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Parsifal à Bayreuth emporté par Semyon Bychkov

Festivals, La Scène, Opéra

Bayreuth. Festspielhaus. 1-VIII-2018. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, Bühnenweihfestspiel en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Uwe Eric Laufenberg. Décors : Gisbert Jäkel. Costumes : Jessica Karge. Lumières : Reinhard Traub. Vidéos : Gérard Naziri. Dramaturgie : Richard Lorber. Avec : Thomas Johannes Mayer, Amfortas ; Tobias Kehrer, Titurel ; Günther Groissböck, Gurnemanz ; Andreas Schager, Parsifal ; Derek Welton, Klingsor ; Elena Pankratova, Kundry ; Tansel Akseybek, Timo Riihonen, Gralsrittern ; Alexandra Steiner, Mareike Morr, Paul Kaufmann, Stefan Heibach, Knappen ; Ji Yoon Katharina Persicke, Mareike Morr, Alexandra Steiner, Bele Kumberger, Blumenmädchen ; Sophie Rennert, Zaubermädchen ; Wiebke Lehmkuhl, Eine Altstimme. Chor der Bayreuther Festspiele (Chef de chœur : Eberhard Friedrich). Orchester der Bayreuther Festspiele, direction musicale : Semyon Bychkov

bayreuth2018_Parsifal1Créée en 2016, la mise en scène du Parsifal d’ pour Bayreuth autour des guerres de religions au Proche-Orient laisse un scénario inabouti pour une distribution correcte mais non référente, qui demande alors de se tourner vers la fosse pour l’excellente direction de .

Le piège de Bayreuth est qu’une mise en scène, lorsqu’elle est créée, doit ensuite maintenir l’intérêt de son propos pendant quatre à sept ans. Celle du Parsifal de Laufenberg proposée juste après la passionnante production de Stefan Herheim n’avait pas véritablement convaincu dès 2016. Elle montre deux ans plus tard qu’aucune partie cachée n’était passé inaperçue lors de la première lecture.

L’action déplacée du Montsalvat vers le Proche-Orient présente au premier tableau une caste de chrétiens d’Orient conduite par Gurnemanz, face à un Amfortas blessé par les mêmes stigmates que le Christ et placé pour alléger ses souffrances dans un grand bassin baptismal au milieu de la scène. L’acte II montre un harem dirigé par le musulman Klingsor, en réalité chrétien refoulé dont la cache à l’étage fait apparaitre une impressionnante collection de Christ en croix, devant lesquels le sorcier se flagelle dos nu pendant que ses Filles-Fleurs, d’abord entrées sous burqas, profitent des joies du bain avec l’être chaste et pur. Parsifal apparu en simple civil à l’acte I passe ensuite par toutes les étapes, de GI américain à l’acte II − le camp du bien − au côté obscur en habit et armes d’un terroriste du djihad au début de l’acte III. Poussé à l’extrême, par exemple par un metteur en scène comme Calixto Bieito dont on connait la très bonne production de l’œuvre à Stuttgart, le propos aurait pu fonctionner, mais le dernier acte et son temple envahi de plantes équatoriales géantes ne cherche qu’à imager bien trop simplement l’utopie d’un monde revenu à l’état de nature sans jamais répondre aux questions posées auparavant.

On passera sur les effets vidéos visant à replacer l’humain dans le cosmos ainsi que sur les nombreux agréments religieux et militaires destinés à appuyer les idées de secte et de conflits, pour se tourner vers la musique et avant tout la fosse, portée par l’excellente direction de , après deux années marquées par la présence d’Hartmut Haenchen, déjà remplacé l’an passé pour un soir par Marek Janowski. Particulièrement adapté à l’action et au suivi dramatique de chaque instant à Madrid deux ans plus tôt, le chef russe, passé entre temps par Vienne pour développer sa vision de l’ouvrage, bénéficie à Bayreuth de la meilleure acoustique au monde, la seule pour laquelle l’œuvre a été écrite. Le tempo relativement rapide dès le Prélude du premier acte ne cherche jamais à poser le sacré ni à trop étendre sa mystique, mais il assiste l’action avec intelligence et finesse, à laquelle s’adjoint une arche globale de plus en plus puissante à mesure que la soirée se développe. L’ étale sa superbe matière par des grandes étendues de cordes comme par la netteté des cuivres, quand des bois ressortent le premier hautbois et une magnifique clarinette basse.

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Sur scène, Klaus Florian Vogt devenu Walther a laissé la place à pour une prestation opposée. Le ténor aujourd’hui bien plus Tristan ou Siegfried que Parsifal semblait en début de saison à Hambourg commencer à calmer la puissance de sa voix pour travailler les piani, et peut-être par la suite la subtilité. Sa récente prestation parisienne montrait un retour au style entendu déjà à Berlin avec Barenboim en 2015, qu’il utilise encore aujourd’hui en Bavière, trop nerveux et sans finesse. Gunther Groissböck, entendu aussi dans la dernière production parisienne, profite largement de l’acoustique de Bayreuth pour porter un Gurnemanz plus posé et mieux assis dans le grave, même si le timbre et la maturité de l’artiste ne correspondent pas encore véritablement au rôle. , après un début de saison marqué par les annulations, propose la même voix pour Amfortas que pour son Mandryka munichois un mois plus tôt, celle relativement monochrome d’un homme encore vaillant bien que fatigué, loin de la profondeur des mots des liedersänger Goerne et Gerhaher, ni surtout de l’introspection de Mattei. Le Titurel visible sur scène de peut marquer ses quelques phrases, même si le seul élément vocalement référent du plateau masculin se trouve dans le mal, chez le Klingsor perturbé mais ô combien séducteur de .

campe une Kundry quelque peu balourde scéniquement, et pas très nuancée non plus dans la ligne chant, même si la noirceur du timbre correspond bien au rôle. Elle ne peut toutefois faire oublier les récentes prestations enflammées de Nina Stemme à l’acte II, ni celles des références du XXIe siècle Waltraud Meier puis Evelyn Herlitzius. Les filles-fleurs ont déjà connu plus de caractère et d’individualité et n’en ressort véritablement que , tandis que des Gralsritter on préfère la stabilité et la belle projection de Timo Riihonen à la ligne bêlante de Tansel Akzeybek. La voix d’en haut de offre une belle élévation, de là où les cloches restent très discrètes pour leurs deux grandes interventions, tandis que les chœurs superbement préparés par Eberhard Friedrich magnifient toutes leurs interventions.

Crédits Photographiques : © Enrico Nawrath

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