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Au Théâtre des Champs-Élysées, Orfeo sur terres arides

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 22-V-2018. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orfeo ed Euridice, opera en trois actes sur un livret de Raniero de Calzabigi (version de Vienne de 1762). Mise en scène : Robert Carsen. Scénographie et costumes : Tobias Hoheisel. Lumières : Robert Carsen et Peter Van Praet. Avec : Philippe Jaroussky, Orfeo ; Patricia Petibon, Euridice ; Emőke Baráth, Amore. Chœur de Radio France (chef de chœur : Joël Suhubiette). I Barocchisti, direction : Diego Fasolis

Orfeo_2Pour cette affiche de premier ordre au Théâtre des Champs-Élysées avec et , on était en droit d’espérer un Orfeo ed Euridice incandescent. Platonique et un brin ennuyeux, on ne peut pas dire que Gluck ait beaucoup inspiré et les musiciens. , singulière Euridice, aurait eu les moyens de rehausser une soirée bien austère si la production avait choisi une autre version de l’opéra que celle de 1762.

Après avoir assisté à la version de 1774 il y a quelques mois à la Scala, la déception est  grande : quel manque d’inventivité et de vibrations musicales dans cet Orfeo ed Euridice parisien ! Le fils du roi de Thrace Œagre et de la Muse Calliope a pourtant déjà inspiré avec extase le metteur en scène sous les apparats baroques de Monteverdi. Le style aéré de Gluck et le livret de Raniero de Calzabigi extrayant l’essence de ce mythe en se focalisant sur le héros, amènent à juste titre une proposition épurée, mais aussi aride que le décor de . Sans attrait, l’approche présentée « plus réaliste […] réduisant au maximum les artifices théâtraux » est surtout bien dépourvue d’inventivité et de consistance.

Composée toutefois d’une jolie esthétique d’ensemble et d’une cohérence affirmée par un décor unique, cette mise en scène paraît bien superficielle au regard de tant de conventions et de si peu de surprises. Et alors que les atmosphères varient grâce aux lumières très classiques de (couleurs rouges pour les enfers par exemple), celles-ci retraçant par moment les émois des trois protagonistes, la direction d’acteurs se révèle au mieux sommaire, au pire stéréotypée, ne valorisant ni le chœur, ni les solistes. Pour le premier, on retient une procession funéraire rébarbative et une ronde naïve alors que le travail de mériterait bien des éloges au regard de la puissance et de l’homogénéité d’ensemble et de la qualité de diction de ses choristes. Pour les seconds, c’est le héros du soir qui est le plus piégé par tant de superficialité. surprend par un jeu théâtral à la limite de la caricature au premier acte, et déroule un chant policé, sans agrément particulier ni réelle densité. Les nuances bien trop introverties s’affirment au fur et à mesure de la soirée, sans véritablement émouvoir.

Le plus étonnant, c’est qu’alors que la collaboration entre le chanteur et l’ensemble sous la baguette de ne date pas d’hier, ce soir de première, elle est à la limite de la catastrophe quand on entend les problèmes de justesse à répétition des vents en début de représentation. Cette première a été retardée d’une dizaine de minutes en raison des intempéries de l’après-midi : les instrumentistes ont donc eu le temps de s’accorder convenablement (ce qu’ils feront à la fin du premier acte) ! Comme à son habitude, le chef privilégie le maximum de dynamique possible au détriment ici d’un discours continu et de la mise en lumière des différents solistes – à l’exception de la délicatesse et du raffinement d’une sublime harpe. Une bonne articulation d’ensemble se diffuse malgré tout.

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Heureusement, l’entrée de Patricia Petibon offre une Euridice d’une intéressante singularité, autant dans ses inflexions de voix que par son timbre chamarré, faisant même regretter le choix de la version viennoise de 1762, sans les airs additionnels de l’héroïne qui figurent dans les trois autres versions. Elle emporte Jaroussky avec elle pour former un duo de qualité, qui rehausse une soirée bien terne. Soulignons toutefois l’éclatante pureté d’une Emőke Baráth énergique (Amore), miroir d’Orfeo au début de sa prestation (en costume-cravate et cheveux courts), miroir d’Euridice in fine (en robe noire typiquement méditerranéenne).

Crédits photographiques : © Vincent Pontet

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 22-V-2018. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orfeo ed Euridice, opera en trois actes sur un livret de Raniero de Calzabigi (version de Vienne de 1762). Mise en scène : Robert Carsen. Scénographie et costumes : Tobias Hoheisel. Lumières : Robert Carsen et Peter Van Praet. Avec : Philippe Jaroussky, Orfeo ; Patricia Petibon, Euridice ; Emőke Baráth, Amore. Chœur de Radio France (chef de chœur : Joël Suhubiette). I Barocchisti, direction : Diego Fasolis

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