La Belle Hélène à Strasbourg, les Dieux d’Hollywood

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 19-XII-2010. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Belle Hélène, opéra-bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Mariame Clément. Décors et costumes : Julia Hansen. Lumières : Hervé Audibert. Vidéo : fettFilm (Momme Hinrichs et Torge Møller). Assistant à la mise en scène : Benoît Bénichou. Avec : Stéphanie d’Oustrac, Hélène ; Sébastien Droy, Pâris ; Steven Cole, Ménélas ; René Schirrer, Agamemnon ; Franck Leguérinel, Calchas ; Caroline Fèvre, Oreste ; Olivier Dumait, Achille ; Richard Bousquet, Ajax I ; Olivier Déjean, Ajax II ; Anaïs Mahikian, Bacchis ; Ninon Dann, Léœna ; Clarissa Worsdale, Partœnis. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Claude Schnitzler

Le metteur en scène Calchas enrage. Pour le nouveau péplum qu’il réalise, les moyens que lui octroie le producteur Ménélas sont vraiment trop limités. Pourtant Ménélas est l’époux de la star Hélène, la vedette du film, et l’ami du politicien Agamemnon ! D’ailleurs, ce dernier souhaite renouveler le genre trop sclérosé et découvrir un nouveau talent pour le rôle du jeune premier. Ce sera le figurant Pâris…

Dans cette Belle Hélène, créée à l’Opéra du Rhin en décembre 2006, nous emmène aux temps légendaires du cinéma américain des années trente et cette transposition est une franche et réjouissante réussite. Le troc des mythes de la Grèce antique pour ceux d’Hollywood fonctionne impeccablement, tout en nous les rendant plus accessibles. Les somptueux costumes et le décor tournoyant de , tout en noir et blanc, sont d’une rare élégance, élégance qui caractérise aussi la mise en scène, où n’accumule pas les gags mais développe avec finesse et humour son postulat. Enrichi par des vidéos très bien réalisées, le résultat est hilarant et sans aucun temps mort. Entre autres morceaux de bravoure, la remise de la pomme sous forme d’un baiser de Pâris/ à «la Divine» Greta Garbo (superbe travail vidéo de fettFilm) ou le logo des Productions Ménélas, où un Yorkshire tente pitoyablement d’imiter le rugissement du lion de la MGM.

Stéphanie d’Oustrac réeendosse, comme en 2006, les robes fourreaux de la sculpturale Hélène. Si, au début du moins, elle peine un peu à souder ses registres et à éviter quelques graves poitrinés, elle développe ensuite les couleurs fauves de sa voix de mezzo, à l’ambitus parfaitement adapté au rôle, et joue de ses conséquents talents d’actrice et de sa plastique avantageuse pour incarner une Hélène séductrice en diable, très extravertie et un peu foldingue. use de son charme physique et vocal pour réussir un Pâris viril et enjôleur, à la technique assurée jusqu’à l’extrême aigu émis en voix de tête, tout en sachant être drôle quand il le faut. Déjà présent en 2006, reste un exceptionnel Calchas, même si la voix commence à montrer quelques traces d’usure ; ses fantastiques dons scéniques emportent la partie dans ce rôle qui lui sied comme un gant. On a beaucoup apprécié également l’Agamemnon bonhomme et pataud de , un peu moins l’Oreste trop léger de Caroline Fèvre ou le Ménélas à la prononciation phonétique de . A ce propos, il faut saluer la qualité du reste de la distribution, parfaitement intelligible sans soutien des surtitres.

Côté fosse, l’ fut moins convaincant qu’à l’accoutumée. La faute en est en partie à l’acoustique un peu sèche de la salle de Strasbourg, impitoyable pour les formations en effectifs réduits. , dans un louable souci d’alléger, n’a pu éviter un manque de rondeur et de chaleur du rendu sonore. Sa direction un peu trop sage a su néanmoins enlever les ensembles et les finals mais sans véritable folie et sans éviter les décalages. Très satisfaisant en revanche, le choix de l’édition critique de a permis d’entendre une version très complète de l’œuvre avec, au second acte, la scène du jeu de l’oie quasiment intégrale et la très belle romance de Pâris «Je la vois.»

Pour voir ou revoir l’excellente mise en scène de , pour une distribution jeune et impliquée, pour l’œuvre elle-même, géniale de bout en bout, cette reprise est un fort joli cadeau de Noël.

Crédit photographique : Sébastien Droy (Päris) & Stéphanie d’Oustrac (Hélène) © Alain Kaiser

 

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