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Fascinante phallocratie : Ariane et Barbe-Bleue selon Olivier Py

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 26-IV-2015. Paul Dukas (1865-1935) : Ariane et Barbe-Bleue, conte musical en trois actes sur un poème de Maurice Maeterlinck. Mise en scène : Olivier Py. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Lumières : Bertrand Killy. Avec : Marc Barrard, Barbe-Bleue ; Jeanne-Michèle Charbonnet, Ariane ; Sylvie Brunet-Grupposo, la Nourrice ; Aline Martin, Sélysette ; Rocío Pérez, Ygraine ; Gaëlle Alix, Mélisande ; Lamia Beuque, Bellangère ; Délia Sepulcre Nativi, Alladine ; Jaroslaw Kitala, un vieux Paysan ; Peter Kirk, deuxième Paysan ; David Oller, troisième Paysan. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (Chef de chœur : Sandrine Abello), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Daniele Callegari.

aARIANE ET BB_photoAlainKaiser_8686Quand l’univers d’ rencontre le théâtre des âmes de Maurice Maeterlinck, cela donne un spectacle total d’une richesse et d’une profondeur prodigieuses.

«Maeterlinck est un pur génie». Par ce cri du cœur dans le programme de salle, affirme son admiration pour la langue et les thématiques du poète et dramaturge belge. Qu’il soit convié à mettre en scène Ariane et Barbe-Bleue de Dukas après avoir abordé Pelléas et Mélisande de Debussy en 2007 à Moscou, tout deux sur des textes de Maeterlinck, tenait de l’évidence. Mais on n’imaginait pas découvrir autant de congruence entre leurs deux mondes.

Le fidèle a réalisé un décor en camaïeu de gris et noir à deux niveaux. En bas, les souterrains ruiniformes et encombrés de gravats du château de Barbe-Bleue où se terrent ses cinq épouses prisonnières et par où pénètrent Ariane et la Nourrice. En haut, comme sur une scène de théâtre ou à travers un écran de cinémascope, le monde de Barbe-Bleue, de ses turpitudes sexuelles réelles ou fantasmées, un monde où le désir et les plaisirs du mâle sont la loi. Olivier Py met ainsi en pleine lumière ce que les contes métaphorique de Perrault puis symbolique de Maeterlinck sous-entendaient : l’enjeu de cette lutte, c’est la domination, l’asservissement et in fine la possession, sexuelle surtout. En parfaite logique, puisque Maeterlinck a rapproché le mythe d’Ariane et Thésée et le conte de Perrault, Barbe-Bleue se confond avec le Minotaure, symbole classique de virilité et de puissance sexuelle, dont il arbore les cornes. Cinq épouses et deux serviteurs, tous entièrement nus, répondent servilement à ses sollicitations.

En grand homme de théâtre, fait appel à tous les subterfuges de la scène pour animer le niveau supérieur : décors mobiles et changeant à vue (forêt, chambre nuptiale, façade aux vitres délabrées, muraille), rotation des éléments, pluie scintillante d’étoiles à l’ouverture des portes et la découverte des joyaux qu’elles recèlent, éclairages variés dont un très efficace filtre rouge faisant penser aux célèbres «vitrines» d’Amsterdam. La richesse est telle qu’on en viendrait presque à délaisser le niveau inférieur, notamment au troisième acte et son rituel sado-maso détaillé… Ariane finira par prendre l’ascendant sur Barbe-Bleue, que les paysans lui livrent blessé, nu et ligoté et auquel elle arrache symboliquement son masque de Minotaure. Barbe-Bleue s’effondre avec son univers mais les cinq épouses et même la Nourrice tombent en adoration devant le masque phallique et renoncent ainsi à la libération que leur offrait Ariane.

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En méforme évidente, lutte contre une voix rétive dans le rôle très exposé et crucifiant d’Ariane. La puissance du médium et la présence scénique sont intacts mais l’aigu plafonne, sort mal, est gagné par un large vibrato. En revanche, est exemplaire en Nourrice ; puissance incantatoire, homogénéité parfaite des registres, graves sonores mais jamais poitrinés, le rôle convient à merveille à sa vocalité. On tient là l’une des meilleures sinon la meilleure mezzo française en activité, hélas scandaleusement sous-employée dans l’Hexagone. Peu à dire des huit répliques que Dukas a concédées au rôle de Barbe-Bleue et dont s’acquitte avec probité. Le quatuor des cinq femmes (dont le rôle muet d’Alladine) est parfaitement apparié ; on y remarque notamment le mezzo riche et chatoyant d’ en Sélysette ou la Mélisande cristalline de .

L’ réalise une impressionnante performance, les cuivres tout particulièrement, dans cette partition complexe et si généreusement symphonique. Placé dans les loges d’avant-scène, le allie puissance et engagement. Toujours respectueux des chanteurs, assure un parfait synchronisme fosse-plateau, soigne la précision rythmique d’une battue nette et obtient de l’orchestre des tutti somptueux mais manque parfois de magie et de mystère.

Crédit photographique :  © Alain Kaiser

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