tous les dossiers(1)

Vannina Santoni prend le rôle de La Traviata au Théâtre des Champs-Élysées

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 3-XII-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francisco Maria Piave d’après la Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en scène : Deborah Warner. Décors : Justin Nardella, Chloé Obolensky & Jean Kalman. Costumes : Chloé Obolensky. Lumières : Jean Kalman. Chorégraphie : Kim Brandstrup. Avec : Vannina Santoni, Violetta ; Saimir Pirgu, Alfredo ; Laurent Naouri, Giorgio Germont ; Catherine Trottmann, Flora ; Clare Presland, Annina ; Marc Barrard, Le Baron Douphol ; Francis Dudziak, Le Marquis d’Obigny ; Marc Scoffoni, Le Docteur Grenvil ; Matthieu Justine, Gastone ; Anas Séguin, Le commissionnaire ; Pierre-Antoine Chaumien, Giuseppe ; Claire Egan, Stephen Kennedy, Aurélia Thierrée, comédiens. Chœur de Radio France (chef de chœur : Alessandro Di Stefano). Le Cercle de l’Harmonie, direction musicale : Jérémie Rhorer

Premier opéra mis en scène au Théâtre des Champs-Élysées cette saison, La Traviata dans un décor hospitalier offre une prise de rôle d’importance à la jeune française , en plus de bénéficier du bel Alfredo de et de l’excellent .

L’image de lits d’hôpital est souvent vue dans les mises en scène moderne et dessine une scénographie quelque peu monotone. Cette proposition de reste néanmoins bien faite et l’on comprend où l’artiste veut en venir pour cette nouvelle production de La Traviata. Les mesures introductives de l’ouvrage annoncent déjà la mort de Violetta, alors la metteuse en scène prend l’idée au pied de la lettre et nous montre dès le début l’image finale, celle d’une femme à l’agonie sur son lit de mort. La vision du double comédien toujours en scène, planant comme une ombre, est également déjà connue. Elle renforce l’idée que rien ne finira bien et que la fête de l’acte médian n’est qu’un répit.

Au milieu du plateau, une jeune rose de trente-et-un ans apparaît en robe rouge avant de se dénuder pour un duo enflammé avec son amant. Puis elle se fane à mesure que la seconde partie progresse, jusqu’à finir blanche et mourante, bien que vaillante vocalement jusqu’au dernier souffle. Si jeune, affiche déjà une belle maturité, sans pouvoir concurrencer les plus grandes, ni faire oublier l’agilité de belcantiste d’Aleksandra Kurzak pour la reprise de la production de l’Opéra Bastille un mois plus tôt. La voix se montre plus naturellement placée dans la tessiture du rôle, avec juste à l’occasion le haut du spectre un peu acidifié et à d’autres un bas-médium légèrement trop prononcé. Le triomphe aux applaudissements prouve que le public aura globalement beaucoup apprécié. Face à elle, le ténor mérite sa nationalité italienne acquise en 2014, tant il est le seul du plateau parfaitement à l’aise avec la langue et le style verdiens. Son chant n’est parfois pas tout à fait libre et la dynamique un peu trop prononcée, mais la facilité à porter les airs d’Alfredo comme sa prestation engagée et charnelle au duo mérite les éloges. se montre nettement moins évident dans le rôle de Germont père, bien qu’il présente une belle stature et offre un duo touchant avec Violetta. Du reste de la distribution, en Douphol fait comme toujours regretter la rapidité de ses apparitions et nous imposera d’aller l’entendre sur cette même scène en avril prochain en Comte Des Grieux dans Manon. campe une Flora pétillante, quand arrive à faire exister son court personnage de Gastone.

Le , toujours excellent en concert, peut également en remontrer à celui de l’Opéra de Paris dans les opéras mis en scène. Sa préparation par permet un chant lumineux en même temps qu’une mise en place impeccable. De cet équilibre rythmique, il faut louer tous les artistes tant il semble compliqué de rester toujours accordé à une fosse qui, à aucun moment de la soirée, ne permet de compter sur une pulsation nette. possède comme toujours beaucoup d’idées, mais elles sont baroques. Alors en plus de ne jamais offrir une battue précise, loin d’un Sagripanti un mois plus tôt à Bastille, sans non plus rassurer comme celle plus libre mais très claire d’un Rustioni dans Nabucco ici un mois plus tôt, le chef français use systématiquement de solutions que l’on attend dans un opéra de Rameau plutôt que pour un Verdi. Dès l’ouverture, les notes raccourcies ou allongées à outrance ne semblent jouées que pour faire de l’effet, de même que les accents se montrent bien trop démarqués, à l’instar du trois temps de la fin du duo d’amour. À cela s’ajoute que les instruments anciens du Cercle de l’Harmonie présentent certaines sonorités parfaitement inadaptées à un opéra écrit à la moitié du XIXe siècle, à commencer par le hautbois pour débuter une scène de la mort pourtant subtilement amenée par la chanteuse, mais emportée dans les derniers instants par une fosse qui rappelle les sonorités du finale de Don Giovanni dans cette même salle quelques années plus tôt. Le choix d’un orchestre sur instruments anciens était surprenant pour un tel ouvrage ; il laisse regretter tout de même une conception plus romantique, surtout avec un aussi joli couple en scène.

Crédits photographiques © : Vincent Pontet

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.