Décevante Carmen à l’Opéra de Paris

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 4-XII-2012. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra en quatre actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Yves Beaunesne. Décors : Damien Caille-Perret. Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz. Avec : Anna Caterina Antonacci, Carmen ; Nikolai Schukoff, Don José ; Genia Kühmeier, Micaëla ; Ludovic Tézier, Escamillo ; Olivia Doray, Frasquita ; Louise Callinan, Mercedes ; François Lis, Zuniga ; Alexandre Duhamel, Morales ; Edwin Crossley-Mercer, Le Dancaïre ; François Piolino, Le Remendado ; Philippe Faure, Lillas Pastia ; Frédéric Cuif, Un guide. Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris. Chœur de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Patrick Marie Aubert). Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Philippe Jordan.

La dernière Carmen à l’Opéra de Paris remontait à 1997 (reprise jusqu’en 2002), c’est dire si cette nouvelle production confiée au metteur en scène (essentiellement de théâtre) était attendue.

Donné à guichet fermé jusqu’à la fin de cette année 2012, l’opéra de Bizet est présenté dans sa version avec dialogues, une adaptation du texte ayant néanmoins été confiée à la dramaturge Marion Bernède. Dans un décor unique assez terne, un entrepôt, a opté pour une actualisation de l’œuvre dans l’Espagne de la deuxième moitié du XXe siècle, plus précisement au moment de la transition démocratique, à la fin des années 1970, marquée dans le domaine culturel par le mouvement de la Movida (Pedro Almodovar…). En « hommage » à ce dernier, Carmen est une blonde peroxydée, les hôtes de Lillas Pastia, dont des « drag queen » (deuxième acte) se trémoussent sur un char, Escamillo (au troisième acte) est affublé d’un pantalon « pattes d’eph » et d’une chemise col pelle à tarte etc… Rien de bien nouveau mais qui n’apporte pas grand chose au propos.

Si les mouvements de foule sont bien réglés et ont une certaine allure (notamment le défilé du quatrième acte précédant l’entrée d’Escamillo), les solistes, au premier rang desquels (Carmen) et (Don José), sont bien statiques, perdus sur l’immense scène de l’Opéra Bastille. Les sentiments, les expressions semblent tellement intériorisées que le spectateur a du mal a être captivé par le drame de cet amour impossible qui se joue sous ses yeux, d’autant plus que vocalement, les deux chanteurs ne se présentent pas sous leur meilleur jour. Lui à tendance à s’époumoner et termine la représentation bien affaibli. Elle, plus bourgeoise que bohémienne, n’est que l’ombre de ce qu’elle a pu être dans ce même rôle (deux productions existent en DVD, l’une captée en 2006 à Covent Garden, l’autre en 2009 à l’Opéra Comique), dans une sorte de parlé-chanté guère séduisant, la voix passant difficilement l’orchestre. Le fait même de donner ce type d’ouvrage à Bastille plutôt qu’à Garnier, répondant en cela à des considérations purement comptables, explique d’ailleurs en partie le naufrage d’ dans cette production. Reconnaissons leur néanmoins une bonne diction, ce qui est d’ailleurs le lot de la majorité des solistes ici. On retiendra par ailleurs la belle prestation de la Micaëla de , beauté du timbre, musicalité, sens de la projection, et , souverain dans le rôle d’Escamillo. Malgré quelques décalages et un équilibre fosse-scène qu’on aurait souhaité meilleur, l’orchestre fait quant à lui plutôt bonne impression, sauvant en quelque sorte la soirée.

Crédits photographiques : Anna Caterina Antonacci et ; Vue d’ensemble (Acte 1) © Charles Duprat/Opéra national de Paris

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