée, station « Montmartre » qui n’existe pas mais qui se justifie à merveille pour abriter le petit monde des « Bohèmes ». Cette belle production à ne pas manquer rend donc justice au dessein de Charpentier qui parlait d’un « mélange du réalisme et de la féérie » et rend hommage à ce personnage principal qu’est Paris, ville fascinante ou destructrice selon les personnages, « splendeur de mes désirs », pour la jeune Louise.

Crédit photographique : (Louise), (la mère), (le père) © C. Leiber / Opéra National de Paris

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Paris, Opéra-Bastille. 20-VI-2008. Gustave Charpentier (1860-1956) : Louise, opéra en quatre actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : André Engel ; décors : Nicky Rieti ; costumes : Chantal de La Coste Messelière ; lumières : André Diot. Avec : Mireille Delunsch, Louise ; Gregory Kunde, Julien ; Jane Henschel, La mère ; Alain Vernhes, Le père ; Luca Lombardo, Le noctambule, le pape des fous, le marchand d’habits ; Marie-Paule Dotti, Irma ; René Schirrer, Un chiffonier. Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants et chœurs de l’Opéra national de Paris, direction : Alessandro di Stefano ; Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Patrick Davin.

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